La France voulait son G5 Sahel. Elle l’a eu, et en bonus, elle reçoit des soutiens financiers inespérés, venant de l’Arabie Saoudite et bientôt des Emirats arabes unis. Le sommet tenu hier à Celle-Saint-Cloud, près de Paris, avait pour objectif de réunir les sommes nécessaires pour le déploiement de cette force africaine, composée de soldats des cinq pays de la région, Mali,

Tchad, Niger, Burkina Faso, Nigeria et Mauritanie. L’UE et les USA ont promis d’apporter leur contribution financière, tandis que l’Allemagne a promis des aides matérielles. « Il nous faut gagner la guerre contre le terrorisme dans la zone sahélo-saharienne. Or, elle bat son plein. Il y a des attaques chaque jour, il y a des Etats qui sont aujourd’hui menacés », a déclaré le président français, Emmanuel Macron, à l’issue d’un sommet de soutien à cette force. La force du G5 Sahel, composée de soldats de cinq pays de la région, a effectué une première opération « exploratoire » en novembre, mais doit monter en puissance pour atteindre au moins 5 000 hommes d’ici au printemps 2018. L’opération Serval, lancée par la France, en 2013, en dépit des réserves de l’Algérie, n’a pas permis de venir à bout des groupes terroristes, puisque ces derniers, de l’aveu des autorités françaises, ont retrouvé un nouveau souffle malgré la présence de 12 000 Casques bleus (Minusma) et de la force française Barkhane, qui compte

4 000 hommes dans la région. Le président malien, Ibrahim Boubakar Keïta, qui préside également le G5 Sahel, a affirmé : « Nous sommes conscients que le temps nous est compté, qu’avec ce qui s’est passé au Moyen-Orient, avec la fin de la guerre en Syrie, il y aura un reflux (de terroristes) vers nous. ». D’où « l’urgence aujourd’hui à faire en sorte que les forces du G5 Sahel aboutissent rapidement à des résultats concrets », a-t-il noté. « Pour cela, il nous faut tenir les engagements financiers que les uns et les autres ont faits », a insisté le président malien. Les chefs d’Etat du Sahel maintiennent le même discours : donnez-nous les moyens financiers pour combattre le terrorisme. Le plus grand absent du sommet de Paris est l’Algérie. Sa présence était souhaitée et sa contribution toujours la bienvenue. Les responsables français ont tenté vainement de convaincre leurs homologues algériens. C’est que la position de l’Algérie est dictée par sa propre Constitution qui interdit le déploiement de ses forces armées en dehors de ses frontières. Mais il n’y a pas que cette position doctrinale qui éloigne Alger de cette initiative. En effet, depuis l’éclatement du conflit armé au nord du Mali, l’Algérie n’a de cessé militer, auprès des factions maliennes, en vue de parvenir à un accord de paix. Cela a été fait, comme cela s’est fait par le passé. Mais, l’accord n’a même pas eu le temps de voir le jour sur le terrain, puisque les Français étaient décidés à mettre pied au Sahel. D’autre part, l’Algérie, conformément aux engagements des chefs d’Etat africains, a lancé, en collaboration avec les pays du Sahel, le Comité opérationnel des états-majors des armées (Cemoc), dont le siège se trouve à Tamanrasset. Elle a procédé à la formation de nombreux éléments des armées de ces pays, mais aussi contribué financièrement et matériellement à l’équipement de ces armées. Récemment, lors du sommet UA-UE, le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, a rappelé que l’Algérie avait contribué avec 100 millions de dollars dans la formation des troupes et de leurs équipements pour lutter efficacement contre le terrorisme.
La participation de l’Armée algérienne, la plus importante de la région, mais surtout la plus aguerrie en matière de lutte antiterroriste, était et demeure vivement souhaitée dans la force du G5 Sahel, mais l’Algérie refuse de s’embarquer dans cette énième intervention militaire, visant à faire de la région du Sahel, un nouveau champ d’expérimentation, voire de concentration de terroristes. En revanche, l’Algérie s’est toujours montrée prête à aider, dans les cadres légaux de l’Union africaine ou des Nations unies, afin d’apporter sa contribution effective, que ce soit en matière de formation, ou encore d’échanges d’informations et d’expériences.
Mais, au fond, les réticences d’Alger tiennent surtout au fait qu’elle privilégie toujours la voie de règlement des conflits par les voies politiques et son refus de toute ingérence étrangère. Ce n’est pas seulement une position dogmatique, mais c’est surtout une question de légalité internationale, sachant que la situation au Sahel a été largement débattue par la communauté internationale et les véritables raisons de la dégradation de la situation sécuritaire ont, maintes fois, été relevées, tout comme les promesses de la communauté internationale de venir en aide, économiquement, à cette région, sans que cela se concrétise. Et, subitement, pour une intervention militaire, l’argent coule à flots ! L’option exclusivement sécuritaire n’a jamais été et ne sera jamais la solution à l’instabilité dans le Sahel.