Le discours du chef de l’Etat devant le gouvernement et les walis s’est offert hier à la lecture comme un rappel à l’ordre général et une injonction qu’il a adressée aussi bien aux ministres de l’Exécutif Djerad, qui sont spécialement responsables des portefeuilles et des projets à caractère socioéconomique et de développement, qu’au corps de la préfectorale qu’il réunissait pour la deuxième fois depuis le début de l’année.

Sa sommation a été précédée par l’annonce très médiatisée et donc politiquement organisée qu’une série d’édiles, de chefs de daïras et de responsables d’entreprises du service public ont été limogés pour avoir failli à concrétiser sur le terrain où ils se trouvaient ses instructions de désenclaver les territoires délaissés de la République, ces fameuses «zones d’ombre», dont il en a fait un dossier prioritaire. Elle devrait donc les inquiéter davantage, d’autant plus qu’elle l’engage désormais personnellement face aux Algériens pris depuis des semaines par de sérieux doutes – qu’il n’a pas nié devant ses ministres et les walis – qu’il ne tienne pas ses promesses de sortie de crise et de réforme.
Les décisions de sanction «ne représentent qu’un début», a-t-il d’ailleurs prévenu, avisant que des comptes seront faits à ceux rendus responsables de «passivité» et ne parvenant pas à «prendre en charge et résoudre les problèmes des citoyens». Un avertissement qu’il a doublé de l’accusation que l’«inertie» qu’il observe jusque dans le retard de paiement des primes accordées aux personnel soignant engagé dans la lutte contre la pandémie de la Covid-19, les coupures d’eau et de courant aux périodes de forte demande et l’absence de liquidités aux guichets postaux, relèveraient de la «déstabilisation» et de la «contre-révolution».
On trouverait ces termes trop forts, voire exagérés, mais ils sont utilisés par un président de la République qui a encore le Hirak à l’esprit pour l’avoir «béni» une nouvelle fois devant son assistance, qui craint pour son crédit politique et fait face à une crise qui nécessite des politiques structurelles qui tardent à s’amorcer réellement, à l’échelle des collectivités locales notamment, à cause du verrou bureaucratique qui enferme les initiatives et qu’il dénonce. Il dit «ne pas comprendre qu’en 2020 et malgré (…) toutes les décisions prises par l’Etat pour soulager le quotidien des citoyens, des images horribles, dont se plaignaient les citoyens ces dernières années, demeurent encore».
Ces comportements, affirme-t-il, constituent «une continuation du discours négatif prôné par la bande» qu’il suspecte de manœuvrer pour saboter son programme, et qu’il range parmi les «forces(…) qui œuvrent contre la stabilité du pays et espèrent toujours parvenir à une situation de chaos dans le pays» (….) avec des «complicités à l’intérieur de l’Administration». Des enquêtes sont en cours pour savoir «qui a fait quoi» et «qui bloque», a-t-il confirmé après son Premier ministre qui les avait annoncées au lendemain des laborieuses fêtes de l’Aïd.
Toutes ces injonctions faites aux walis et aux ministres, toutes ces mises en demeure adressées en guise de réquisitoire aux responsables concernés ne sont cependant pas dépourvues de perspective pour le chef de l’Etat de se réinventer et renforcer le pouvoir de son gouvernement en dépit des déconvenues qu’il a citées. Pour M. Tebboune, qui n’a pas manqué opportunément d’envoyer des signaux à la société civile, «premier allié» dans l’édification de l’Etat et dont il «exige» qu’on l’associe aux affaires de la cité, l’objectif reste le référendum pour la révision de la Loi fondamentale, une échéance pour laquelle il a appelé les Algériens à être «prêts».