Les observateurs du marché de l’automobile, les concessionnaires et les constructeurs sont impatients de connaître le nouveau cahier des charges qui sera finalisé en avril prochain et encadrer la filière véhicule. Car il déterminera l’avenir de la branche et du marché du véhicule en Algérie. Le ministre de l’Industrie et des Mines Aït Ali Braham a déjà planté le décor. Le texte sera ambitieux en matière d’intégration, un minimum d’intégration de 30% sera exigé au départ, a souligné le premier responsable du secteur. Très avisé, il a déjà posé une importante balise, plus question de comptabiliser la logistique dans le calcul du taux d’intégration, comme l’effectuait un constructeur en Algérie. Pour le ministre de l’Industrie, faire la coque en Algérie, c’est le chemin le plus court, en d’autres termes, pour atteindre ce taux très rapidement. Pour des constructeurs, installer des ateliers de peinture et de soudure est la voie la plus appropriée. Renault dans son plan de développement prévoit justement de passer à cette phase, c’est-à-dire du SKD au CKD via l’installation de ces deux ateliers. Peugeot Algérie a prévu à proximité de son usine d’Oran de vastes espaces pour ses sous-traitants. Mais là, il convient de reconnaître que le ministre a placé haut la barre obligeant ces constructeurs à s’adapter à ce nouveau cahier des charges et donc à consentir de nouveaux investissements s’ils veulent maintenir leur position sur le marché algérien. Le ministre l’a précisé, il y a de la place pour de nouveaux constructeurs pas nombreux sur le marché algérien. Les concessionnaires, s’ils veulent se maintenir sur le marché, n’ont qu’à importer des véhicules s’ils ne décident pas de passer à l’étape CKD, mais ils seront fortement taxés, a averti le ministre de l’Industrie.
En somme, Aït Ali Braham envisage la construction d’une véritable industrie automobile, mais si l’Algérie se trouve confrontée à l’absence de véritables acteurs capables de relever ce challenge, il est prêt à faire la croix sur cette industrie. On est là dans un scénario extrême. Il est difficile de croire qu’en raison de la concurrence entre les marques européennes et les marques chinoises, les premiers constructeurs vont abandonner le marché algérien en raison des nouvelles exigences des autorités. Ce qui est plus sûr, c’est que plusieurs constructeurs, 4 ou 5 au moins, vont consentir à respecter ce nouveau cahier des charges et donc à investir en Algérie, et pour les anciens, à réaliser de nouveaux investissements. Mais ce sera dans l’optique d’intégration dans la chaîne des valeurs internationales. Les usines qui seront dimensionnées pour respecter ce cahier des charges auront une capacité de montage plus importante et un tissu de sous-traitants plus important. En clair, une bonne partie de cette production sera destinée à l’exportation. Le marché algérien étant plus étroit, 200 000 à
400 000 véhicules seulement par an, la voie est ouverte pour l’exportation car l’Algérie dispose d’atouts non négligeables, sa position géographique géostratégique, une main-d’œuvre et une énergie peu coûteuses. L’un des handicaps reste cependant son infrastructure logistique très insuffisante.
Vers la rareté et la cherté du véhicule en 2020
Mais ce qui est occulté, c’est la réalité industrielle du pays. Peu de sous-traitants en dépit d’un potentiel de sous-traitance important et l’absence de taille critique (petites usines) ne favorisant guère l’investissement des équipementiers des constructeurs et les sous-traitants étrangers dans des installations de sous-traitance en Algérie. Il faudrait que les capacités des usines en place atteignent un minimum de 400 000 véhicules/an pour espérer attirer de nombreux sous-traitants en Algérie. Il faudrait également une politique industrielle qui incite les sous-traitants locaux à investir le créneau et oriente notamment la sidérurgie algérienne à fabriquer les tôles pour les usines automobiles algériennes. C’est prévu dans les investissements du turc Tosyali dans son complexe d’Oran. C’est également prévu dans la phase 2 du plan d’investissement de la société algéro-qatarie dans le complexe sidérurgique de Bellara à l’est du pays. Il convient également que le complexe sidérurgique d’El Hadjar renforce sa production de tôles. Encore faut-il que le gouvernement Djerad fasse le suivi de ce dossier, facilite ces nouveaux investissements et encourage ces industriels à aller vers cette direction. Il convient également d’améliorer l’infrastructure logistique. Il y va de la viabilité de l’industrie automobile algérienne.
Au demeurant, la transition vers cette véritable industrie, cependant, prendra du temps, un an, voire deux ans. En attendant, l’Algérie s’achemine vers une situation de rareté du véhicule et donc à sa cherté en 2020, dans un contexte de crise financière tendue. L’importation de véhicules de moins de trois ans, décidée probablement pour faire face à cette transition, ne risque pas de régler ce problème d’offre en raison de la cherté de ce véhicule pour la majorité des Algériens.<