Par Sihem Bounabi
Le ministre de la Santé a une nouvelle fois annoncé que, selon les instructions du président de la République, notamment concernant la révision des statuts, «son département s’attèle à examiner ce dossier en collaboration avec les partenaires sociaux».
Dr Abdelhamid Salah Laouar, coordinateur de la Coalition nationale des syndicats de la santé (CNSS), regroupant huit syndicats des différents corps de la santé publique, également président du Syndicat national des médecins généralistes de santé publique (SNMGSP), a déclaré, hier : «Nous avons accueilli très favorablement les annonces du président de la République mais à l’échelle intermédiaire, les choses ne vont pas dans ce sens.» Affirmant : «C’est clair que, pour le moment, il n’y a aucun contact.» Commentant que «cela nous met dans une position inconfortable, parce qu’on n’a pas vu la dernière mouture qui est passée à la Fonction publique. Maintenant, on attend et on verra, mais pour le moment cela ne répond nullement à nos aspirations».
Il tient à préciser que «nous ne sommes pas dans la contestation et la protestation stérile. On est pragmatiques et on connaît les difficultés que traverse le pays suite à cette crise mondiale sanitaire et autre. On veut être une partie positive qui est là et qui construit avec l’ensemble de ce système de santé. On veut que les choses avancent pour améliorer les conditions de travail et celles de la prise en charge des patients ainsi que les statuts des professionnels de la santé afin d’avoir tous les moyens et les leviers pour donner le maximum d’eux-mêmes». Le coordinateur de la CNSS tient à souligner qu’il aurait été plus judicieux d’associer de façon concrète les partenaires sociaux et de prendre en compte les revendications des différents syndicats.
Il estime, toutefois, que «maintenant si le ministre décide de travailler seul, on prend acte, mais on réitère que nous sommes disposés à travailler avec lui et être mobilisés à donner notre contribution s’il le souhaite. Mais s’il ne le souhaite pas, on continuera à revendiquer ce que nous croyons juste pour les professionnels de la santé et le patient dans le cadre de la réglementation et des lois de la République». Il enchaîne : «Nous croyons au dialogue et à la négociation parce que ce sont des moyens qui nous permettent d’avancer sur des dossiers et de solutionner des problèmes dans la sérénité et la tranquillité.»
Abordant les revendications des syndicats, Dr Abdelhamid Salah Laouar précise que «ce que l’on demande, c’est que, d’une part, chaque syndicat puisse faire ces propres propositions et défendre son statut et son régime indemnitaire et, d’autre part, collectivement sur la mise en place des réformes structurelles dont notamment l’application de la loi sanitaire, la révision de la carte sanitaire, la numérisation du secteur, ce qui concerne l’ensemble des syndicats. Et, par voie de conséquence, en tant que syndicats regroupés dans une coalition, on souhaitait s’entretenir avec le premier responsable du département pour que l’on puisse lui exposer notre vision des choses et être partie prenante des réformes».
Le syndicaliste tient également à mettre en exergue le fait que ces réformes ne peuvent pas être mises en place sans les partenaires sociaux. Confortant ces propos, en rappelant que «le président de la République insiste toujours, notamment lors de sa dernière sortie médiatique à l’occasion de la célébration de la Fête du travail le 1er mai dernier, sur le fait d’associer les partenaires sociaux à tout travail qui doit être fait».
Ajoutant que «c’est une évidence parce que sans les partenaires sociaux on ne peut pas appliquer quoi que ce soit. Et je pense que les partenaires sociaux ont accumulé une expérience riche et solide pour pouvoir apporter un plus au secteur».
Un statut particulier toujours dans le flou
Par ailleurs, concernant la révision des statuts, Dr Salah Laouar tient à préciser que «notre position n’a pas changé et le ministre a décidé de suivre sa feuille de route. Que chacun assume ses responsabilités». Il précise que «si les statuts ne sont pas à la hauteur des attentes des professionnels de la santé, la responsabilité incombe aux parties qui ont failli», soulignant que «l’essentiel n’était pas d’envoyer un statut dans la précipitation».
Il rappelle que le président de la République avait demandé l’ouverture de la révision des statuts des professionnels de la santé au mois de juin 2021.
Rappelant également que les syndicats de la santé avaient dénoncé, à l’époque, le retard qu’à pris l’ouverture des négociations autour des statuts et qu’il a fallu plus de six mois entre l’annonce du président de la République et la mise en place des commissions. Suite à cela, il y a eu des retards dans la mise en place des commissions et lorsque la commission des révisions des statuts a été mise en place, elle a été faite sans feuille de route précise dans laquelle les syndicats et les partenaires sociaux pouvaient prendre en compte tous les aspects relatifs à cette révision.
Le Dr Salah Laouar explique à ce propos qu’entre autres «il n’y avait pas de note de cadrage et on nous a demandé de ne pas aborder la question du point indiciaire». De plus, cette commission n’avait pas réellement de prérogatives».
Il enchaîne que ce que «nous avons demandé en premier c’est d’avoir cette note de cadrage pour pouvoir proposer des amendements à même de répondre aux attentes des différents adhérents que nous représentons en tant que syndicats.
Deuxièmement, nous avons demandé à ce que ces statuts soient révisés en profondeur en tenant compte de tous les articles qui n’allaient pas dans l’ancien statut et la révision de façon substantielle du point indiciaire en fonction des différentes catégories. Et troisièmement, on a aussi demandé la révision du régime indemnitaire en même temps que la révision des statuts parce que cela n’a pas de sens de faire la révision du statut sans la révision du régime indemnitaire, ce sera une perte de temps qui n’est pas dans l’intérêt de tout le monde».
Il conclut : «Maintenant que les canaux de communication ne sont pas relancés, on attend que le dialogue soit repris selon les instructions du président de la République, c’est clair, net et précis.» <