Par Abdelkader Zinou
De nouveau passeur décisif ce dimanche face au Stade Brestois, Ilan Kebbal ne cesse d’impressionner par son talent et sa précocité. Longtemps mis de côté par les clubs français durant sa jeunesse du fait de son petit gabarit, le natif de Marseille prend aujourd’hui une sorte de revanche en prouvant qu’il peut s’imposer en Ligue 1. A Reims depuis 2019, le néo-Fennec semble s’être fait une place dans l’échiquier préférentiel d’Oscar Garcia cette saison. Focus.
La carrière d’un footballeur est loin d’être un long fleuve tranquille. De plus, il n’y a pas forcément qu’un seul chemin à emprunter pour réussir. Pour illustrer cela, de multiples exemples nous viennent en tête comme ceux de Marcus Rashford et Phil Foden, couvés et accompagnés au sein de leurs clubs formateurs que sont les deux Manchester ou à l’inverse ceux de Franck Ribéry, Riyad Mahrez ou encore N’Golo Kanté, végétant tous trois dans les divisions inférieurs passés 20 ans.

Bordeaux, ce n’était pas le bon moment
Multiple champion d’Allemagne et champion d’Europe, triple champion d’Angleterre et champion d’Afrique ou encore champion du Monde et d’Europe, ces trois noms n’ont, aujourd’hui rien à envier aux plus grands joueurs ayant fait leurs gammes, soigneusement au sein de centres de formation reconnus.
Ilan Kebbal a, bien malgré lui, emprunté le second chemin énoncé plus haut. Recalé de plusieurs clubs : « Une trentaine de clubs en France » dira sa maman dans un entretien pour SoFoot, à cause de sa petite taille, le joueur courtisé par l’Atletico Madrid en Espagne et l’Inter Milan en Italie prendra la direction de Bordeaux en 2018. Malgré une bonne première saison, Kebbal n’est pas conservé par le sextuple champion de France.
Retour à la case départ pour celui qui, à 20 ans, sera sélectionné dans l’équipe U21 algérienne. Pour se relancer, le désormais ex-Girondins choisira un environnement qu’il connait très bien. Natif de Marseille, c’est au FC Côte bleue en National 3 qu’il décide de s’engager, afin de relancer une carrière quelque peu mal partie.

Le Stade de Reims comme bouée de sauvetage
Après une seule saison en National 3 où son talent impressionne, Ilan Kebbal est courtisé par le Stade de Reims, double finaliste malheureux de la Coupe des clubs champions (1956, 1959). Bien sûr, le quotidien du club champenois est désormais tout autre mais l’Algérien accepte de rejoindre le club qui a vu l’éclosion d’un certain Aissa Mandi. « Après ma saison à Côte bleue en N3, c’est le premier essai que j’ai passé. Et leur discours m’a séduit, notamment l’intégration progressive par le groupe Pro 2 » dira l’intéressé, toujours pour SoFoot.
Encore trop frêle pour l’élite, la direction sportive rémoise décide de le prêter, tour à tour, à Lyon-La Duchère, en National puis à Dunkerque en Ligue 2. La deuxième aventure dans le Nord de la France sera la bonne. Auteur de trois buts et cinq passes décisives et surtout d’une saison complète en Ligue 2 (35 matchs), l’ex-Bordelais s’éclate et contribue au maintien d’un club arrivé à ce niveau de compétition en 2020.

Enfin confirmé parmi l’élite française
Plus que les statistiques, le grand public découvre un joueur déroutant, au centre de gravité bas, qui étale sa classe sur les terrains du second échelon professionnel français. Capable de jouer sur un côté comme dans l’axe, Kebbal arrive, grâce à son agilité et sa technique, à dribbler et passer son vis à vis dans des petits espaces. Cette saison réussie lui vaudra de revenir au sein du club à qui il appartient et de connaître une suite que lui-même n’avait peut-être pas espérée. Prolongé jusqu’en 2024 par Reims qui montre par la même occasion sa confiance envers le milieu de terrain, Ilan Kebbal débute la saison de Ligue 1 en tant que titulaire face au FC Metz de Boulaya et Oukidja
Drivé par le nouvel arrivant au club, Oscar Garcia, celui dont le prénom rappelle un ancien avant-centre de l’AS Saint-Etienne va faire parler de lui dès la deuxième journée du championnat. Aligné face au Paris Saint-Germain et alors que Lionel Messi foulera pour la première fois une pelouse sous ses nouvelles couleurs parisiennes, le gaucher va se montrer à son avantage.
Déstabilisant la défense parisienne par ses incursions pleines de culot, l’ancien dunkerquois n’a aucunement froid aux yeux face aux différentes stars présentes dans le camp adverse.

La sélection en aboutissement
En témoigne cette action où sa feinte fait tomber Achraf Hakimi, meilleur joueur parisien de ce début de saison. Pour couronner le tout, cette rencontre fut suivie de près par Thierry Henry, consultant chez Amazon Prime. « Ta façon de prendre la balle, d’aller de l’avant de toujours être disponible. Et j’ai vu aujourd’hui, tu n’as pas eu peur d’aller faire des un contre un, ta superbe passe pour ton attaquant en première période. Continue comme ça. J’espère qu’un jour tu rentreras ici et on t’applaudira après 15 ans de carrière, et pourquoi pas ? » lui glissera le champion du monde 1998, tout ébahi devant la production que venait de pondre celui qui se dit être un « fan inconditionnel de l’OM ».
La suite sera encore plus belle. Convoqué par Djamel Belmadi pour pallier à l’absence d’Adam Ounas, le néo-Fennec rejoint une sélection nationale A, deux ans seulement après son aventure en National 3, au FC Côte Bleue. Une ascension fulgurante pour celui qui n’a, certes, pas été utilisé par le coach national mais qui est suivi par celui qui avait besoin de « plus de matchs pour faire appel à lui mais la blessure d’Ounas a rebattu les cartes ».
Auteur de quatre passes décisives (dont une ce samedi) et d’un but cette saison, l’Algérien est dans le top 5 des meilleurs passeurs de Ligue 1. Encore une étape franchie très vite, et on espère qu’il ne s’arrêtera pas en si bon chemin.
(Paru dans Lagazettedufennec.com)