Les modalités et les mécanismes de révision des subventions sociales de l’Etat ne sont pas encore arrêtés, a affirmé avant-hier le président Tebboune, qui a soutenu que cette révision «passera par un débat national» et qu’elle ne touchera que «les personnes aux revenus élevés».

PAR NAZIM B.
Le message qu’a voulu transmettre le président Tebboune, lors de son entrevue avec deux représentants de la presse nationale, retransmise sur les télévisions publiques et qui intervient au lendemain de l’adoption du Projet de loi de finances 2022 par les deux chambres du Parlement, est de ne pas prendre la révision de la politique de subventions sociales comme une levée de ces aides de l’Etat.
Il a déclaré que la levée des subventions sociales concerne «seulement un tiers des citoyens parmi ceux ayant des revenus très élevés», une manière de rassurer les citoyens à faibles salaires inquiets par le scénario de l’abandon des subventions de l’Etat pour les produits de première nécessité. M. Tebboune a ajouté, par la même occasion, que la question de lever les subventions sociales bénéficiera d’un débat national sans préciser toutefois le format de ce débat, soulignant que «les mécanismes de cette révision ne sont pas encore arrêtés, ni encore ses modalités, ses objectifs et les concernés». Pour le chef de l’Etat, cette réforme nécessite également un certain niveau de numérisation et des statistiques précises sur les revenus en vue de classer les catégories pauvres, moyennes et riches. Or, ces statistiques ne sont pas actuellement «minutieuses» à ce sujet.
Autrement dit, la problématique de la numérisation et celle des statistiques fiables se posent avec acuité et leur persistance freinent même la mise en oeuvre de la feuille de route du Gouvernement.
En ce qui concerne les partenaires qui prendront part à ce débat national, le premier magistrat du pays a affirmé que les syndicats seront associés, assurant que «ce n’est pas une remise en cause du caractère social de l’Etat dans la mesure, dira-t-il, où la révision de la politique de subvention sociale ne signifie en aucune manière une levée des subventions pour ceux qui y sont éligibles». S’engageant à ce que «les aides sociales en Algérie se poursuivent à jamais», Tebboune a expliqué que «l’édification d’un Etat social démocratique répond à un devoir de fidélité au serment des vaillants chouhada et à la Proclamation du 1er Novembre 1954». Il a ajouté, à cet effet, que la réforme de la politique des subventions s’inscrit dans le cadre des réformes structurelles socio-économiques globales qui seront concrétisées l’année prochaine afin de bâtir un Etat moderne. Il expliquera l’échec des précédentes expériences pour la révision des subventions par ce qu’il a considéré comme de «l’improvisation», déplorant, par ailleurs, «les débats dominants» sur cette question dans les médias et les forums sociaux «où a été exploitée une maladresse de communication» d’un ou plusieurs responsables. «Il était encore tôt pour débattre de ce sujet», a-t-il estimé.
Mardi dernier et devant les sénateurs, le Premier ministre, ministre des Finances, Aïmene Benabderrahmane a souligné «l’attachement du gouvernement à la préservation du caractère social de l’Etat», évoquant «l’utilisation optimale des ressources, la rationalisation des ressources budgétaires et l’orientation de la subvention aux catégories nécessiteuses, en éliminant le gaspillage répandu par le passé».
La loi de finances 2022 «tient compte du rééquilibrage des comptes publics à moyen terme et de la préservation du budget de l’Etat à travers la diversification des sources de financement de ses aides et le ciblage des catégories dans le besoin», a-t-il ajouté.
Ce n’est pas l’avis des formations politiques de l’opposition – qui ne sont pas représentées dans l’APN – à l’image du Parti des travailleurs (PT) qui y voit «une déclaration de guerre» et «une rupture avec les acquis sociaux». Le texte «consacre la poursuite de l’emploi précaire, du chômage, l’érosion du pouvoir d’achat, par l’augmentation des taxes et l’exploitation des fonctionnaires et des travailleurs de la Fonction publique», a pointé le parti de gauche.
De son côté, le RCD avait estimé que «le gouvernement programme dans sa loi de finances 2022 l’amplification de la dépréciation du dinar pour gonfler artificiellement les recettes provenant des hydrocarbures au détriment du pouvoir d’achat».