PAR INES DALI
C’est un constat sévère qu’a dressé hier le professeur Ryad Mehyaoui, membre du Comité scientifique de suivi de la pandémie de coronavirus, sur l’évolution de la situation épidémiologique dans le pays.
Les derniers jours se sont caractérisés par une hausse des cas de Covid19 et des cas de variants après une situation qui était restée plutôt stable pendant plusieurs semaines. Le rebond enregistré n’est pas sans inquiéter ce spécialiste qui alerte sans aucun détour sur le «risque d’une troisième vague plus meurtrière», ajoutant que «la pandémie est encore là, elle tue toujours !». Le Pr Mehyaoui n’a donc pas caché son inquiétude et tire la sonnette d’alarme à son tour, comme bon nombre de ses confères, suite à la hausse des contaminations en raison du «relâchement» quasi-total en matière de respect des gestes barrières par la population.
Décortiquant la situation épidémique actuelle, le membre du Comité scientifique a d’abord fait état d’«un frémissement vers le haut du nombre des contaminations», lors de son passage, hier, sur les ondes de la Radio nationale. Il a ensuite parlé des nouveaux cas des variants britannique et nigérian qui se sont propagés à travers plusieurs wilayas du pays, comme il a fait part de son amer constat «tous les jours», face au «relâchement – dans les lieux publics, dans les marchés, dans la rue – de la population» par rapport au respect des mesures de prévention, dont notamment le port du masque obligatoire et la distanciation physique, ce qui peut «déboucher sur une situation inquiétante», a averti le Pr Mehyaoui.
Tous ces ingrédients qu’il a cités et qui caractérisent la situation épidémique lui font craindre le pire, lorsqu’il n’écarte pas le fait que si l’on continue de la sorte, on s’achemine vers «une troisième vague» de la pandémie. «Je rappelle que le coronavirus est encore là, les malades sont toujours là et ils consultent toujours dans les hôpitaux… Les mesures barrières et particulièrement le port du masque qui est obligatoire et régi par une loi doit être respecté partout, comme toutes les autres mesures de prévention, que ce soit sur le plan individuel et collectif», a soutenu le membre du Comité scientifique.
«La pandémie est encore là, elle tue toujours !»
Ainsi, il faut que la population «revienne à la prévention», cette dernière étant le «seul moyen» de casser la chaine de transmission et de ralentir la propagation du virus à défaut de pouvoir la stopper. «Les citoyens doivent savoir que la pandémie est encore là et qu’elle tue toujours !», a-t-il insisté, sans écarter le risque de l’apparition d’une «troisième vague plus meurtrière» si les mesures sanitaires sont négligées et non respectées d’une manière stricte et rigoureuse.
Face au «laisser-aller généralisé», le Pr Mehyaoui appelle au retour à l’exigence des restrictions édictées par la force de la loi. «Chacun est responsable dans son secteur. Les autorités locales doivent veiller à l’application stricte de la loi. Il faudra relancer la sensibilisation sur l’importance du respect des mesures barrières. Les personnes qui ne respectent pas la loi, il faut qu’elles sachent qu’elles mettent en danger la vie des autres», a-t-il préconisé. La hantise du Pr Mehyaoui, c’est qu’on s’achemine vers «cette situation grave que vivent d’autres pays, surtout avec les variants», a-t-il déploré.
«La vaccination va au rythme des doses reçues»
Le Pr Mehayoui s’est, par ailleurs, montré rassurant quant aux effets secondaires des vaccins anti-Covid-19, faisant savoir que «quel que soit le laboratoire d’origine, les vaccins ont les mêmes effets secondaires qui sont négligeables». Il a assuré à propos des antidotes administrés jusque-là que «la balance penche plus vers l’efficacité (de ces vaccins) que vers le risque». En effet, tous les scientifiques du monde, dont ceux qui se sont prononcés récemment dans le cadre de l’Organisation mondiale de la santé ou de l’EMA (Agence européenne du médicament) ont tous fait valoir que lorsqu’on étudie un vaccin, c’est le rapport bénéfice/risque qui est pris en considération et dans le cas des vaccins anti-Covid-19, il a été démontré que les bénéfices l’emportent largement sur les risques considérés comme très minimes.
«Les vaccins ont les mêmes effets secondaires. Le risque est le même pour tous les vaccins, mais il est négligeable. Il ne faut pas polémiquer sur cette question. Le vaccin anti-Covid est une prouesse biologique dans le monde (…). Tous les médicaments ont des risques, mais la balance penche plus vers l’efficacité que vers le risque», a déclaré l’invité de la Radio nationale. Abordant la vaccination dans le pays, il a fait savoir que «60% des personnes inscrites sur la plateforme numérique mise en place par le ministère de la Santé à la disposition de la population ont été vaccinées et qu’aucun effet secondaire grave n’a été signalé pour les trois marques de vaccins par l’Agence de pharmacovigilance». Il a indiqué que seuls des «effets secondaires mineurs» ont été signalés, ce qui est tout à fait normal et c’est ce qui est d’usage pour tous les vaccins et pas seulement pour ceux contre le coronavirus. Parmi les effets secondaires mineurs, il a cité notamment «des douleurs au point d’injection et une asthénie légère».
En s’exprimant sur le rythme lent de la vaccination, le membre du Comité scientifique a reconnu qu’il est important d’en accélérer la cadence. Cependant, ce n’est pas chose aisée, puisque, a- t-il fait remarquer, cela dépend des quantités que le pays reçoit. «Le rythme de la vaccination va au même rythme que la réception des doses de vaccins. On sait que la vaccination est une priorité et, certes, on n’est pas à l’aise de ne pas pouvoir avoir une vaccination plus importante, mais on est tributaire de la livraison des doses de vaccins», a insisté le Pr Mehyaoui. «On sait très bien qu’il y a des choses à régler (…), et même Covax souffre de ne pas pouvoir livrer les doses promises parce qu’il n’y a plus de disponibilité de vaccins», a-t-il ajouté, avant de conclure : «On est tombé dans une espèce de nationalisme vaccinal dans tous les pays du monde !». Toujours est-il que «le vaccin seul ne suffit pas. Les gestes barrières sont également un rempart contre la pandémie en attendant…». <