De l’avis de la Coface, l’incertitude politique et les contreperformances du secteur des hydrocarbures pèsent sur la croissance en Algérie. « Pénalisée par l’incertitude politique et la persistance des difficultés du secteur des hydrocarbures, la croissance a ralenti en 2019. En 2020, elle devrait rebondir, mais resterait faible », estime l’assureur français dans sa dernière note d’estimation du risque Algérie, postée hier. « Alors que les perspectives sont peu favorables pour les prix de l’or noir, le déclin progressif de la production de pétrole et de gaz, imputable à l’épuisement des champs et aux infrastructures vieillissantes, et la croissance de la consommation domestique de gaz naturel devraient continuer à peser sur l’évolution des recettes d’exportations », lit-on dans la note de la Coface. Selon cet organisme français d’assurances, spécialisé dans le commerce extérieur, les mesures contenues dans la loi de finances 2020, dont l’abrogation de la règle 49/51%, ne suffisent pas pour faire repartir l’investissement, étant donné que ces dispositions sont contrebalancées par
« la résistance de la rue à l’égard de ces textes et, plus globalement, au climat politique incertain ». « De plus, l’activité du secteur privé local devrait également continuer d’être perturbée par les changements abrupts dans l’encadrement et la gestion des entreprises provoqués par les enquêtes anti-corruption ». Quant à l’investissement public, il « devrait rester entravé par l’espace budgétaire restreint, d’autant que les autorités devraient privilégier les mesures sociales pour tenter d’endiguer la grogne sociale », note la Coface. Au sujet des déficits, la Coface estime que le déficit budgétaire devrait rester élevé en 2020. Le déficit devrait continuer d’être principalement financé sur des ressources domestiques, mais le recours au financement dit
« non-conventionnel » (processus de création monétaire) devrait ralentir conformément à la loi de finances 2020. Disposant d’un endettement extérieur négligeable (moins de 1 % du PIB), le financement extérieur est également envisagé « en cas de besoin et de manière sélective », à en croire les prévisionnistes de la Coface. Quant aux réserves de change, dont le solde est de 62 milliards de dollars, elles devraient rester en tendance baissière en 2020 compte tenu du creusement du déficit de la balance des paiements. « Le solde courant devrait rester déficitaire en 2020, pénalisé par l’important déficit commercial. Une demande intérieure limitée et les mesures de restriction aux importations devraient permettre une légère réduction de celui-ci. Les récentes découvertes de gaz ne devraient pas permettre d’enrayer le déclin des recettes d’exportations des hydrocarbures à court terme. L’excédent de la balance des transferts, alimentée essentiellement par les envois de fonds de travailleurs expatriés, ne comblera pas les déficits plus élevés des revenus et des services. Ce déficit devrait continuer d’être financé en ponctionnant les réserves de change (qui seraient équivalentes à 12 mois d’importations fin 2019), poursuivant leur chute quasi ininterrompue depuis 2014 », lit-on dans la note de la Coface. Selon ses experts, la tenue de l’élection présidentielle le 12 décembre dernier n’a pas pu régler les problèmes sociaux ambiants et ne semble pas offrir un règlement définitif à la crise politique qui secoue le pays : les tensions politiques et sociales sont susceptibles de rester élevées. La prévalence de la pauvreté, le manque d’opportunités d’emplois et le contexte économique difficile alimenteront probablement aussi le mécontentement.