Les pays de l’Opep élargie (membres de l’organisation des pays producteurs et Russie) se réunissent aujourd’hui et demain en «comité technique mixte» pour une réunion destinée à l’évaluation du marché et à l’analyse de la baisse des cours depuis l’apparition du nouveau coronavirus à Wuhan en Chine et les conséquences qu’il provoque à l’échelle économique chinoise et dans le monde.

Le comité technique de l’Opep est traditionnellement chargé d’analyser la conjoncture actuelle et d’aider les pays membres d’ajuster leurs quotas de production aux fins de maîtriser les marchés. Cette fois, il se réunit avec les partenaires de l’Opep+ dans le but de regarder au plus près les conséquences provoquées par l’incertitude créée par l’épidémie sur les cours pétroliers. Ces derniers connaîssent une chute inquiétante pour les pays producteurs et le baril de Brent est repassé sous la barre symbolique des 60 dollars. Sur une période d’un mois, soulignent les experts, il a perdu 11,9% de sa valeur, soit la baisse la plus importante depuis novembre 2018. Le coronavirus de Wuhan n’a donc pas seulement emballé les services sanitaires du monde entier, il fait peser des menaces sérieuses sur l’économie chinoise, la deuxième après celle des Etats-Unis. Grande consommatrice d’énergie et de pétrole, celle-ci tourne au ralenti et provoque une baisse considérable de la demande en brut. Ce qu’en dira le « comité technique mixte » des pays de l’Opep et de la Russie (acteur clé de l’Opep+ en raison de son poids sur la scène énergétique et pétrolière mondiale), aujourd’hui et demain, sera particulièrement suivi par les marchés. Ses déclarations comme les actions qu’il entreprendrait pourraient avoir des effets immédiats sur les cours. Ceci en attendant la rencontre ministérielle des pays de l’Opep + prévue les 5 et 6 mars prochains. Ce rendez-vous décisif pourrait d’ailleurs être avancé en raison de l’évolution des évènements, comme l’ont fait savoir plusieurs analystes. Il servira à la décision de renouveler ou non l’accord de limitation de production en vigueur depuis la fin de l’année 2016, c’est-à-dire augmenter les quotas de production, comme il peut déboucher sur de nouveaux choix en raison de la conjoncture particulière provoquée par la crise sanitaire chinoise et ses conséquences internationales.

Perspectives de crise
La consommation de brut de la Chine, premier importateur mondial depuis 2016, aurait déjà baissé de 20% depuis le début des mesures décrétées par Pékin pour lutter contre la propagation de l’épidémie, selon des sources citées par Bloomberg. L’épidémie pourrait déprimer durablement les cours, ajoute Bloomberg. Pour les analystes de Citi, cette crise aura des conséquences pérennes sur les cours. Ils viennent de revoir leurs objectifs à 54 dollars en moyenne pour le premier trimestre (contre 69 dollars prévus auparavant). Et le Brent pourrait passer sous la barre des 50 dollars « à certains moments». Le baril tomberait ensuite à 50 dollars en moyenne au deuxième trimestre et ne se reprendrait que légèrement (à 53 dollars) à partir du troisième. «Cette épidémie pourrait avoir un impact plus durable et plus profond que ce que nous pensions auparavant, bien que beaucoup d’incertitudes demeurent», affirmaient hier les experts de la Citi. Le trafic aérien, pour les passagers comme pour le fret, pourrait s’effondrer de 70 % pendant «deux semaines ou plus». Ce recul de la consommation de kérosène réduirait à lui seul la demande d’un million de barils par jour au premier trimestre, selon la même source. Les analystes de RBC Capital Markets jugent la chute des cours exagérée, dans un contexte «vendez d’abord, posez des questions plus tard». «La peur d’une destruction de la demande tient les marchés pétroliers en otage», écrivent-ils. Les experts de Wood Mackenzie remettent eux aussi la crise en perspective: sur l’ensemble de l’année 2020, la demande mondiale de pétrole serait affectée de 100 000 barils par jour en moyenne. Elle progresserait encore de 1,2 million de barils, une croissance supérieure à celle de 2019.n