La période d’accalmie de la pandémie de Covid-19 que connaît l’Algérie n’est pas synonyme de quiétude. L’appréhension d’une éventuelle quatrième vague est toujours là, surtout après les carences qui ont dominé la troisième vague durant l’été, notamment le manque d’oxygène. La prise de mesures pour se préparer à faire face à cette éventualité se pose ainsi avec acuité.

PAR INES DALI
Cette quatrième vague que le pays redoute tant dépend de plusieurs facteurs, dont celui de l’évolution de la maladie de Covid-19 à l’échelle mondiale et de la vaccination, de l’avis du Dr Mohamed Yousfi, président de la Société algérienne d’infectiologie (SAI). «L’éventuelle quatrième vague dépend en partie de nous, dans le pays, mais pas seulement. Elle dépend, surtout, de la situation épidémique au niveau mondial», a-t-il tenu à souligner de prime abord dans une déclaration, hier, à Reporters. «Au niveau mondial, on n’est toujours pas à l’abri car, tout simplement, le virus circule encore beaucoup» et la raison de cette grande circulation du virus est liée au fait que «la vaccination est encore très faible dans plusieurs parties du monde», a-t-il précisé.
Pour l’Algérie, il est donc question de se préparer maintenant à une possible quatrième vague en tirant les enseignements de la troisième, surtout dans tout ce qui est en rapport avec la production et la distribution de l’oxygène qui avaient connu un grand déficit. Le moins qu’on puisse dire, c’est que ce fut un très grand problème qui a duré plus d’un mois avant que des solutions ne se mettent en place petit à petit, nécessitant, toutefois, des démarches qui prenaient du temps, alors que le pays vivait une situation d’urgence.
Le déficit en générateurs et en concentrateurs d’oxygène était tel qu’il a fallu les interventions de toutes parts pour y faire face. Des dons de la société civile, d’associations, de la communauté nationale installée à l’étranger, d’entrepreneurs, de certains pays ainsi que des opérations effectuées par l’Etat. C’est ainsi que des générateurs d’oxygène et des concentrateurs ont été importés pour faire face à la virulence de la troisième vague qui s’était caractérisée par une très grande consommation de cette matière vitale. Qu’en est-il un mois après ? Est-on suffisamment préparé à une autre vague ?
«On ne peut pas dire que nous sommes suffisamment préparés à la quatrième, mais j’espère que la leçon de l’oxygène a été retenue avec la catastrophe que nous avons vécue en été», a déclaré Dr Yousfi. Dans ce cadre, il affirme qu’«avec l’installation des centrales d’oxygène un peu partout dans les hôpitaux, on est en train de réparer la gestion catastrophique durant laquelle nous avons perdu beaucoup de malades cet été».
A la question de savoir si l’Etablissement public hospitalier (EPH) de Boufarik (wilaya de Blida), dans lequel il exerce en tant que chef de service infectiologie, est doté d’un générateur d’oxygène, il a fait savoir que l’opération avance. «Cette action d’équiper l’EPH d’une centrale d’oxygène a été prise en charge par un bienfaiteur. Actuellement, nous attendons qu’elle soit installée, c’est en cours… Comme ça, on réglera définitivement ce problème d’oxygène», a-t-il ajouté, assurant qu’«avec ce que nous avons vécu, le problème de l’oxygène est pris en charge partout dans le pays».

«Encore loin de l’immunité collective»
Au-delà du problème de l’oxygène médical, qui semble trouver des solutions par l’installation de centrales dans les hôpitaux et par la production nationale portée à 500 000 litres/jour avec l’entrée en service de nouvelles unités, subsiste encore celui de la vaccination. «Il reste maintenant la problématique de la vaccination, alors que c’est elle qui permet de se prémunir contre la Covid-19 et d’obtenir l’immunité collective», a regretté le président de la Société algérienne d’infectiologie. Après un engouement pour la vaccination, le constat établi actuellement est qu’il y a un moindre intérêt. Certains sont rassurés par les chiffres bas, même si tout le monde sait qu’ils ne reflètent pas la réalité de la situation épidémique et sont largement supérieurs, alors que d’autres sont réticents pour différentes raisons.
Le constat du Dr Yousfi est que «nous sommes encore loin de l’immunité collective». Il argumente que le pays compte actuellement «près de 5 millions de vaccinés avec deux doses, ce qui est loin du compte lorsqu’on sait qu’on doit vacciner quelque 30 millions d’Algériens». Il explique que le chiffre de 10 millions de personnes vaccinées annoncé par le ministre de la Santé est un chiffre qui comprend également ceux qui ont reçu une seule dose de vaccin, or ce qui importe, «ce sont les gens qui ont reçu les deux doses».
Concernant les 30 millions à vacciner, il explique encore qu’avec le variant Delta qui prédomine, il faut vacciner également les adolescents entre 12 et 18 ans, «il ne s’agit plus de parler de vacciner 20 millions de la population mais de 30 à 32 millions».
Il a rappelé, dans ce sens, que plusieurs pays ont vacciné les adolescents dans cette tranche d’âge, et certains ont même commencé à le faire en juin dernier, tout en relevant que c’est également une recommandation de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

La nécessité de vacciner certaines catégories professionnelles
Le président de la SAI regrette que la vaccination connaisse certains problèmes alors que les doses d’anti-Covid-19 sont disponibles, contrairement à une certaine période. «La situation d’accalmie de la pandémie est le moment idoine pour redoubler d’efforts dans la vaccination et essayer d’y faire adhérer le plus de personnes possibles». Outre les quantités déjà importées, le pays s’apprête, par ailleurs, à produire son propre vaccin dès aujourd’hui, de même que 15 millions de doses du vaccin Sinovac seront réceptionnées à la mi-octobre. Ce qui est largement suffisant pour mener une vaccination massive si les réticents venaient à être convaincus des bienfaits de la vaccination. Mais si cette réticence subsiste, le Dr Yousfi serait-il alors d’avis que la vaccination devienne obligatoire devant la réticence observée ? Il répond qu’il n’est pas pour la rendre obligatoire pour tous, mais pour certaines catégories professionnelles, notamment celles qui sont dans le service public, dont le personnel de la santé. «L’obligation de la vaccination des personnels de la santé est valable partout à travers le monde», a-t-il dit, citant également les catégories des services de sécurité, de la Protection civile, ainsi que les personnels de l’Education et de l’enseignement en général. «Ces catégories ont une activité de service public, il ne faudrait donc pas qu’ils prennent le risque de contaminer les autres», a-t-il conclu.