Alors que les négociations avec l’Espagne sur la révision des prix du gaz fourni par l’Algérie n’ont toujours pas livré leurs résultats définitifs, un accord vient d’être signé entre Sonatrach et le groupe français ENGIE, portant sur l’augmentation des parts de la compagnie nationale d’hydrocarbures pour le compte de ce client ainsi que sur la révision à la hausse des prix, conformément à la nouvelle donne du marché international du gaz, marqué par une flambée sans précédent.
C’est ce qui est clairement indiqué dans un communiqué de Sonatrach annonçant l’accord signé avec ENGIE, dans le cadre d’un contrat qui lie les deux groupes depuis 2011.
«La compagnie nationale des hydrocarbures Sonatrach et le groupe énergétique français ENGIE ont conclu un accord à Alger pour leur contrat d’achat et de vente de gaz naturel à travers le Medgaz», fait savoir le communiqué, ajoutant que les deux partenaires ont convenu également de «définir le prix de vente contractuel applicable sur une période de trois (03) ans, allant jusqu’à 2024, pour prendre en compte les conditions de marché».
Les deux parties ont, par ailleurs, confirmé leur «intention d’étendre leur partenariat sur le gaz naturel liquéfié (GNL) et le gaz naturel», poursuit la même source, avant de souligner qu’à travers cette démarche, Sonatrach renforcera sa part dans le portefeuille d’approvisionnement d’ENGIE, «permettant aux deux groupes de poursuivre leur diversification et de contribuer à la sécurité énergétique des clients européens».
Les groupes énergétiques algérien et français se sont accordé aussi pour mettre leur «partenariat historique» au profit de la réduction de leur empreinte carbone et d’évaluer de nouvelles opportunités, «en particulier sur le développement de l’hydrogène», conclut le communiqué.
L’accord entre Sonatrach et ENGIE est le premier du genre à être dévoilé après la sortie, en début de semaine dernière, du Pdg de la compagnie nationale d’hydrocarbures portant sur des accords avec ses clients. Ces accords ont trait à une révision des prix du gaz exporté par l’Algérie et seront «prochainement annoncés», avait indiqué Toufik Hakkar à ce propos, précisant que «la révision des prix du gaz exporté par l’Algérie se fait avec l’ensemble de ses partenaires au vu de l’augmentation des prix mondiaux du gaz».
Outre l’accord récemment acté avec le groupe italien ENI, «d’autres accords sont en cours de négociation avec deux partenaires, d’autant que lors du dernier trimestre, les prix du gaz ont augmenté sur le marché Spot», a expliqué M. Hakkar.
«La révision des prix se fait avec l’ensemble des partenaires de Sonatrach sans tenir compte de la nature du partenaire. Les négociations sont très avancées», a-t-il insisté.
Elles sont très avancées parce que les clients de Sonatrach veulent visiblement sécuriser leurs achats, et les renforcer face à un marché fortement perturbé par la guerre en Ukraine et des facteurs géostratégiques qui les obligent à trouver des alternatives au gaz russe.
Outre la question de la disponibilité, ces clients tentent d’amortir les conséquences de la flambée des prix du gaz à travers des contrats avec leurs fournisseurs.
Mardi dernier, le gaz naturel affichait des prix à la hausse. Sous l’effet de la réduction de l’offre qui fait peser le spectre de la pénurie en hiver, le prix du TTF néerlandais, référence du gaz naturel en Europe, a atteint 176,01 euros le mégawattheure. Il s’agit d’un sommet depuis début mars, lorsque le prix avait brièvement atteint un plus haut historique de plus de 300 euros peu après le début de l’invasion russe en Ukraine.
Les analystes craignent que les exportations russes de gaz se réduisent davantage, alors que celles-ci auraient déjà baissé de 60% via le gazoduc Nord Stream. Une configuration de marché qui met l’Algérie en bonne position afin d’augmenter ses livraisons, notamment vers l’Europe, et surtout afin de renégocier les prix appliqués par Sonatrach à ses acheteurs, et qui se trouvent aujourd’hui dépassés par les événements géostratégiques et leur impact sur le marché mondial. Ceci d’autant que les prix de vente figurant dans ces contrats permettent aux clients indexés sur le Brent de Sonatrach d’obtenir une énorme remise par rapport au TTF et à d’autres indices gaziers mondiaux, font remarquer des analystes, mettant en avant le pouvoir de négociation dont jouit actuellement Sonatrach et ses capacités de récupérer une partie des revenus qu’elle n’a pu avoir grâce aux dispositions de révision contenues dans ses accords de vente et d’achat.