Première du genre pour le Festival national du théâtre amateur (FNTA) de Mostaganem, qui a ouvert cette année ses portes à de nouveaux styles d’expressions, avec notamment un spectacle de mime ou un autre mêlant la danse au théâtre classique…

La première journée de compétition de la 52e édition, clôturée en début de semaine, aura été l’occasion pour le public, venu nombreux, de découvrir et plus encore, de participer à une représentation de «théâtre d’improvisation». Un genre décrit comme «nouveau en Algérie» et qui a été présenté le 27 août dernier à travers une pièce intitulée «Partie», par trois jeunes comédiens issus de la troupe «Drôles Madaires» d’Oran même s’ils n’ont finalement décroché aucune distinction à l’issue de leur première participation au FNTA. Et pour cause, un spectacle dont le contenu et le déroulement ont totalement dérouté le jury ainsi que les organiseurs, à tel point que l’un des responsables du FNTA précisera : «Le spectacle était différent de ce que nous avions vu en présélection, mais il fallait s’attendre à un spectacle d’improvisation.» Les trois comédiens, Mohamed Seddik Cheikh, Fernan Oussama et Amine Ould Ahmed, ont néanmoins conquis le public du festival de Mostaganem et réussi, au moins en partie, à remplir la mission qu’ils se sont fixée depuis la création de la troupe en 2012, à savoir «diffuser et faire connaître le théâtre d’improvisation en Algérie». En effet, sans aucun texte ou sujet prédéfini, les trois jeunes comédiens, particulièrement à l’aise sur les planches, ont commencé le spectacle en posant des questions au public : «Donnez-nous un prénom… un métier… un âge… une passion…» L’idée étant de créer un personnage auquel les comédiens improviseront rapidement une «vie». Résultat réussi, souvent très dôle, bien que parfois ils ont usé de clichés ou essayé de transmettre des messages «moralisateurs». Les comédiens nous ont assuré, en marge de la représentation, que le déroulement de la pièce se décide sur scène en fonction des réactions du public, «parfois le spectacle est optimiste, parfois la fin est dramatique… C’est chaque fois différent. C’est aussi selon l’interaction et les réactions du public. Pour ce spectacle, par exemple, le public était jeune, il a donc été approprié de transmettre un message optimiste, positif par certains aspects». En effet, la représentation présentée d’un trait sans aucun moment de silence, au point même de douter qu’elle a été totalement improvisée ; les comédiens assurent que «… rien n’est préparé, nous faisons de l’improvisation. Avant de monter sur scène, nous n’avons aucune idée de ce que donnera le spectacle et, une fois joué, nous serions incapables de le reproduire. C’est à chaque fois différent».

Une «école» pour diffuser le théâtre d’Improvisation
Spontanéité et interaction avec le public sont ainsi devenues la «marque de fabrique» de la troupe «Drôles Madaires». Le collectif réunissant aujourd’hui près d’une trentaine d’artistes «permanents» est né, pour rappel, en 2012 suite à un atelier de formation organisé par l’Institut français d’Oran, faisant appel à la troupe «Restons calmes» venue de la ville de Bordeaux. «C’était un atelier de trois jours qui avait été ouvert à 14 participants. Et 8 d’entre eux ont tout de suite décidé de créer la troupe «Dôles Madaires», explique Mohamed Seddik Cheikh. En ajoutant que le collectif s’est peu à peu transformé en une sorte d’école de formation au théâtre d’improvisation, avec la collaboration de dizaines de comédiens. «C’est, aujourd’hui, presque une école, nous-mêmes, nous ne faisons pas partie de la formation initiale.
En fait, depuis 2012, près de 80 comédiens sont passés par la troupe et, aujourd’hui, nous sommes environ 30 personnes, dont un tiers de comédiennes. Certains font du one-man-show, d’autres du stand-up… mais toujours dans le registre de l’improvisation». Une troupe de théâtre qui s’est donnée pour mission de faire connaître et de diffuser l’improvisation sur les scènes algériennes avec une moyenne de «40 à 50» spectacles par an, Drôles Madaires contribue également à la constitution de nouvelles troupes de théâtre. «Nous avons été les premiers dans le théâtre d’improvisation et nous avons participé à la création d’une autre troupe, en 2017, à Tlemcen, Tlem-Impro, une autre à Annaba qui n’a, malheureusement, pas continué, et à partir du mois d’octobre, nous allons travailler au lancement d’une nouvelle à Alger.» Apparaissant ainsi, au-delà du talent qu’ils ont montré sur scène, comme un collectif impliqué dans le développement du paysage culturel national. Ce travail se fait néanmoins avec certaines difficultés, Mohamed Seddik Cheikh ajoute : «Ce qui nous manque aujourd’hui, c’est un siège permanent. Cela nous aiderait pour la répétition, mais aussi pour donner des cours, diffuser davantage le théâtre d’improvisation auprès des jeunes comédiens».