La propagation du nouveau variant Omicron sur le sol algérien n’est pas exclu. Comme il a pu gagner de nombreux pays dans le monde, y compris ceux avec lesquels l’Algérie a ouvert le trafic aérien, il «pourrait faire son apparition chez nous, le risque existe pour n’importe quel pays», selon le Dr Mohamed Yousfi, président de la Société algérienne d’infectiologie. D’où l’impératif de garde-fous «pour minimiser les dégâts» qu’il pourrait occasionner.

PAR INES DALI
«Même si le variant Omicron ne rentre pas en Algérie directement par l’Afrique du Sud, du moment que c’est un virus qui a montré qu’il ‘’voyage’’ dans les autres pays, actuellement il est en Belgique, en Grande-Bretagne, en Italie, en Egypte, au Japon, etc., il suffit qu’un voyageur entre en Algérie en provenance de ces pays et qu’il n’est pas dépisté, ce dernier fera automatiquement entrer le virus», a déclaré le Dr Yousfi. Il a rappelé, par la même occasion, que «c’est ainsi que ça s’est passé pour les variants Alpha et Delta». En effet, une petite rétrospective démontre bien que chaque nouveau variant finit par s’introduire dans l’ensemble des pays du monde. Le Omicron, nouveau tracas pour les scientifiques du monde entier et pour tous les pays, est en train de se propager «très vite» (sa principale caractéristique prouvée actuellement) en Europe malgré les conditions d’entrée. C’est l’une des raisons qui font que sa présence sur le sol algérien ne serait, selon toute vraisemblance, qu’une question de temps.
Devant le risque de voir ce nouveau variant arriver par les frontières aériennes, faudrait-il réduire les dessertes, les suspendre temporairement ou simplement renforcer le contrôle ? Pour le président de la Société algérienne d’infectiologie, il ne s’agit pas d’agir sur la fréquence du trafic aérien encore moins le suspendre, mais plutôt sur le contrôle. «C’est surtout un problème de contrôle», a-t-il estimé, suggérant qu’il faudrait «peut-être passer maintenant à une autre étape et exiger la vaccination à tous les voyageurs entrant en Algérie, comme c’est exigé dans la majorité des pays où les Algériens veulent aller».
En plus du «pass vaccinal» qui devrait être exigé, le contrôle aux frontières devrait aussi être plus strict, selon notre interlocuteur. «Il faut impérativement que le contrôle soit renforcé, en exigeant un test RT/PCR qui soit le plus court possible. Actuellement, on demande des tests effectués 72 heures avant le voyage, mais il faudrait peut-être réduire le délai et demander un test de 36 heures», car il faut prendre en considération que le variant Omicron a une très rapide faculté de propagation. Il y a également le test antigénique qui est effectué automatiquement pour tous les voyageurs qui arrivent et, dans tous les cas, c’est «la rigueur dans le contrôle qui permettra de minimiser les chances du virus de rentrer», a affirmé le Dr Yousfi. Il résume qu’il faut donc «redoubler de vigilance aux frontières, exiger le pass vaccinal et demander des RT/PCR dont la date est le plus proche possible du voyage».
Sur le plan interne, étant donné que c’est le virus Delta qui circule actuellement parmi la population, c’est la vaccination qui est le plus préconisée. Et dès la propagation du variant Omicron dans le monde, l’Institut Pasteur Algérie (IPA) a vite fait de réagir en soulignant «l’urgence de l’adhésion à la vaccination anti covid-19», tout en relevant que le variant présente «un grand nombre de mutations dont certaines sont préoccupantes». A cela s’ajoute le fait que «les données préliminaires suggèrent un «risque accru de réinfection avec ce variant par rapport aux autres variants préoccupants», a encore expliqué l’IPA dans sa note appelant à la vaccination, car c’est ce qui permettra de ralentir la propagation du nouveau variant s’il venait à être introduit. Le Dr Yousfi affirme, de son côté, qu’il faut «accélérer» la vaccination et passer au «pass vaccinal» pour l’accès à tous les lieux publics. Ce sont des propositions qui, a-t-il rappelé, ont été faites par l’ensemble des professionnels du secteur sanitaire il y plusieurs mois.
«Avec le nouveau variant Omicron, ce qui peut minimiser les risques et limiter les dégâts, c’est la vaccination», a-t-il soutenu. A propos de l’efficacité des vaccins utilisés actuellement par rapport au Omicron, il a indiqué que «les études sont en cours» et qu’il faudra attendre les résultats dans les deux à trois semaines qui suivent pour avoir une idée précise.
Les laboratoires fabricants comme Pfizer et AstraZeneca, a-t-il fait savoir, «ont pris le génome du virus pour le tester avec les vaccins ant-Covid-19 et voir quelle sera cet efficacité». Au niveau d’AstraZeneca, il y a eu une déclaration informant que ce laboratoire «pourrait, éventuellement, fabriquer un vaccin qui serait adapté au nouveau variant Omicron», selon le président de la Société algérienne d’infectiologie.
Mais dans tous les cas, a-t-il poursuivi, il faut savoir que «même s’il s’avère, par exemple, que l’efficacité des vaccins anti-Covid-19 diminue par rapport au nouveau variant, il n’empêche qu’il en restera toujours une certaine efficacité». «Une personne vaccinée est toujours mieux qu’une personne qui n’est pas vaccinée du tout», a-t-il résumé.