Le gouvernement a décidé de reconduire pour une période de 10 jours, à compter d’hier, le dispositif en place dans le cadre de la gestion de la crise sanitaire liée à la pandémie du coronavirus (Covid-19), tout en exhortant la population à une «extrême vigilance» et à «la vaccination» dont il reconnait la lenteur.

PAR INES DALI
«Le dispositif actuel de protection et de prévention est reconduit pour une période de dix (10) jours, à compter du mercredi 1er décembre 2021», a indiqué le Premier ministère dans un communiqué rendu public mardi.
Cette reconduction pour une période de 10 jours au lieu de 15 jours habituellement traduit l’inquiétude du gouvernement non seulement face à la hausse continue des cas quotidiens du variant Delta et la 4e vague dans le pays, mais aussi et surtout face à la propagation du nouveau variant Omicron qui s’est faufilé en un temps record dans toutes les régions du monde, dont l’Afrique du Nord qui, à son tour, n’est désormais plus épargnée. L’Arabie saoudite a révélé, hier, avoir détecté un cas chez un citoyen saoudien revenant d’un pays d’Afrique du Nord sans citer le nom du pays en question.
Les spécialistes ont déjà alerté sur la menace Omicron, soulignant que la propagation d’Omicron dans le monde était «inévitable» et qu’il n’y avait «aucune échappatoire», comme cela s’est passé pour les autres variants, notamment Alpha et Delta. Jusqu’à hier, «l’Algérie n’a encore enregistré aucun cas du variant Omicron», a assuré le Pr Kamel Senhadji, président de l’Agence nationale de sécurité sanitaire. Mais, pour paraphraser les nombreux professionnels de la santé qui se sont exprimés sur ce sujet, «cela n’est qu’une question de temps».
C’est pour cela que le gouvernement a tenu à noter que les mesures d’assouplissement prises auparavant et restées en vigueur pour dix jours «devaient être accompagnées par la poursuite, de manière rigoureuse, du respect par les citoyens des gestes barrières, notamment le port obligatoire du masque et l’observation des règles d’hygiène, ainsi que l’application stricte des différents protocoles sanitaires adoptés par le Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie du Covid-19 et dédiés aux différentes activités économiques, commerciales et sociales». Elles devaient être également soutenues par «l’intensification des opérations de vaccination de la population qui demeure le meilleur moyen de prévention et de protection des citoyens et de la société en général et l’élément essentiel concourant à la normalisation de la situation et au maintien des activités économiques et sociales», selon le communiqué du Premier ministère.
Le gouvernement laisse donc entendre que dans le cas où ces mesures ne sont pas respectées, il pourrait y avoir un changement de décision à tout moment, en fonction de l’évolution de la situation épidémique dans le pays. «A l’issue de la période de 10 jours, les pouvoirs publics pourraient être amenés à édicter des mesures sanitaires adaptées à l’évolution de la situation épidémique, notamment en matière d’obligation vaccinale et d’extension du pass sanitaire à certaines activités», peut-on lire dans le même communiqué.
Pour ce qui est des voyageurs, un tour de vis est prévu par le gouvernement en cette période où beaucoup de pays ont décidé de restrictions se traduisant par la suspension des vols de et vers les pays d’Afrique australe notamment, malgré l’appel de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à ne pas se fermer à ces pays, mais en maintenant juste les mesures de prévention aux frontières et en aidant ces pays à avoir des doses suffisantes de vaccins qui les aideraient grandement dans leur lutte contre la pandémie de Covid-19 qui boucle ses deux années en ce mois de décembre.
Le gouvernement algérien a affirmé, dans son communiqué, qu’indépendamment des conditions d’accès imposées pour les voyageurs, le Comité scientifique recommande «l’institution du pass sanitaire comme condition d’entrée et de sortie du territoire nationale». Cette mesure sera mise en œuvre, a-t-il précisé, dans «les prochains jours pour ce qui est du transport de voyageurs par voie maritime». La Tunisie a déjà pris des mesures dans ce sens. «Le pass vaccinal est désormais obligatoire pour les passagers à destination de Tunis en plus du test PCR négatif effectué 48 heures avant le départ», a indiqué la campagne nationale Air Algérie à l’adresse de sa clientèle voulant se rendre dans ce pays voisin.
La vaccination prend de plus en plus de place dans la vie publique des habitants de la planète tant que la pandémie de Covid-19 est encore là, étant présentée comme la seule solution. En Algérie, le rythme qu’elle connait est loin d’être celui pouvant assurer l’immunité collective.

«Il reste 25 millions de personnes à vacciner», selon le Pr Senhadji
Le Pr Kamel Senhadji, président de l’ANSS, même s’il affirme qu’aucun cas d’Omicron n’a encore été enregistré en Algérie, fait, toutefois, montre de son inquiétude face à «la hausse des cas du variant Delta qui, a-t-il estimé, «peut dépasser 600 cas par jour». Il soutient, par ailleurs, que l’apparition des nouveaux variants change la donne de la vaccination. «Aujourd’hui, il nous faut vacciner plus de personnes que celles prévues initialement avec le variant Omicron qui vient s’ajouter au Delta», a-t-il affirmé. «Alors que nous ne devions vacciner que 20 millions de personnes, il nous faut aujourd’hui augmenter ce chiffre à 36 millions. Actuellement, nous n’avons vacciné que 11 millions et cela n’est pas suffisant. Il reste 25 millions à vacciner et cela nous est imposé par la nouvelle conjoncture dictée par l’évolution de la pandémie. La situation que nous connaissons est inquiétante et Omicron est à nos portes», a expliqué le Pr Senhadji. «La liberté individuelle, qui est en train de se traduire par le non-respect du port du masque et la non-vaccination, ne veut pas dire qu’une personne a le droit de mettre la vie d’autrui en danger en le contaminant, car il s’agit de la sécurité sanitaire», a argumenté le président de l’ANSS. Pour lui, «il est possible de réglementer ce volet par le pass sanitaire obligatoire dans tous les espaces et institutions en contact avec la population».
En tout état de cause, selon le Pr Senhadji, la vaccination reste la seule solution qui permettra de ne pas avoir une hausse des cas et les conséquences qui en découlent. Sur ce chapitre, le gouvernement a regretté que «malgré la disponibilité de vaccin, la vaccination s’effectue à un faible rythme, au moment où la situation épidémiologique dans beaucoup de régions dans le monde connaissent une nouvelle vague de la pandémie, voire un inquiétant rebond aggravé par l’apparition du nouveau variant Omicron qui préoccupe aujourd’hui la communauté scientifique au plus haut degré».
A ce titre, le Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie du coronavirus et l’autorité sanitaire «recommandent, avec insistance, l’extrême vigilance des citoyens qui doivent éviter tout relâchement à l’égard du respect des gestes barrières et des différents protocoles sanitaires dédiés aux différentes activités économiques, commerciales et sociales». L’appel est réitéré en direction des citoyens non encore vaccinés à l’effet de participer massivement aux campagnes de vaccination qui se poursuivent à travers le territoire national, et ce, «dans l’objectif de prémunir la population de la gravité des effets de cette pandémie sur les plans sanitaire, économique et social», a conclu le gouvernement. Il est bon à savoir que le pass sanitaire dans notre société où le numérique n’est pas aussi généralisé et où le smartphone n’est pas utilisé par tout le monde pourrait être une sorte de livret vaccinal à l’image d’un livret de santé.