C’est aujourd’hui que prend fin la période de confinement de dix jours décidée le 26 juillet dernier pour tenter d’endiguer la vague de nouvelles contaminations au nouveau coronavirus Covid-19. C’est aujourd’hui également que se réunit le Haut conseil de sécurité. Parmi les points inscrits à son ordre du jour, la riposte à l’inquiétante flambée de la souche Delta et la probabilité d’actions préventives plus strictes et plus contraignantes.

Par Halim Midouni
A tenir compte des avis les plus exprimés par les médecins concernant le scénario à privilégier durant les jours et les semaines prochaines dans la lutte contre la pandémie, la solution préconisée est celle d’un «confinement total». Ces spécialistes conseillent de cantonner pendant une période de temps les Algériens chez eux et de limiter drastiquement les mouvements dans les places et lieux de rassemblements publics afin de réduire le nombre exponentiel des cas d’infection au variant Delta du Covid-19 – le plus puissant et le plus virulent observé jusqu’ici – et d’inverser la courbe ascendante du nombre de décès parmi les malades admis en service d’urgence.
Cette option de «confinement total» a d’ailleurs été évoquée hier par le président de l’Agence nationale de sécurité sanitaire, Kamel Senhadji, lors de l’entretien matinal de la radio Alger chaine III. Ce professeur, sans être directif, a conseillé de recourir à la «quarantaine» en cas d’aggravation de la situation épidémique déjà préoccupante actuellement.

«On est face au mur et l’épée dans les reins»
Dans ce cas-là, ce sera du «bon sens» et le choix d’imposer aux Algériens vivant dans les zones gravement touchées par le virus de s’isoler à domicile découlera du «bon sens», a-t-il ajouté. «On est face au mur et l’épée dans les reins», a-t-il lâché pour décrire le contexte sanitaire actuel dans ces régions – 35 wilayas concernées par le confinement partiel décrété le 26 juillet dernier. Une formulation qu’il a utilisée pour mettre en garde contre le «fort pouvoir de pénétration» du variant Delta et sa puissance de contamination.
«Une personne atteinte du variant Delta est en mesure de contaminer huit autres», a fait savoir le professeur Senhadji alors que le taux de contamination avant son apparition était d’une personne à une personne et demie. Un constat qui, même si l’on parle depuis 72 heures d’une «accalmie» par rapport au pic des infections enregistrées il y a plus d’une semaine, voire davantage dans les services Covid, devrait donc inciter à parier sur l’entrée des wilayas touchées dans une période de privations plus sévères de la circulation. Sauf que cette décision revient au chef de l’Etat en dernier ressort, en raison des conséquences économiques et socioéconomiques qu’elle entraine, alors que le pays n’est pas au mieux de sa forme à ces niveaux. Mais que fera M. Tebboune ?
On le saura aujourd’hui comme on connaitra son attitude vis-à-vis de la recommandation de créer des structures anti-Covid sorties des murs des hôpitaux comme le préconise l’Agence de sécurité nationale, son «œil scientifique» dans le suivi de la crise sanitaire et qui l’«informe régulièrement de son évolution», comme l’a affirmé hier son président. «Nous avons mis en place une espèce de cartographie de la situation actuelle, où un diagnostic précis a été fait par rapport à ce problème d’oxygène, de vaccination, de réanimation et de prise en charge des malades».

Des espaces dédiés aux malades Covid
Un groupe d’experts «est en train de travailler sur la mise en place d’une stratégie qui sera à la disposition du président de la République en lui proposant les différentes actions par rapport à tous ces éléments qui ont été diagnostiqués sur la situation que nous vivons actuellement», a-t-il indiqué. Parmi elles, et par souci d’économie et de pertinence thérapeutique, le conseil de ne vacciner que d’une seule dose et sous forme de rappel les personnes ayant déjà contracté le virus, selon un protocole déjà en vigueur dans plusieurs pays européens
Dans son entretien durant la matinale de la Chaine III, le professeur Senhadji a, ainsi, conseillé de mettre en place dans les régions concernées des «espaces» spécialement dédiés à l’accueil et aux soins des personnes atteintes du Covid, en attendant que la campagne de vaccination s’amplifie davantage y compris chez les jeunes et même les enfants désormais recensés parmi les couches vulnérables et permette une meilleure protection de la population. Il a cité, pour Alger, l’exemple de la SAFEX dont les locaux peuvent être aménagés en «une semaine» pour prendre en charge les malades dans des conditions où il n’y aurait, selon lui, ni manque de lits médicalisés ni pénurie d’oxygène dont le manque observé durant dernières semaines a ébranlé les certitudes du gouvernement.
Par rapport à la question du «Que faire» maintenant, le président de la République devra également prendre la décision ou non de revoir le dispositif actuel du haut personnel médical et d’expertise chargé de concevoir et de mener sur le terrain la lutte contre la pandémie.

«Il aurait fallu anticiper»
Selon les déclarations du professeur Senhadji, hier, «on a tergiversé pendant l’accalmie (…) on avait le temps de se redéployer pour faire des aménagements (…) et créer un système de prise en charge des malades à la hauteur de la gravité de la pandémie. «Il aurait fallu anticiper» à partir des leçons apprises de ce qui se passe dans le monde et «externaliser la prise en charge des patients Covid», a-t-il jugé, pointant du doigt une logique de «périmètres», de prérogatives et, donc, de chapelles qui règnerait dans le milieu des grands acteurs engagés dans cette bataille au sein du comité scientifique mise en place par le ministère de la santé publique.
«Le comité scientifique préfère fonctionner de cette façon, chacun dans son coin. Or, ce n’est pas ce qui est demandé ni l’idéal en matière de santé publique et de coordination» pour la lutte anti-Covid, a-t-il fait remarquer sur le ton du regret.
M. Senhadji a semblé déplorer la manière dont le comité travaille actuellement, c’est-à-dire sans convier le président et les experts de l’agence de sécurité sanitaire. Nous nous voyons «quand le président nous réunit», a-t-il révélé, non sans paraitre jouer l’apaisement et la diplomatie.

Chapelles, prérogatives et égos
«C’est un début, il est tout à fait normal que des périmètres fassent l’objet de malentendus et de discordes», a-t-il rassuré. Non, sans parler de nécessité de «stratégie» qui n’existe pas encre, selon lui. Ce qui donne raison à la vox populi qui, sur les réseaux sociaux ou ailleurs, s’est interrogé durant ces derniers jours sur la difficulté manifestement inquiétante des pouvoirs publics à approvisionner d’oxygène médicinal les services anti-Covid, obligeant les particuliers à créer de formidables chaines de solidarité et de logistique pour éviter que la liste des décès ne s’allonge.
Face à ces logiques de «périmètres», pour le moins étonnantes dans les circonstances actuelles, le chef de l’Etat, selon les propos du président de l’agence de sécurité sanitaire, se voit placé dans la position du médecin chef qui doit rapprocher et mobiliser tous les grands acteurs concernés apparemment prisonniers de leurs égos et de la concurrence entre groupes fermés, voire rivaux, alors que le temps est à la mutualisation des efforts et de la ressource. «Nous allons probablement affronter encore une nouvelle vague», a, pour cela, prévenu le professeur Senhadji. La riposte que dévoilera aujourd’hui le Haut conseil de sécurité serait de l’endiguer sérieusement.