Face à la forte chute des prix du pétrole, provoquée par le coronavirus qui tire la demande mondiale de brut vers le bas, l’Organisation des pays exportateurs de pétroles (Opep) et ses partenaires, regroupés autour de l’Opep+, semblent se diriger droit vers des coupes supplémentaires, en plus
du prolongement de la réduction en cours (1,7 million de barils par jour) jusqu’ à la fin 2020.

Or, si la prolongation de la réduction actuelle fait consensus au sein des pays concernés, l’option des 600 000 barils supplémentaires recommandée par le Comité technique conjoint Opep-non Opep (JTC) n’est toujours pas exécutée, faute de réponse du partenaire russe. Sauf que depuis cette recommandation faite lors de la dernière réunion de l’Opep+, début février dernier, les prix de l’or noir ont poursuivi leur recul pour descendre en dessous des 50 dollars la semaine dernière, faisant que les 600 000 barils par jour de coupes supplémentaires sont devenus des volumes insuffisants pour juguler l’érosion dans une conjoncture de forte baisse de la demande mondiale, suite à la forte propagation de l’épidémie de coronavirus à l’échelle mondiale.
C’est pourquoi, l’Opep et ses alliés pourraient aller jusqu’à une réduction supplémentaire de 1 million de barils par jour lors de leur réunion à Vienne, demain et vendredi. Ce chiffre a été évoqué la semaine dernière par des sources proches du dossier, alors que pour sa part, le ministre de l’Energie et président de la Conférence de l’Opep, Mohamed Arkab, parle d’une nouvelle réduction «substantielle» que les 25 ministres de l’Opep+ sont en train d’examiner en guise d’accord à prendre lors des retrouvailles dans la capitale autrichienne. «Nous allons examiner la possibilité d’effectuer une nouvelle réduction substantielle de la production en retirant des marchés les quantités qui ne sont pas consommées en raison de la propagation du coronavirus», a déclaré, dans cette perspective, M. Arkab dans un entretien à l’APS. «Nous allons nous appuyer sur ces deux propositions pour trouver une solution consensuelle dans l’intérêt de la stabilité du marché pétrolier international. La tendance est vers la poursuite des baisses adoptées en décembre 2019. Nous avons déjà un consensus entre les pays Opep et non Opep, y compris la Russie, sur ce point, c’est acquis. Concernant la réduction additionnelle, nous aurons à discuter sur ça les 4, 5 et 6 mars», a expliqué M. Arkab, soulignant que les ministres de l’Organisation ont apporté leur soutien à la recommandation du JTC selon laquelle il est nécessaire de procéder à une nouvelle baisse substantielle, ajoutant toutefois que «le volume des réductions n’était pas encore déterminé».
«Certains pays (hors Opep) ont demandé plus de temps pour évaluer l’impact de la propagation du coronavirus sur le marché pétrolier avant de se prononcer officiellement lors de nos réunions de Vienne. Nous aurons l’occasion d’entendre leurs points de vue sur le marché pétrolier et de définir, conjointement, une action concrète qui nous permettra de stabiliser le marché pétrolier, dans l’intérêt de la relance de l’économie mondiale, de l’industrie pétrolière et des pays producteurs que nous sommes», a-t-il noté. Les discussions, poursuit-il, vont se baser sur des études sur l’impact de l’épidémie du coronavirus sur l’évolution de l’économie mondiale et l’état de l’offre et de la demande, afin de prendre des décisions qui «vont arranger tout le monde, tout en ayant l’objectif sur la stabilité du marché et les prix qui doivent être conformes aux réalités des marchés et aux espérances des pays producteurs». Et d’ajouter que «chaque pays va venir avec l’ambition de chercher un consensus pour éviter l’effondrement des prix, aucun pays n’a intérêt à voir des prix très bas». De son côté, l’Arabie, en tant que chef de file de l’Opep, et grand perdant dans l’affaire de la chute de la demande mondiale de brut, dont notamment la demande chinoise, serait en train de manoeuvrer pour un consensus autour d’une réduction supplémentaire de 1 million de barils par jour, alors que l’autre poids lourd de l’Opep+, la Russie, se dit satisfait des prix actuels affichés par le baril. Ces prix sont «acceptables pour le budget de la Russie», a déclaré dimanche le président russe Vladimir Poutine, ajoutant que la Russie avait «suffisamment de ressources pour faire face à une détérioration de la situation économique mondiale».
Une chose est d’ores et déjà certaine, comme le veut la tradition, un consensus, en fin de semaine, au sein de l’Opep+ devra inévitablement passer par un accord entre l’Arabie saoudite et la Russie. n