Par Fazil Asmar
La décision du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, de réviser «clause par clause» l’accord d’association Algérie-UE sur une approche gagnant-gagnant est plus que «logique», selon l’expert international en économie, Aberderrahmane Mebtoul, dans la pratique des relations internationales. Les sentiments, ajoute-t-il, n’ont pas de place, mais juste les intérêts des uns et des autres. Or, comme l’Algérie, poursuit-il, estime que l’UE n’a pas respecté ses engagements, un dialogue productif entre les deux parties est plus que nécessaire pour équilibrer la donne. Equilibrer, d’après lui, car notre pays note un déséquilibre croissant de sa balance commerciale hors hydrocarbure alors que cette dernière devait avoir comme règle un partenariat gagnant-gagnant.
«L’Algérie n’a jamais voulu être considérée comme un simple marché. Mais c’est le cas au vu du cumul des exportations algériennes hors hydrocarbures vers l’UE, entre 2005 et 2015, qui n’a pas dépassé les 14 milliards de dollars, alors que celui des importations algériennes auprès de l’UE s’est chiffré à 220 mds USD, avec une moyenne annuelle de 22 mds USD», explique-t-il précisant que cet accord a engendré un manque à gagner de plus de 700 milliards de dinars aux recettes douanières algériennes durant cette période. Il faut dire, rappelle-t-il, que les négociations entre l’Algérie et l’Europe dans le cadre de cet accord ont commencé à prendre une autre tournure quand notre pays a imposé, en 2016, la règle 51/49% dans les investissements étrangers. Une décision que le commissaire européen au commerce, à l’époque, a qualifiée «d’infraction aux articles 32, 37, 39 et 54 de cet Accord». L’expert en économie, Hamza Boughadi, rappelle pour sa part que les engagements pris dans cet accord se résument en trois points principaux : le transfert technologique, l’encouragement des investisseurs européens en Algérie et la libre circulation des personnes. «Après plusieurs années de crises, l’Algérie avait besoin de s’ouvrir à l’international, de contracter des alliances économiques et sociales avec le monde. Ce que cet accord lui permettait. Mais comme elle se relevait à peine de ces crises, elle n’était pas en position de force pour négocier et l’Europe n’a pas réellement tenu ses engagements vu le grand écart entre nos exportations et nos importations avec l’UE», explique-t-il.
Toutefois, l’Algérie aujourd’hui a gagné en force, note-t-il, en matière de sécurité et de stabilité, notamment dans la région de la Méditerranée et en Afrique. «Les négociations seront donc plus équitables avec l’UE, qui reste notre principal client. Notre pays est apte à imposer un partenariat gagnant-gagnant qui tienne compte des besoins et des spécificités de son économie ainsi que ceux de l’Europe», dit-il. Pour lui, l’interdiction par l’Algérie de certaines importations de l’Europe en 2016 est une décision qui contribue à renforcer la protection de la production nationale. «Les nouvelles négociations doivent permettre une protection encore plus efficiente de notre production et de notre économie nationales. Il sera nécessaire, également, de revoir notre politique de dédouanement et la liste des produits qui font l’objet de ce dédouanement et qui coûtent énormément au Trésor public», souligne-t-il. Pour Mebtoul, afin que les négociations mènent aux objectifs attendus, il est plus qu’urgent que l’Algérie se dote d’une nouvelle organisation institutionnelle afin de donner plus de cohérence à sa politique socio-économique. «Si on veut bénéficier de cet accord, il faut lever les contraintes qui défavorisent l’épanouissement de l’entreprise, seule source de création de richesses et valoriser le savoir. Cela implique une gouvernance rénovée, une refonte de l’Etat, la création de grands pôles économiques régionaux tout en incitant à une participation plus citoyenne», conclut-il. <