L’Opep et ses alliés ont entamé, hier, deux jours de réunions pour décider des suites à donner à sa politique de restriction de la production, dans un contexte de déroute des prix du pétrole et de craintes grandissantes suscitées par le variant Omicron.

Par Hakim Ould Mohamed
Depuis une semaine, le marché pétrolier valse, en effet, au rythme des pires inquiétudes quant aux conséquences probables de l’Omicron sur la demande mondiale d’énergie. Les prix du pétrole sont retombés à près de 70 dollars le baril, mardi, contre 86 dollars en octobre, affichant leur plus forte baisse mensuelle depuis le début de la pandémie, la nouvelle couche de la Covid-19 faisant craindre une surabondance de l’offre.
En novembre, le Brent a chuté de 16,4%, tandis que le WTI a chuté de 20,8%, la plus forte baisse mensuelle depuis mars 2020. C’est dire que la menace qui pèse sur la demande de pétrole est réelle. Une autre vague de restrictions des déplacements des personnes et des marchandises pourrait entraîner une perte jusqu’à 3 millions de barils par jour de pétrole au cours du premier trimestre 2022, à en croire certains analystes. Les réunions de l’Opep+, entamées, hier, par des discussions au niveau des experts, lesquels devraient donner une analyse du marché et des recommandations à la réunion des ministres, prévue aujourd’hui, interviennent également dans un moment de forte pression sur les pays producteurs, exercée à la fois par les grands pays consommateurs, menés par les Etats-Unis, l’AIE ainsi que par le président de la Réserve fédérale, Jérôme Powell. Ce dernier a déclaré, hier, que la Banque centrale américaine discuterait probablement de l’accélération de sa réduction des achats d’obligations dans un contexte de fortes anticipations inflationnistes. Si face aux pressions internationales l’Opep+ est restée, jusqu’ici, de marbre, refusant d’ouvrir davantage ses vannes, les rumeurs vont bon train sur une probable pause dans la politique de production de l’Organisation. Dit autrement, il serait probable que l’Opep+ suspende ses augmentations de productions mensuelles de 400 000 barils par jour, le temps de voir plus clair au sujet de la menace de l’Omicron. L’autre option actuellement en discussion est que l’Opep+ conserve inchangé sa politique de l’offre, face aux appels incessants des grands pays producteurs en faveur d’une hausse de la production du groupe. En tout cas, sur cette option, plusieurs ministres de l’Opep+, notamment de Russie et d’Arabie saoudite, ont déclaré qu’il n’y avait pas besoin d’une réaction instinctive du groupe.

Equation à plusieurs inconnues
Mais certains analystes, dont les propos ont été rapportés, hier, par Bloomberg et Reuters, ont suggéré que l’Opep+ pourrait suspendre son projet de pomper 400 000 barils par jour (bpj) supplémentaires chaque mois jusqu’à fin 2021. Cette option était déjà dans l’air en réaction aux effets de l’annonce, la semaine dernière, des Etats-Unis et d’autres pays de libérer des réserves de brut d’urgence pour tempérer les prix de l’énergie. Pour l’Opep+, les grands défis de l’heure sont clairs. Il est question, d’abord, de prendre des mesures de nature à réduire l’excédent de pétrole, lequel devrait s’aggraver de 2 millions de barils par jour (bpj) en janvier, de 3,4 millions de bpj en février et de 3,8 millions de bpj en mars de l’année prochaine, selon un rapport interne des experts de l’Organisation, consultés par Reuters. Ces chiffres, suggérant une évolution haussière des stocks mondiaux dès janvier 2022, accréditent l’idée selon laquelle l’Opep+ n’augmentera pas davantage sa production de pétrole dans un premier temps dans le but de maintenir les prix actuels à environ 70 dollars le baril. Si cette décision de garder inchangée la politique actuelle de l’offre venait à être actée par l’Opep+ dans le but de maintenir les prix autour de 70 dollars/baril face à la menace de l’Omicron, il est possible que l’Organisation suspende par la suite l’augmentation prévue de la production en janvier et de maintenir son quota à plat avec son approche prudente, quitte à faire face aux pressions des grands consommateurs et de leurs institutions. Cependant, plusieurs ministres de l’Opep+ ont déclaré à Reuters qu’il n’était pas nécessaire de changer de cap. Mais même si l’Opep+ accepte d’aller de l’avant avec son augmentation de l’offre prévue en janvier, certains producteurs pourraient avoir du mal à remplir leurs quotas et/ou à pomper davantage. L’équation n’est ainsi pas si facile, étant donné qu’il s’agit de slalomer entre plusieurs variables, dont la hausse des stocks, la menace de l’Omicron, une guerre des prix menée par les grands pays consommateurs ainsi que les enjeux internes aux pays producteurs, à savoir la hausse des déficits et le désinvestissement qui caractérise l’amont pétrolier et gazier, en sortie d’un choc pandémique qui a été si dur pour l’industrie pétrolière mondiale. C’est dire toute l’importance de la réunion qui regroupe les ministres des pays producteurs siégeant dans l’Opep+. n