Après une brève interruption qui n’aura duré qu’une petite année, le gouvernement envisage d’ores et déjà de revenir à la régulation de la consommation d’énergie par la révision de la tarification d’accès à l’électricité et au gaz.

Jeudi, depuis Tissemsilt, où il effectuait une visite d’inspection, le ministre de l’Energie, Mustapha Guitouni, a relancé le débat sur une éventuelle révision des tarifs de consommation des produits énergétiques, alors que la controverse s’était limitée jusqu’ici au thème de la hausse effrénée de la consommation interne de gaz naturel et ses répercussions sur les volumes destinés à l’export.
Le ministre de l’Energie a indiqué, jeudi, «que la question relative à la révision de la tarification d’électricité et du gaz n’est pas posée actuellement, mais le gouvernement étudie, sur notre proposition, une révision pratique du soutien de cette énergie vitale». «Ce soutien doit être dirigée aux couches les plus vulnérables», a précisé Mustapha Guitouni, levant ainsi une partie du voile sur les réelles velléités du gouvernement au sujet de la réforme des subventions. Si cette révision de la tarification de l’électricité et du gaz venait à être actée dans les prochaines lois budgétaires, elle serait la troisième en quatre ans.
La loi de finances 2016 avait remis en cause la sacro-sainte stabilité des prix qui aura duré une quinzaine d’années. Les augmentations prévues dans la loi de finances 2016, de l’ordre de 15,15% et 31,13% par rapport au prix qui était en vigueur pour la tranche 2, ont été appliqués respectivement à la tranche 3 (entre 250 et 1.000 KWh/trimestre) et la tranche 4 (supérieur à 1.000 KWh/trimestre). Le même principe d’augmentation progressive a été appliqué à la consommation de gaz à basse pression, les tarifs des deux premières tranches ne subissant aucun changement et ceux des deux autres sont augmentés, par rapport au prix actuel de la tranche 2, de 24,04% pour la tranche 3 (entre 2 500 et 7 500Th/trimestre) et de 41,74 % pour la tranche 4 (supérieur à 7 500 Th/trimestre).
Près de 54% des petits consommateurs d’électricité et 43% des petits consommateurs de gaz étaient concernés par les augmentations de la tranche 3, tandis que 22% des petits consommateurs d’électricité et 14% des petits consommateurs de gaz étaient touchés par les relèvements de tarifs de la tranche 4. Le gouvernement a récidivé une année après, soit en 2017, au moyen d’un artifice fiscal, relevant le prix de plusieurs produits et consommables. La loi de finances 2017 avait prévu une augmentation de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) de 17% à 19% pour le taux normal et de 7% à 9% pour le taux réduit. Cette hausse de la TVA a entraîné une hausse généralisée des prix, dont la tarification appliquée à la consommation de l’électricité et du gaz. Une hausse de la taxe sur les produits pétroliers a, elle aussi, généré une seconde augmentation consécutive des prix des carburants à la pompe.
Ces mesures comprises dans les lois budgétaires de 2016 et de 2017 ont effrayé plus d’un, à l’heure où la question du pouvoir d’achat était très sensible. La proposition faite au gouvernement par le ministère de l’Energie est la troisième du genre en l’espace de quatre années seulement.
Elle rentrerait dans le cadre d’un projet de remise en cause graduelle de la politique des subventions généralisées. Le débat enflait depuis quelques jours sur l’évolution à roue libre de la consommation nationale des produits énergétiques.
Les experts y voyaient une volonté non avouée de préparer l’opinion à la révision des prix d’accès aux produits énergétiques. Mustapha Guitouni l’assume désormais sans le moindre complexe : «Ce soutien doit être dirigée aux couches les plus vulnérables». Le soutien de l’Etat aux prix des produits énergétiques, l’électricité, le gaz et les carburants en l’occurrence, coûte annuellement une moyenne de 15 milliards de dollars. Le soutien n’est pas visible dans la comptabilité publique et c’est le Trésor public, dont le déficit culmine déjà à des niveaux problématiques, qui prend en charge le différentiel de prix, celui de vente étant inférieur au prix de revient. n