Après avoir présidé son premier Conseil des ministres de la nouvelle année, dimanche 3 janvier, le chef de l’Etat a dirigé, lundi 4 janvier, la réunion du Haut-Conseil de sécurité, signant ainsi son retour à l’exercice présidentiel et à la gestion des affaires du pays.

Le communiqué qui a résumé les travaux de sa réunion avec Abdelaziz Djerad et les ministres du gouvernement n’a pas manqué d’indications sur l’action de l’Exécutif en 2020 et les dossiers qui l’attendent désormais. Celui qui a servi de bulletin d’information sur le tour de table du Haut-Conseil de sécurité, en revanche, a été laconique, mais précis par les propos qu’il contient. On y apprend que le président de la République a abordé, lors de cette séance de consultation avec le chef d’état-major de l’Armée, des ministres de l’Intérieur, des Affaires étrangères, de la Justice, des Finances et autres hauts responsables, les questions économiques et géopolitiques. Il y a eu certainement d’autres points qui ont dû être abordés lors de cette réunion en raison du retour de M. Tebboune à ses responsabilités, un moment propice à s’informer de tout ce qui concerne le pays, mais ce sont les dossiers de l’économie et de l’étranger, notamment immédiat, qui ressortent comme prioritaires, selon le communiqué de la présidence de la République, le 4 janvier au soir. Sur le plan économique, l’instruction donnée par M. Tebboune est de prendre «toutes les mesures nécessaires à l’effet du soutien d’une forte impulsion économique, notamment après la stagnation induite par la Covid-19 et la chute des prix du pétrole, et la mise en place d’un Plan d’encouragement et d’incitation en direction des producteurs en associant les secteurs, privé et public».

Sortir l’économie du marasme
Ces recommandations recouvrent en grande partie celles qui ont été formulées par le chef de l’Etat à l’issue du Conseil des ministres. On en a un éclairage dans le premier rapport publié par le ministère de la Prospective sur la «relance économique pour 2020-2024». Selon ce rapport, qui table sur une reprise dès 2021 après la «récession» de 2020, un effort particulier devra être porté sur secteur de l’Energie qui a fortement pâti de la crise sanitaire et de ses conséquences exogènes liées au déclin de la demande mondiale. C’est dire que le ministère de l’Energie et le groupe Sonatrach seront particulièrement observés et sollicités selon l’hypothèse vraisemblable que la pandémie sera moins sévère en 2021 : un pari pour le moins téméraire au vu des développements dans certains pays, notamment européens, dont la demande en brut détermine les cours des marchés pétroliers. Mais on peut espérer que le retour à des confinements plus durs comme en Chine et surtout les campagnes de vaccination qui commencent partout dans le monde finiront par venir à bout de la propagation du virus.

Vigilance aux frontières
Sur le plan géopolitique, le président de la République, selon le communiqué sur les travaux du Haut-Conseil de sécurité, «a insisté sur le maintien de la vigilance à tous les niveaux afin de permettre à l’Algérie d’enclencher les étapes importantes à venir en adéquation avec les défis de l’année 2021, à la lumière des développements inédits survenus récemment dans la région, et particulièrement dans l’espace régional voisin». Ce passage a le mérite d’être clair et net et de sens. Il fait sans aucun doute allusion aux développements dans l’espace maghrébin et sahélo-saharien où le conflit en Libye d’une part et la poussée terroriste dans les pays sahéliens comme récemment au Niger, d’autre part, représentent des foyers d’instabilité et de menace susceptibles de toucher à la sécurité de l’Algérie. Il n’en demeure pas moins que la grande nouveauté dans ces espaces de crise est celle de la normalisation des relations entre le Maroc et Israël et la reconnaissance par le président américain sortant Donald Trump de la «marocanité» du Sahara occidental. L’année qui commence sera, en effet, marquée par le développement de la coopération sécuritaire et technologique entre Rabat et Tel-Aviv. Les répercussions de ce chamboulement sans précédent ne concerneront pas le dossier du Sahara occidental seulement. Mais l’ensemble des équilibres géopolitiques en Afrique du Nord avec une onde de choc sur le continent en entier sans compter les conséquences sur les plans militaire et de sécurité entre un pays voisin, le Maroc, qui considère à tort que le problème sahraoui est algérien, et l’Algérie qui devra ajuster son dispositif de défense vis-à-vis de ce voisin désormais prêt à consolider sa coopération sécuritaire avec un pays considéré comme un des plus grands bureaux d’étude mondiaux en matière de déstabilisation.

Equilibres géopolitiques chamboulés et conséquences
Cette fois, il ne s’agira plus comme dans les années 1980 de la construction du «mur de la honte» comme l’appelle les indépendantistes sahraouis à laquelle Israël a participé par le conseil et l’ingénierie. Ce sera une relation ouverte à tous les domaines, militaires compris, à proximité des frontières de l’Algérie comme l’a souligné le Premier ministre Djerad au lendemain de l’annonce de la normalisation. La nouvelle relation bilatérale entre Rabat et Tel-Aviv entraine par ailleurs une nouvelle dynamique multilatérale que l’Algérie doit considérer avec sérieux. On ne sait pas par exemple quelle réaction aura le président américain élu Joe Biden vis-à-vis de la normalisation sponsorisée par l’administration de Donald Trump avec, à la clé, l’ouverture d’une représentation consulaire à Dakhla en territoire sahraoui. Le prochain chef de la Maison Blanche pourrait être tenté par le statu quo, mais il serait naïf d’espérer de lui des actions susceptibles de gêner l’allié israélien. Dans ce cas de figure, l’Algérie aura à reconsidérer sa relation avec la puissance étasunienne et devra faire preuve avec Washington comme avec toutes les capitales qui ont un poids important, en Afrique comprise, d’un sens aigu de diplomatie pour préserver ses intérêts dans un contexte d’adversité totalement nouveau. En reconnaissant la «marocanité» du Sahara occidental, le président Trump a fait sortir les Etats-Unis de leur apparente neutralité. Une donnée qui explique pourquoi le président Tebboune, selon le communiqué du Haut-Conseil de sécurité, utilise à répétition le mot «vigilance».