La Caisse nationale des retraites (CNR) connait depuis des années un déficit chronique qui n’a pas manqué de susciter non plus des réactions et des lectures polémiques de la part de syndicats et d’experts du monde du travail dans notre pays. En chiffres, le découvert de la CNR s’est aggravé de 80 milliards de dinars. En 2013, il était de 560 milliards. En 2022, il est de 640 milliards de dinars. La perspective est qu’il se creuse davantage dans les prochaines années, faute de cotisants suffisants selon le gouvernement.

PAR INES DALI
L’équilibre de la CNR reste tributaire du nombre de cotisants par rapport au nombre de retraités. Alors que cet équilibre nécessite « une moyenne de 5 cotisants pour un retraité, selon les normes utilisées dans les systèmes de retraites », l’Algérie ne compte « que 1,92 cotisant pour un retraité et l’Etat cherche à le porter à 2.04 », a indiqué le ministre du Travail. En 2021, ce rapport était de 2,2 cotisants pour un retraité, selon les responsables du secteur qui avaient dévoilé ce chiffre au premier semestre de cette même année. Ce qui révèle, on ne peut mieux, l’état du déficit de la CNR qui va en s’aggravant. A cela s’ajoute le nombre de chômeurs qui constitue un autre facteur à risque qui éloigne l’équilibre de la Caisse des retraites.
La crise sanitaire et le ralentissement économique des années 2019-2020 ont contribué davantage à la fragilisation du système national des retraites et l’équilibre escompté tient, désormais, à la création de nouveaux postes d’emploi estimés entre 500.000 et un million dans une première phase. Pour que cette condition puisse être remplie, préalable au retour de la CNR à son équilibre rompu depuis 2013, l’économie nationale doit renouer avec une forte croissance dont les dernières prévisions du Fonds monétaires internationales ont estimé qu’elle serait de 4,7% à fin 2022.
Pour tenter de remédier à cette situation de déficit de la CNR, des mesures ont été prises afin de le résorber ou, du moins, tenter de réduire l’écart entre le seuil minimum toléré et le seuil actuel du déficit. Ce qui peut se faire en élargissant la base des cotisants, mais aussi à travers la recherche d’autres canaux pour renflouer la caisse des retraites. Dans ce registre, une mesure a été prise dans le cadre de l’élaboration du projet de loi de finances (PLF) pour 2023 qui sera soumis mardi au débat au Parlement. La mesure en question prévoit d’augmenter les recettes de la CNR par le biais de la « contribution de solidarité applicable aux opérations d’importation de marchandises, mises à la consommation en Algérie ». Le taux de la contribution solidarité qui était de 2% en 2018 a été relevé dans le PLF 2023 à 4%. « Les recettes provenant de cette contribution, diminuent l’impact du déficit financier chronique de la CNR, qui était de l’ordre de 589 milliards DA au titre de l’exercice 2020 », selon le gouvernement, qui rappelle que ce déficit de la CNR était de 75 milliards DA en 2013, avant de connaître, par la suite, une courbe ascendante.
La conséquence du déficit de la CNR est que le gouvernement n’envisage pas de remettre à l’ordre du jour la retraite proportionnelle et que les conditions actuelles sont maintenues, a révélé le ministre du Travail dans ses réponses aux députés de l’APN.

Vers la révision des lois du système de sécurité sociale
Sur un autre registre, le ministre a précisé qu’il sera procédé à la révision de toutes les lois régissant le système de sécurité sociale, précisant que quelques 17 millions de bénéficiaires sont titulaires de la carte « Chifa » faisant profiter « 31 millions de citoyens » en comptant les ayants-droit. Pour ce qui est du conventionnement entre les établissements publics hospitaliers (EPH) et les cliniques spécialisées dans la prise en charge des cancéreux, le ministre a précisé que « les capacités actuelles des Caisses de sécurité sociale ne permettent pas d’élargir le conventionnement au cliniques spécialisées dans la prise en charge des cancéreux », ajoutant que le conventionnement se limitait actuellement aux « maladies cardiovasculaires, à l’hémodialyse et à la gynécologie-obstétrique ». Les cancéreux qui se soignent dans lesdites cliniques devront donc prendre leur mal en patience en attendant qu’une telle mesure soit prise en leur faveur.

Allocation chômage : Près de deux millions de bénéficiaires
Pour ce qui est de l’allocation chômage, le ministre du Travail a indiqué qu’à ce jour, 1.839.000 bénéficiaires primo-demandeurs inscrits à l’ANEM (Agence nationale de l’emploi ont reçu cette allocation qui a été versée dans leurs comptes postaux. Cependant, il semble que « l’augmentation des salaires n’est pas prévue pour l’exercice de l’année 2023 », selon des écrits de presse qui mettent en évidence que cette déclaration est en contradiction avec les promesses du président de la République, prononcées lors de la rencontre du gouvernement/wali et avec la presse. En effet, dans ses réponses aux questions des élus de l’APN mercredi dernier, sur le projet de loi complétant l’ordonnance portant statut général de la fonction publique, le ministre Cherfa a indiqué que « les salaires ne seront pas augmentés l’année prochaine », tout en précisant que « seules les allocations chômage et pensions de retraites seront augmentés », selon le ministre cité par les mêmes sources. Cette déclaration inattendue vient, ainsi, en contradiction de celle du Chef de l’Etat qui avait annoncé, le 24 septembre dernier, « l’augmentation des salaires modestes, de l’allocation chômage, et la révision des pensions de retraite, en 2023 et ce, dès janvier prochain ». Une promesse, qui a été accueillie avec optimisme par les syndicats de la fonction publique. Le ministre a précisé que des détails seront exposés aujourd’hui devant la commission des finances de l’APN. <