C’est demain qu’aura lieu le sacrifice de l’Aïd El Adha et toute l’appréhension qui l’accompagne en raison de tout ce que cela suppose comme risque sanitaire en termes de multiplication des cas de coronavirus si les citoyens ne se conforment pas à une rigoureuse application des mesures de prévention.

Les appels de mise en garde de la part des professionnels de la santé se sont poursuivis tout au long de ces dernières semaines et se sont intensifiés à mesure que l’Aïd approchait dans l’espoir d’un éveil des consciences et de prise de responsabilité citoyenne pour le bien de tous. A la veille de la célébration de cette fête religieuse, un ultime appel est lancé à l’adresse de la population dans le cadre de la sensibilisation quant aux conséquences désastreuses que l’on pourrait avoir durant la période post-Aïd El Adha comme ce fut le cas, au risque de se répéter, durant la période après l’Aïd El Fitr. Un ultime appel qui met en exergue la nécessité d’une plus grande vigilance pour éviter davantage de contaminations au coronavirus lors du rituel du sacrifice.
Le professeur Nouredine Zidouni, spécialiste en pneumologie et expert international en maladies respiratoires, va jusqu’à craindre «une seconde vague de contamination au Covid-19» à l’occasion du l’accomplissement du «rituel du sacrifice» et recommande, à minima, «le respect du port du masque et de la distanciation physique, en plus des règles d’hygiène à observer avec rigueur durant l’Aïd». Il met en garde et tire la sonnette d’alarme quant aux «regroupements» et à la «promiscuité».
Si le rituel du sacrifice «ne pose pas tellement de problèmes et n’est pas porteur de grand risque lorsqu’on se trouve dans une habitation individuelle», selon lui, il est en revanche, «bien plus risqué dans les grandes cités urbaines où la tradition chez nous veut que l’on s’entraide, surtout, le jour de l’Aïd pour le sacrifice. C’est une circonstance où les voisins se donnent, depuis toujours, des coups de mains. Ce sont des dizaines de personnes qui sont présentes autour des moutons, se trouvant à peine à quelques centimètres les unes des autres et qui participent activement à ce rituel. Donc le risque de contamination est très grand», a-t-il expliqué.
Il poursuit en affirmant qu’«il faut que la population comprenne que nous, en tant que médecins et professeurs, nous ne sommes pas contre ce rituel, nous sommes issus de cette société, mais nous sommes, en revanche, contre les regroupements et contre la promiscuité qui facilitent la circulation du coronavirus». Le Pr Zidouni, a tenu à rappeler, dans ce même contexte, qu’il a été signataire d’un appel collectif des médecins à deux reprises. Le premier en tant que membre du collectif des professeurs hospitalo-universitaires, en essayant d’«alerter la population sur les risques de regroupements familiaux et de voisinage pendant l’achat du mouton puisque ça se fait dans des marchés à bestiaux où les gens sont agglutinés», et le second où le collectif a estimé que «surseoir à la célébration du sacrifice du mouton sera un geste de respect à la mémoire des victimes de la pandémie de Covid-19, dont le sacrifice n’aura pas été vain». Pour le collectif des professeurs, «surseoir» au sacrifice sera aussi «un geste de «solidarité vis-à-vis des personnels soignants qui ont droit au répit, car épuisés par les gardes médicales et la séparation avec leurs familles, mais aussi travaillant avec l’angoisse de la contamination et risquant leur vie au quotidien». Un autre ultime appel est lancé par un autre professeur, Salah Lellou, responsable du service Covid au Centre hospitalo-universitaire d’Oran. Lui aussi parle de la crainte d’une «recrudescence des cas de coronavirus après la fête» et de la crainte de «l’apparition d’une seconde vague des contaminations comme on l’a vu en Europe».
Sa crainte est motivée, a-t-il fait savoir, par «ce que nous avons vu après l’Aïd El Fitr, une flambée des cas une semaine après». A tout cela s’ajoute, selon ce professeur, «la tendance haussière observée durant le mois de juillet par rapport aux mois précédents». D’où son dernier appel à la population, lui aussi, de «prendre toutes les précautions possibles et nécessaires, à savoir porter un masque et laisser une distance entre les individus, afin d’éviter qu’il y ait un rebond des cas d’infection».
Dans ce sens, il est utile de noter que le collectif d’experts de la santé de diverses spécialités, a attiré l’attention, dans un communiqué rendu public à deux jours de l’Aïd El Adha, qu’il faut «retenir les leçons des récents revers subis dans notre combat contre la Covid-19 si l’on souhaite, en toute responsabilité, éviter une nouvelle flambée qui compliquerait singulièrement la riposte et annihilerait tous les efforts d’endiguement entrepris jusque-là». Nombreux sont les médecins, spécialistes et professeurs, dont le Dr Mohamed Bekkat Berkani, le Dr Lyès Merabet, le Pr Mohamed Yousfi, le Pr Ryad Mehyaoui et tant d’autres, qui n’ont pas cessé d’alerter sur ce que l’acte du sacrifice de l’Aïd El Adha pourrait avoir comme conséquences en cette période de propagation de Covid-19, la contagiosité du virus étant devenue, selon les scientifiques, plus rapide qu’avant. n