L’Opep et ses alliés non-Opep, menés par la Russie, devraient se rencontrer aujourd’hui à Vienne, alors que pointe à l’horizon l’impératif d’encadrer de manière plus stricte la production de pétrole afin d’éviter une nouvelle surabondance et l’effondrement des cours du brut.
La question qui se pose, néanmoins, est celle de savoir si l’Opep et ses partenaires non-Opep sont en mesure de réduire davantage leur production à l’heure où l’offre saoudienne peine à revenir à ses niveaux d’avant les attentats terroristes qui ont ciblé ses installations pétrolières. Selon des indiscrétions, l’on s’achemine probablement vers une nouvelle réduction plus importante de la production, notamment de certains membres influents de l’Opep, mais la proposition ne fait pas encore consensus au sein de l’Organisation, d’autant plus que cette nouvelle coupe, souhaitée par certains, touche essentiellement certains producteurs du Golfe, alors que ceux-ci pompaient jusqu’ici sans retenue, dont l’Irak, en proie actuellement à d’importants troubles politiques. Depuis 2017, l’Opep+ encadre sa production de pétrole afin de lutter contre une offre excédentaire provoquée par l’essor de la production aux États-Unis, premier producteur mondial qui ne participe pas aux mesures d’encadrement.
Mais depuis peu, la production de l’Opep a beaucoup baissé conséquemment aux attaques ayant ciblé les installations pétrolières saoudiennes, mais aussi au taux d’adhésion à la décision de limitation de la production. La Russie semble être elle aussi réticente à une nouvelle baisse de la production, alors qu’il y a quelques semaines les firmes russes avaient exigé carrément des compensations sur l’effort consenti dans leur adhésion aux réductions de l’Opep+. Le ministre russe de l’Energie, Alexander Novak, a déclaré que Moscou n’avait pas encore finalisé sa position. «Patientons (…) Mais je crois que la réunion, comme d’habitude, sera de nature constructive», a-t-il ajouté devant des journalistes à Moscou. L’accord conclu par l’Opep et ses partenaire non-Opep portait sur une réduction globale de la production de 1,2 million de barils par jour (bpj), soit environ 1,2% de la demande mondiale, à raison d’une coupe de 800 000 barils/jour pour l’Opep et 400 000 barils/jour pour les producteurs non-Opep, dont 280 000 barils/jours pour la Russie. Deux sources ont indiqué à Reuters que l’Opep+ envisageait de réduire la production d’au moins 400 000 de bpj supplémentaires. Mais le consensus autour de cette décision n’est pas encore acquis, car la production de l’Opep connaît ses pires moments depuis les attaques ayant ciblé les installations saoudiennes. D’ailleurs, un haut représentant de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a cependant estimé qu’il était peu probable que l’Opep convienne d’une modification de son accord d’encadrement du fait des incertitudes pesant sur le marché. «Il y a beaucoup d’incertitudes, notamment sur les perspectives de production du pétrole de schiste aux États-Unis, la solidité de la demande, les perspectives économiques globales. Ils vont probablement ne rien changer et se réunir de nouveau en mars», a dit Neil Atkinson, directeur de la division des marchés pétroliers de l’AIE. Pour le moment, les incertitudes que connait le marché, se rapportant essentiellement à la baisse de la croissance économique mondiale, qui entrainerait de facto un déclin de la demande au pétrole, mine la réunion de l’Opep qui, selon toute vraisemblance, maintiendrait le même niveau de réduction jusqu’à mars, en attendant de voir plus clairement l’évolution du marché. Mais un consensus entre l’Arabie saoudite et la Russie autour d’une nouvelle baisse de 400 000 b/j modifierait bien évidemment les conclusions finales de la réunion. Si cette nouvelle coupe qui intervient dans un contexte difficile venait à être validée, elle portera à 1,6 million de barils/j la réduction de la production de l’Opep et de ses partenaires non-Opep.
H. O. M.