Les pays membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et leurs partenaires dans le cadre de l’Opep+ se retrouvent, aujourd’hui, pour une nouvelle réunion par visioconférence, portant sur l’examen de la situation du marché pétrolier international et sur ses perspectives d’évolution à court terme.

Par Feriel Nourine
Un rendez-vous que l’alliance a décidé de rendre mensuel au début de l’année en cours, pour pouvoir réagir rapidement à un quelconque paramètre qui viendrait remettre en cause la démarche mise en place par ses 23 membres face à un marché toujours sous la menace d’une nouvelle rechute, notamment celle que fait planer la pandémie de la Covid-19. Sauf que pour cette réunion de début de septembre, les 23 pays membres de l’Opep et leurs 10 alliés non-membres ne seront pas appelés à dégager l’augmentation mensuelle à leur offre, comme ils l’ont fait à chacune de leurs dernières rencontres. Et pour cause, l’Opep+ a déjà décidé, le 18 juillet dernier, d’un rajout de 400 000 barils par jour (bpj) du mois d’août à décembre prochain, avec pour objectif à terme de remettre dans les tuyaux les 5,4 millions de barils quotidiens qu’il laisse encore sous terre.
Autrement dit, l’alliance n’aura pas à traverser la rude épreuve des volumes qu’il faudra pomper dans le cadre de l’assouplissement progressif de son programme de réduction décidé en avril 2020. Rude épreuve, parce que c’est ce qui s’est passé début juillet dernier lorsque les réserves émises par les Emirats arabes unis avait coûté à l’Opep+ un blocage des négociations de plusieurs jours qui risquait de la mener vers l’impasse.
Les ministres de l’Energie et du Pétrole, qui se réunissent aujourd’hui, devraient orienter leurs interventions vers le statu quo et la poursuite de la démarche adoptée le 18 juillet dernier, c’est-à-dire le respect du supplément de 400 000 bpj. C’est en tous les cas la probabilité que mettent en évidence les analystes du marché pétrolier en soutenant qu’«il est presque certain» que les vingt-trois «maintiendront leur politique inchangée».
Une quasi-certitude que le ministre koweitien du Pétrole, Mohammed Al-Fares, ne semble toutefois pas partager comme le laisse comprendre sa déclaration faite, dimanche dernier, à l’agence officielle Kuna en pleines tractations ouvrant sur la réunion d’aujourd’hui. «Aucune décision n’a été prise», a averti M. Al-Fares, cité par l’agence officielle Kuna, assurant que «toutes les options» étaient sur la table. Des options qui pourraient, justement, porter sur un réajustement de l’augmentation de 400 000 bpj, si l’on croit l’autre sortie du même ministre koweïtien, le même jour, sur Reuters. «Il pourrait y avoir un arrêt de l’augmentation de 400 000 bpj», a-t-il dit à l’agence britannique, après avoir fait remarquer que «les marchés ralentissent, et étant donné que Covid-19 a entamé sa quatrième vague dans certaines régions, nous devons être prudents et reconsidérer cette augmentation». Reste qu’une réévaluation à la baisse du supplément, entré en vigueur le mois dernier, a très peu de chance de trouver une raison d’être abordée par une alliance qui n’est pas prête à risquer de nouvelles divergences en son sein après le dur scénario vécu en juillet. Une remise en cause du consensus qui a sauvé l’Opep+ de l’impasse risque de rallumer le feu pas entièrement éteint, alors que la coopération entre ses membres demeure vitale pour l’équilibre des cours de l’or noir dont l’effondrement du printemps 2020 avait fortement secoué les assises financières des pays producteurs et exportateurs de cette matière énergétique.
De plus, la tendance actuelle du marché n’a rien de préoccupant pour ces pays et plaide ouvertement pour le maintien des 400 000 bpj ajoutés à l’offre des 23 pays depuis un mois. Après avoir bouclé une semaine record sur l’année, engrangeant 10% de gains, les deux références européenne et américaine conservent leurs niveaux respectables depuis lundi, soit autour des 73 dollars pour le Brent de la mer du Nord et 68 dollars pour le WTI.
Dans cette logique, les déclarations du ministre koweïtien du Pétrole pourraient bien être dirigées vers les Etats-Unis qui ont remis en branle, ces derniers jours, la pression sur l’Opep+ pour obtenir une augmentation supérieure aux 400 000 bpj décidée le 18 juillet. Selon le conseiller américain à la Sécurité nationale Jake Sullivan, les 23 membres de l’alliance, emmenés par l’Arabie saoudite et la Russie, «ne font pas assez» pour doper la production de pétrole, «menaçant le redressement économique et les prix à la pompe. «La hausse des coûts de l’essence, si elle n’est pas maîtrisée, risque de nuire à la reprise mondiale en cours», avait-il estimé le 11 août dernier. n