L’Algérie remet sur le tapis la récurrente question de la nécessité d’une révision de l’accord d’association avec l’Union européenne. Dimanche, lors de la réunion hebdomadaire du Conseil des ministres, le Président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a donné des instructions à l’effet de revoir les dispositions de l’accord d’association avec l’Union Européenne (UE), «clause par clause», en fonction d’une vision souveraine et d’une approche «gagnant-gagnant».

Par Hakim Ould Mohamed
Pour ce qui est des négociations entre l’Algérie et l’Union européenne (UE), « le Président de la République a instruit à l’effet de revoir les dispositions de l’accord d’association avec l’Union Européenne (UE), clause par clause, en fonction d’une vision souveraine et d’une approche gagnant-gagnant, en tenant compte de l’intérêt du produit national en vue de créer un tissu industriel et des emplois », lit-on dans le communiqué de la Présidence de la République sanctionnant les travaux de la réunion du Conseil des ministres. Certes, ce n’est pas la première fois que le chef de l’Etat appelle à une révision de l’accord d’association liant l’Algérie à l’Union européenne, dont l’entrée en vigueur est intervenue en septembre 2005, mais cette détermination à vouloir accélérer la révision témoigne de cette prise de conscience quant à un accord plutôt défavorable pour l’Algérie, et dont la révision contribuera à rétablir les comptes extérieurs du pays.
Encore une fois, la nécessité de rétablir la viabilité de la balance des paiements figure en arrière-plan de cet énième appel du Président à accélérer la révision des clauses de l’accord d’association. C’est un secret de Polichinelle, les déséquilibres caractérisant les échanges entre l’Algérie et l’Union européenne sont à l’origine, en partie, du déficit de la balance des paiements, étant donné qu’en contrepartie des marchandises exportées par les pays de l’UE à destination de l’Algérie, les opérateurs algériens, eux, peinent à se placer sur le marché européen, et de grandes entreprises algériennes, à l’image du groupe Sonatrach, n’ont toujours pas accès au marché du Vieux Continent. Ceci alors que les investissements directs européens en Algérie marquaient une tendance baissière depuis maintenant plusieurs années, alors que, théoriquement, les IDE européens devaient compenser la part de l’UE dans la structure des importations algériennes. Dit autrement, les pays européens se sont engagés à renforcer leurs investissements en Algérie étant donné la part prépondérante de leurs exportations dans la structure des importations algériennes.

Pertes colossales pour l’Algérie
Or, depuis l’entrée en vigueur de l’accord d’association, la balance commerciale demeurait très défavorable à l’Algérie. L’accord en question n’a généré ni l’investissement direct étranger qui est pratiquement nul ni participé à la création d’emplois et contribué à la croissance économique en Algérie. C’est-à-dire qu’après tant d’années d’échanges profitant bien plus à la partie européenne qu’à l’Algérie, la révision des clauses de ce partenariat s’avère plus que jamais nécessaire au profit d’un échange gagnant-gagnant. Les statistiques disponibles en la matière témoignent de grosses pertes pour l’Algérie. En dix années de mise en application de l’accord d’association, soit de septembre 2005 à 2015, les exportations algériennes hors hydrocarbures à destination de l’Union européenne n’ont même pas atteint les 14 milliards de dollars, alors que le cumul des importations algériennes auprès de son partenaire européen s’est chiffré à 220 milliards de dollars avec une moyenne annuelle de 22 milliards de dollars. Les exportations algériennes hors hydrocarbures vers les pays de l’UE sont passées de 597 millions de dollars en 2005 à seulement 2,3 milliards de dollars en 2014 avant de baisser à 1,6 milliard de dollars en 2015. Au chapitre des investissements, le flux des IDE européens vers l’Algérie n’a pas été non plus avantageux, puisque les statistiques disponibles renseignent de pertes algériennes estimées à 30 milliards de dollars. Depuis plusieurs années, l’Algérie conteste l’approche de l’Union européenne dans ses rapports économiques, basés essentiellement sur la volonté de faire de l’Algérie un client commercial plutôt qu’un partenaire économique à part entière. Ce pourquoi l’Algérie, par la voix de son Président de la République, a maintes fois estimé que l’accord est inapplicable en l’état et qu’il était impératif d’aller vers sa révision totale afin de préserver les intérêts de l’Algérie. L’Algérie a des cartes à jouer, notamment gazière, car réputée comme étant un fournisseur fiable de l’Europe, à l’heure où la crise énergétique ne fait que s’intensifier sur le Vieux Continent. Pour la partie investissement, l’Algérie devra consentir à son tour un important effort en levant tous les écueils entravant l’investissement direct étranger et en éliminant l’ensemble des lois toxiques. A ce propos, le gouvernement avait annoncé déjà la révision du code de l’investissement, actuellement, au Secrétariat du Premier ministère, ainsi que la loi foncière, après avoir éliminé plusieurs obstacles à l’implantation des IDE, dont la suppression de la fameuse règle du 51/49%.