Les déclarations à la barre des deux ex-Premiers ministres de la période Bouteflika, Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal, dans le procès dit du montage automobile pour corruption qui se poursuit, ont démontré encore une fois la légèreté avec laquelle étaient gérés les deniers de l’Etat dans une période où le pays est en grande difficulté en matière de finances. Une situation difficile qui a contraint les responsables à décréter le recours aux financements non conventionnels pour pouvoir faire fonctionner l’Etat. Les justifications approximatives concernant les anomalies qui jalonnent les affaires dans lesquelles sont incriminés ces ex-responsables rappellent la profondeur de la crise de gestion d’un pays aux multiples potentialités, mais qui reste bloqué dans une panne insondable. Accusé d’avoir attribué des marchés en enfreignant la législation, Abdelmalek Sellal a répété inlassablement qu’il n’avait pas d’autorité et qu’il ne faisait qu’exécuter la politique d’Abdelaziz Bouteflika, le président de l’époque, ajoutant qu’il n’avait aucune emprise sur certains ministres. Sur Abdessalem Bouchouareb, l’ex-ministre de l’Industrie aujourd’hui en fuite, il dira « je n’ai pas nommé ce ministre. J’ai demandé son limogeage à plusieurs reprises, mais je n’ai jamais eu de réponse. Je n’avais pas de pouvoir sur lui ». Ces déclarations restent symptomatiques d’une crise systémique profonde ou l’acte de gestion répond davantage à des considérations de basse concupiscence que de la rigueur qu’impose la responsabilité incombant à un véritable homme d’Etat. « Je ne gère pas. Je ne fais que coordonner. Cette affaire est purement politique. S’il y a quelqu’un qui doit être ici, en tant que témoin, c’est bien le président de la République. Il savait tout », a lancé Abdelmalek Sellal. L’ex-Premier ministre dira à la barre que les décisions émanaient du président de la République de l’époque et que ce dernier devrait être soumis à la justice, puisqu’il était à l’origine des décisions qu’il avait prises ou pas. Dans leurs justifications, les deux ex-Premiers ministres se rejoignent sur cette posture absolument surréaliste : ne pas avoir de pouvoir sur certains dossiers qui relevaient légalement de leur haute responsabilité. Des aveux qui certes ne surprennent pas tellement l’opinion habituée à décrypter à juste titre les rouages complexes du pouvoir en Algérie, mais qui font froid dans le dos en termes de responsabilité de l’Etat. Cela pose et posera nécessairement la question des postes de responsabilité à ce niveau important de l’Etat. Et la définition stricte des lignes de délimitation des responsabilités et l’obligation de rendre compte devant la loi. Dans l’Algérie nouvelle que l’on voudrait construire dans le futur, il faudrait ainsi inévitablement bannir cette manière de fonctionner dans les hautes sphères de l’Etat, là où la responsabilité engage souvent l’avenir du pays. Les différents procès des ex-hauts responsables de l’Etat qui se succèdent depuis des mois rappelant une période néfaste pour l’Etat algérien devraient plus constituer une catharsis pour une période à oublier.