Un appel « urgent » a été lancé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), appuyée par nombre d’organisations internationales pour que des mesures concrètes soient prises afin de mieux protéger les personnels de la santé à travers le monde contre le nouveau coronavirus et d’autres problèmes de santé.

Par Sihem Bounabi
Dans une déclaration commune, l’OMS, l’Organisation internationale du travail (OIT), l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et cinq autres organisations professionnelles des travailleurs de la santé ont exprimé leurs préoccupations concernant le décès d’un grand nombre de travailleurs de la santé à cause de la Covid-19, en soulignant qu’une proportion croissante du personnel « souffre d’épuisement professionnel, de stress, d’anxiété et de fatigue ».
Dr Mohamed Yousfi, président du Syndicat national des praticiens spécialistes de la santé publique (SNPSSP), commente cet appel en déclarant que «c’est une crise sanitaire à laquelle l’humanité n’a pas été confrontée depuis un siècle. Les premières personnes qui sont exposées directement à cette pandémie, et qui sont en première ligne de la lutte contre la pandémie, sont évidemment les professionnels de la santé ». Il enchaîne : « L’appel lancé par l’OMS est une amère réalité de ce qui se passe sur le terrain concernant la réaction des pouvoirs publics vis-à-vis des professionnels de la santé à travers le monde et en ce qui nous concerne en Algérie aussi. » Il souligne ainsi que «l’intérêt, et je dirais même l’obligation, pour les responsables et les pouvoirs publics est de s’occuper des professionnels de la santé ne serait-ce qu’en les aidant à affronter dans les meilleures conditions cette crise sanitaire. C’est ce que l’on est en train de demander depuis le début de la pandémie ».
Cette aide se traduirait sur le terrain en « améliorant au minimum les conditions de travail » en termes de « moyens de protection, de diagnostics, de prise en charge des malades au sein des structures de santé ». Il s’agit, également, de la « prise en charge de leurs revendications socioprofessionnelles ».
Dr Mohamed Yousfi souligne à ce sujet que « certes, il y a eu des annonces faites par le président de la République Abdelmadjid Tebboune, mais, entre ce qui a été annoncé et leur application sur le terrain, il y a une grande différence ».

Assurer un minimum de droits élémentaires
Il précise à ce propos qu’« en dehors des reconnaissances verbales en hommage à l’armée blanche et, de temps à autre, des hommages symboliques, il est à noter que la première des instructions du président de la République, à savoir la prime Covid, cette dernière connait toujours des retards de versement et souvent on l’obtient à la suite de menace de grève d’un personnel de la santé exaspéré ».
Il estime à ce sujet que le « gouvernement devrait assumer ce genre de décisions et ne pas attendre chaque fois l’aval du ministère des Finances. Ce n’est pas normal que le même problème se répète », insistant sur le fait que « les professionnels de la santé n’ont pas à être pénalisés parce que le gouvernement n’arrive pas à dégager d’enveloppe financière et assumer ce que le président de la République a annoncé ».
Ainsi, à part les lois pénalisantes concernant les agressions du personnel de la santé, qui a fini par voir le jour après des années de réclamation des syndicats de la santé, concrètement, les autres décisions n’ont toujours pas été appliquées sur le terrain. A ce sujet, Dr Mohamed Yousfi tient aussi à rappeler que les autres décisions du président de la République, prises dans le cadre de la pandémie, dont l’assurance globale ou le calcul de la retraite bonifié, n’ont toujours pas été appliquées sur le terrain.
Par ailleurs, en dehors de la question du soutien des professionnels de la santé dans le cadre de la pandémie, le problème de fond pour l’amélioration des conditions de travail du corps médical et des spécialistes, en particulier, est la prise en charge des revendications socioprofessionnelles qui traîne depuis des années.
Le président du SNPSSP déclare à ce propos qu’« en tant que spécialistes, nos problèmes traînent bien avant la Covid, et depuis plusieurs années. Tout le monde reconnaît qu’ils sont légitimes, mais rien n’est fait depuis deux ans ». Il enchaîne : « Le ministre de la Santé nous a reçus plusieurs fois en audience, il y a eu des commissions mixtes, mais, jusqu’à présent, le ministère de tutelle n’a rien concrétisé en termes de droits, de pouvoir d’achat, etc., alors que nous sommes les premiers au front. En tant que spécialistes de la santé publique, nous sommes déployés au niveau des 58 wilayas. »
Estimant que la « meilleure reconnaissance, c’est d’abord de leur donner de bonnes conditions pour affronter cette pandémie et, surtout, de prendre en charge leurs revendications socioprofessionnelles. »
Concernant le corps des médecins spécialistes de la santé publique, il rappelle que le président de la République avait également annoncé, en mai 2021 la mise en place de mesures incitatives en vue d’abroger le service mais la aussi, jusqu’à aujourd’hui rien n’a été fait.

Anticiper avec une meilleure gestion
Malgré l’accalmie actuelle, le spécialiste tient à rappeler que le virus circule toujours avec un risque d’apparition de nouvelles souches mutantes virulentes. Tant que la vaccination n’a pas avancé dans certains pays, il faudrait anticiper dès maintenant sur le risque de prochaines vagues à venir. Elles commencent déjà à déferler dans certains pays comme la Russie.
Il tient à rappeler que lors de la 3e vague, qui a fait des ravages parmi les professionnels de la santé, certains établissements avaient enregistré des déficits en matière de moyens de protection contre la contamination à la Covid, de la disponibilité de l’oxygène malgré les appels d’anticipation lancés plusieurs mois auparavant.
En résumé, Dr Mohamed Yousfi tient à mettre en exergue qu’« il s’agit d’une véritable problématique d’une mauvaise gestion. Il s’agit de mettre en place une véritable gestion pérenne. La pandémie de la Covid a bon dos, mais elle a surtout mis à nue l’étendue des anomalies de la gestion et les dysfonctionnements de la coordination sur lesquels on alerte depuis des années. Tout le monde savait pertinemment que le mal de la santé, c’est avant tout une question de gestion, maintenant, il est temps d’en tirer des leçons ».
Il conclut en lançant un appel aux pouvoirs publics : « Tout ce qu’on demande c’est d’avoir de meilleures conditions de travail et nos droits les plus élémentaires. Notre devoir, on l’a fait et on l’a assumé en payant déjà un lourd tribut avec plus de 500 médecins décédés de Covid et plus de 20 000 contaminations parmi les professionnels de la santé. On continuera à assumer notre devoir sans rechigner mais le devoir des pouvoirs publics n’est pas du tout assumé.»
Il est à noter que l’OMS estime qu’entre 80 000 et 180 000 agents de santé et de soins seraient morts du nouveau coronavirus entre janvier 2020 et mai 2021. L’OMS appelle dès lors à déployer des « efforts supplémentaires » pour minimiser le risque d’infection sur les lieux de travail. « La reconnaissance et la commémoration ne suffisent pas », affirment les signataires de la déclaration, relevant «l’obligation morale de protéger et d’investir dans les travailleurs de la santé et des soins ».n