L’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et ses partenaires dans le cadre de l’Opep+ tiennent aujourd’hui leur réunion ministérielle. Des retrouvailles qui ne devraient pas déroger à la règle adoptée par l’alliance, depuis plusieurs mois, en matière de relèvement de sa production.

Par Feriel Nourine
La prudence à l’égard d’un marché «incertain» est toujours de mise chez l’Opep+, et les différentes déclarations de quelques pays membres en témoignent assez clairement, fermant la porte aux appels des pays gros consommateurs pour obtenir plus de pétrole dans les vannes de l’alliance.
De 400 000 barils par jours depuis août 2021, l’augmentation mensuelle injectée par l’Opep+ devrait connaître une légère augmentation pour atteindre les 432 000 bpj à partir de mai, indiquent des sources proches du dossier. Mais ces petits volumes supplémentaires n’ont rien d’une concession accordée aux pays consommateurs qui réclament une satisfaction plus généreuse de leur demande en brut. La hausse intervient, en fait, après des recalculs internes des niveaux de production de référence, explique-t-on, précisant qu’il s’agit des niveaux de référence effectivement plus élevés pour l’Arabie saoudite, la Russie, l’Irak, les Émirats arabes unis et le Koweït.
Autrement dit, les 13 pays de l’Opep, menés par l’Arabie Saoudite, et leurs 10 alliés, menés par la Russie, va sans doute ratifier les plans d’un nouveau supplément qui n’est pas du goût des pays consommateurs, notamment en cette période où ces derniers font face à une offre amoindrie par la guerre en Ukraine et les perturbations causées au marché de l’or noir. En effet, si les pays de l’Union européenne hésitent à mettre à exécution leur menace d’embargo sur le pétrole russe, il n’en demeure pas moins qu’ils pâtissent des difficultés d’acheminement des livraisons de la Russie. Les exportations russes de pétrole auraient chuté d’un quart, alors que de nombreux acheteurs internationaux boycottent le pays. Des entreprises telles que Shell Plc et TotalEnergies SE se sont engagées à suspendre les achats sur le marché à court terme et à mettre un terme aux contrats à long terme.
D’où les pressions que tentent de maintenir les pays consommateurs sur l’Opep+, en optant pour une tactique qui passe par des démarches entreprises auprès de certains pays du Golfe, en leur qualité de grosses pointures au sein de l’Organisation, et donc systématiquement au sein de l’alliance.
Profitant de leur présence au tout récent Sommet mondial des gouvernements à Dubaï, de hauts responsables de pays occidentaux ont multiplié les contacts avec leurs homologues de la région, en espérant les convaincre de recourir à leurs capacités de production en veille pour renforcer l’offre mondiale et de permettre une baisse des prix, lesquels sont estimés trop élevés par les consommateurs.
Parmi les pays du Golfe approchés, l’Arabie saoudite, premier exportateur mondial de brut, et les Émirats arabes unis, un géant du secteur, n’ont pas hésité à manifester leur réticence à pomper plus vite, considérant qu’il n’existe pas encore de pénurie sur les marchés mondiaux.
«Nous n’ajouterons pas de ressources si le marché est équilibré et que les ressources sont sur le marché», a déclaré lundi le ministre de l’Énergie des Émirats arabes unis, Suhail Al-Mazrouei, lors d’une conférence à Dubaï. «Les principaux consommateurs comme les États-Unis devraient faire confiance au jugement du groupe sur la meilleure façon de gérer le marché», a-t-il encore dit le lendemain.
La même tactique passe également par des manœuvres visant à casser la cohésion de l’alliance en la menant sur le terrain de la guerre en Ukraine pour la pousser à se démarquer de la Russie, considérée comme un pilier dans le groupe des 23.
Or, sur ce chapitre, les pays sollicités ont également fait savoir qu’ils n’étaient prêts à marcher dans la combine. «Si l’Opep+ n’existait pas, nous ne pourrions pas avoir de stabilité sur le marché de l’énergie (…), la volatilité des prix serait encore pire», a répliqué le ministre saoudien de l’Energie, Abdulaziz ben Salmane, lors du même événement de Dubaï.
Le même responsable n’a pas manqué de défendre la «culture apolitique» de l’Opep dont son pays est le chef de file. «Lorsqu’on entre dans la salle de réunion ou dans le bâtiment de l’Opep, on laisse nos opinions politiques à la porte», a-t-il déclaré.
Dans le même ordre d’idées, le ministre de l’Energie des Emirats arabes unis, est revenu à la charge en appelant les pays occidentaux à lui faire «confiance», plutôt que de lui dire de «faire ceci ou cela».
«Nous avons besoin qu’ils comprennent que ce que nous faisons est dans l’intérêt des consommateurs», a-t-il ajouté, en soulignant que le départ d’un pays membre de l’alliance, à savoir la Russie, deuxième exportateur mondial, déstabiliserait le marché.
La position commune exprimée par l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis est, par ailleurs, une opération de resserrement des liens entre des piliers de l’Opep+.
Pour ce qui est des prix sur le marché, le baril de Brent de la mer du Nord, la référence européenne, pour livraison en mai, prenait 1,90% à 112,32 dollars.
Le baril de West Texas Intermediate (WTI) américain pour livraison le même mois gagnait quant à lui 2,15% à 106,48 dollars. <