La Caisse nationale de retraite (CNR) est déficitaire de 580 milliards de dinars. Il y a à peine quelques semaines, l’Etat est intervenu par le moyen de la planche à billets pour renflouer les caisses de la CNR à hauteur de 500 milliards de dinars. Jeudi, depuis Sidi Bel Abbes, le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale, Mourad Zemali, a reconnu le caractère structurel du déficit dans lequel la CNR se démène, balayant d’un revers de la main l’hypothèse d’une remise en cause de certaines mesures prises par le gouvernement à même d’y faire face.

«Il est inconcevable de revenir au système de retraite à moins de 60 ans». Le ministre faisait allusion à l’abandon par l’Etat du système des retraites proportionnelles et sans conditions d’âge, une tentative de venir à bout de plusieurs années de déficit qui caractérisait la trésorerie de la Caisse nationale de retraite. Nonobstant les montants injectés par l’Etat afin que les milliers de retraités puissent continuer à percevoir leurs pensions, la CNR continue à faire face à une «situation catastrophique», reconnaîit Mourad Zemali, précisant sur sa lancée que «le montant des pensions a atteint 1200 milliards de dinars», alors que la CNR et «accuse un déficit de 580 milliards de dinars». Lors d’un point de presse animé à l’issue de sa visite à Sidi Bel Abbes, le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale a indiqué que le tiers des retraités sont âgés de moins de 60 ans, «ce qui représente presque la masse monétaire du déficit enregistré par la CNR», ajoutant que si le système de la retraite proportionnelle, ou la retraite en dessous des 60 ans, n’avait pas été appliqué, ce déficit de la caisse n’aurait pas été enregistré. C’est dire l’effet pervers des retraites proportionnelles sur la santé financière de la CNR. Pour étayer ses propos, le ministre a indiqué que la wilaya de Sidi Bel Abbes, à elle seule, comprend quelque 7600 retraités dont 50% ont moins de 60 ans et leur moyenne d’âge se situe entre 52 et 53 ans. Il a fait savoir sur sa lancée que des mesures seront prises à même de tenter de réduire le déficit budgétaire de la CNR. Il serait question, entre autres dispositions, de mener des opérations de contrôle du secteur informel et la non déclaration, indiquant qu’une réflexion est actuellement en cours sur la réforme du système de retraite, «une opération qui ne peut être réalisée de façon directe, mais sur le moyen et le long terme».Le ministre a mis le doigt là où ça fait mal, reconnaîssant indirectement les ravages de l’informel sur les systèmes tant de la sécurité sociale que de la retraite.
L’économie informelle est un danger à caractère corrosif étant donné qu’elle absorbe une partie non négligeable de contribuables, réduisant ainsi considérablement la base des cotisants. Selon les données les plus récentes de l’Office national des statistiques (ONS), l’économie informelle représente près de
45 % du Produit national brut (PNB). Elle employait 1,6 million de personnes en 2001 et 3,9 millions en 2012, selon la même source, qui précise que ces effectifs sont constitués à 45,6% de la main-d’œuvre totale non agricole, dont 45,3% dans le commerce et les services, 37 % dans la filière bâtiment et travaux publics et 17 % dans les activités manufacturières.
Ces statistiques officielles, bien qu’elles remontent à 2012, lèvent le voile sur un fléau sans commune mesure et qui fait perdre au Trésor public des milliards de dollars et à la CNAS et à la CNR des centaines de milliers de cotisants. Une base non négligeable capable de réduire considérablement leurs déficits. Le gouvernement a eu jusqu’ici la main molle afin d’y faire face sans pour autant parvenir à enrayer les déficits. Il semblerait, à en croire le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale, que de nouvelles mesures sont actuellement à l’étude, dont l’objectif serait d’amener les employés et les employeurs de l’informel à se conformer à la législation. <