Le Comité conjoint de monitoring de l’Opep+ a recommandé de poursuivre la stratégie de reprise progressive de la production de pétrole, alors que la demande mondiale se remet peu à peu des conséquences de la pandémie du Covid-19, malgré la flambée des infections en Inde, au Brésil et au Japon.

Par Hakim Ould Mohamed
Les producteurs siégeant dans le Comité de suivi de l’application des accords de réduction de la production, dirigé par l’Arabie saoudite et la Russie, qui se sont réunis, hier, en visioconférence, ont convenu que la coalition pouvait sursoir à la réunion ministérielle prévue initialement, aujourd’hui mercredi, et s’en tenir à la feuille de route arrêtée en avril dernier. Celle-ci prévoit une levée progressive des restrictions sur l’offre pétrolière et augmenter ainsi la production au fur et à mesure que la demande mondiale de pétrole progresse dans les mois à venir. L’alliance des 23 pays a l’intention d’injecter sur le marché environ 2 millions de barils par jour au cours des trois prochains mois. La consommation mondiale de pétrole devrait rebondir de 6 millions de barils par jour cette année, bien que la reprise reste menacée par l’évolution de l’épidémie de virus en Inde et au Brésil, a annoncé lundi un panel d’experts techniques de l’Opep+ dans un rapport repris par Bloomberg. En conséquence, la surabondance des stocks de pétrole qui s’est accumulée lorsque la demande s’est effondrée l’an dernier aura presque disparu d’ici la fin de ce trimestre. Le secrétaire général de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), Mohamed Barkindo, a estimé à juste titre, dans un tweet, que l’Opep peut se féliciter d’avoir contribué à inverser la tendance du marché grâce à sa politique de réduction de la production entamée depuis mai 2020. Cependant, met-il en garde, «la persistance du Covid-19 nous rappelle que ce n’est pas le moment de s’éloigner de l’approche prudente et ferme que nous avons adoptée au cours de l’année écoulée». Le vice-ministre russe de l’Énergie, Alexander Novak, a déclaré quant à lui à l’issue de la réunion du Comité conjoint de monitoring que le marché pétrolier était optimiste et que la croissance mondiale augmentait. Néanmoins, l’Opep+ doit continuer à surveiller la situation des infections quotidiennes au coronavirus dans de nombreuses régions, y compris l’Asie, a-t-il déclaré sur la chaîne de télévision publique Rossiya24. L’autre élément rassurant du marché est que les stocks mondiaux de pétrole diminueront de 1,2 million de barils par jour en moyenne cette année, estiment les experts techniques de l’Opep+. C’est un rythme plus rapide que le retrait de 800 000 par jour du marché prévu il y a un mois. En conséquence, l’excédent des stocks dans les pays développés sera ramené à 8 millions de barils d’ici la fin du deuxième trimestre de l’année. Dans une interview accordée à Bloomberg TV, le PDG de BP dit constater que la demande mondiale de pétrole est «incroyablement forte», soulignant que la demande de pétrole de la Chine est supérieure aux niveaux d’avant la pandémie et que les États-Unis sont presque de retour, tandis que les campagnes de vaccination semblent s’accélérer en Europe. Cependant, les infections au Covid-19 en Inde, troisième importateur mondial de pétrole, augmentent à un rythme record. L’épidémie pourrait réduire la demande de carburant du pays ce mois-ci de 350.000 barils par jour. Mais pour le moment, la reprise en Chine et aux États-Unis éclipse la baisse de la demande en Inde. En tout cas, l’Opep+ opte pour le statu quo dans sa politique en matière de production, mais estime pouvoir agir rapidement si la situation se détériore puisqu’elle se réunit désormais régulièrement, soit environ tous les mois. La prochaine réunion est prévue pour le 1er juin prochain, ont indiqué des ministres de l’Opep+. Hier, les cours du pétrole se reprenaient, les investisseurs se montrant plus optimistes alors que les membres de l’Opep et leurs alliés non Opep se réunissaient en visioconférence. Vers 16H00, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en juin valait 65,44 dollars à Londres, en hausse de 0,63% par rapport à la clôture de la veille. A New York, le baril américain de WTI pour le même mois gagnait 0,76%, à 62,38 dollars. n