Les inquiétudes sur la demande mondiale de pétrole ont fini par remonter à la surface suite
à la série de confinements auxquels s’adonnent les pays occidentaux, réduisant ainsi la visibilité aux producteurs de brut. Ce pourquoi, l’Opep+, à quelques heures de sa réunion prévue aujourd’hui, a révisé à la baisse ses estimations de la demande de pétrole pour 2021, adoptant ainsi une attitude plutôt négative par rapport à l’évolution du marché. Une attitude qui en dit long sur ses décisions attendues, aujourd’hui, lors de la réunion de ses membres.

Par Hakim Ould Mohamed
La réunion du Comité technique conjoint de l’Opep+, organe qui a la mission de suivre le marché et la conformité aux coupes de production, a estimé, la veille, que la demande mondiale de pétrole augmentera de 5,6 millions de barils par jour seulement cette année, contre une projection initiale de 5,9 millions. Cette révision à la baisse des projections sur la demande fait suite à une recommandation du secrétaire général de l’Opep, Mohammad Barkindo, qui a appelé la coalition à faire preuve de prudence lors de sa réunion d’aujourd’hui. Lors de la réunion précédente, ce sentiment de prudence a conduit justement à la décision surprise de maintenir inchangés les niveaux de production, plutôt que de stimuler la production en prévision de la reprise économique. L’Organisation des pays exportateurs de pétrole et ses alliés ont estimé alors que cette décision était opportune. Les analystes du marché estiment que le groupe devrait adopter une position similaire cette semaine. L’Opep+, dans le rapport de ses experts et ministres siégeant dans le Comité technique conjoint, dit «noter avec inquiétude qu’en dépit du taux accéléré du déploiement de la vaccination à travers le monde, le nombre d’infections est de plus en plus croissant, combiné à des mesures de verrouillage et des restrictions des voyage réimposées dans de nombreuses régions». La consommation moyenne de pétrole a évolué en baisse de 1 millions de baril par jour en moyenne le mois dernier, alors que la production de l’Opep+ a été maintenue inchangée. Cela signifie que l’objectif principal de l’Alliance pour les mois à venir – à savoir réduire les stocks excédentaires accumulés pendant la pandémie – ne se produirait que lentement, à moins que ses réductions de production ne soient maintenues proches des niveaux actuels. Si l’Opep+ avait choqué le marché à l’issue de sa précédente réunion en maintenant la plupart de ses réductions de production, ce qui a fait grimper le Brent à 70 dollars le baril, l’euphorie s’était rapidement estompée alors que certains pays de l’Europe réimposent des confinements aux populations pour contenir la montée en flèche des contaminations aux variants. D’autres pays, grands consommateurs de pétrole, à l’instar de l’Inde et du Brésil, font face à une aggravation de la situation sanitaire. Les achats de brut en Asie ont ralenti, une saison touristique terne n’ayant pas réussi à stimuler la demande de carburant. Pendant ce temps, les approvisionnements en pétrole ont augmenté ; l’Iran a fait grimper ses exportations vers la Chine au mépris des sanctions américaines. Résultats des courses : moins d’une semaine après avoir atteint un sommet d’un an, les contrats à terme sur le pétrole avaient cédé près de 10 dollars. Le Brent, la référence internationale, s’est échangé à moins 64 dollars le baril, hier. Compte tenu de ces perspectives pessimistes, il semble probable que les quotas actuels de production soient reconduits pour un mois supplémentaire. L’Opep réduit de plus de 7 millions de barils par jour sa production actuellement afin de soutenir les prix et de réduire l’offre excédentaire. L’Arabie saoudite a ajouté à ces réductions une coupe volontaire d’un million de barils par jour. Tout porte à croire que l’Opep+ s’achemine droit vers le prolongement des coupes actuelles de production, en l’absence de signaux positifs sur la reprise de la croissance et de la consommation mondiale de pétrole. Le Secrétaire général de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), Mohamed Barkindo, a d’ailleurs donné un avant-goût de ce que sera la décision d’aujourd’hui, soulignant la nécessité de rester «très prudent et attentif» à l’évolution du marché pétrolier. «Si le mois dernier a vu de nombreux développements positifs, il a également été témoin de rappels sur les incertitudes et la fragilité persistantes causées par la pandémie COVID-19», a-t-il soutenu, selon un communiqué de l’Opep publié sur son site web, à l’issue de la 50e réunion du comité technique conjoint. n