PAR MILINA KOUACI
La campagne électorale a pris fin hier sans avoir visiblement marqué les esprits ni suscité la curiosité des citoyens. Elle avait cependant alimenté Facebook, réseau social le plus fréquenté par les Algériens, qui a diffusé, archivé une forte masse de discours faits de déclarations cocasses, de promesses surréalistes et de bourdes plus que déroutantes. Et si elle a été plus visible que lors de la première semaine, la dernière étape de la campagne a offert des séquences et scènes pour le moins hilarantes.
La présidente du parti TAJ, Fatma-Zohra Zerouati, qui s’est déplacée à Tizi Ouzou dans le cadre de la campagne électorale, a dû annuler la rencontre prévue au Théâtre régional Kateb-Yacine, parce qu’elle s’est retrouvée dans une salle vide. Elle s’est alors contentée d’une brève discussion avec les candidats locaux de son parti dans une scène invraisemblable pour une formation politique qui comptait un groupe parlementaire durant le dernier mandat.
Pour sa part, le président du parti El Wassit, Ahmed Rouibète, a manifesté sans ambages sa «colère» à Constantine, car il n’a pas trouvé l’assistance qu’il souhaitait. Désintérêt aux législatives anticipées ou pour des candidats et des listes engagés dans la course électorale ? En tout état de cause, la désaffection populaire semble être la grande hantise des prétendants. Ces derniers ont à l’unanimité appelé à une forte participation, seul moyen à leurs yeux, permettant à la population de désigner les futurs députés censés défendre les intérêts des citoyens et leurs circonscriptions.
Chaque candidat comme prévu a passé en revue les grands axes de son programme électoral, mettant en exergue la situation financière du pays, de son économie rentière qu’il faut diversifier et du taux de chômage qui implique de créer des postes d’emploi pour empêcher les jeunes de recourir à l’immigration clandestine. Le RND a promis de libérer l’économie et de l’éloigner de la sphère politique. Or, les deux sphères sont étroitement liées. Il promet également d’élargir les prérogatives des assemblées locales pour mettre un terme à la centralisation de la gestion sans pour autant expliquer les mécanismes devant permettre une telle «réforme». Curieusement, aucune insinuation à la retraite anticipée ou à la grogne du front social, notamment dans le secteur de l’Education nationale où les examens de fin de cycle ont failli être boycottés si ce n’est un revirement de dernière minute, bien que les proviseurs des lycées maintiennent la pression. Les candidats ont invoqué l’ouverture de postes d’emploi pour améliorer le pouvoir d’achat sans évoquer l’augmentation de salaire ou le retour à l’ancien régime de retraite anticipée dont, les catégories professionnelles réclament le droit d’en bénéficier sans conditions d’âge. Outre les promesses, les candidats aux sièges de députés à l’APN multiplient aussi les bourdes dont quelques-unes tournent en dérision tandis que d’autres ont été chahutées pour le racisme et le régionalisme qu’elles véhiculent. Lamine Osmani, président du parti Sawt Echaab, se remue dans de longues et complexes explications religieuses pour vanter le numéro d’identification qui lui est attribué après le tirage au sort effectué par l’ANIE. Les internautes ont conseillé d’apprendre les mathématiques avec le sulfureux Abdelkader Bengrina pour qui l’addition, la multiplication ou la soustraction de 16 avec 16 donne la même valeur de 16, numéro d’identification attribué à son mouvement El Bina. Ce dernier n’a pas manqué de susciter l’ire des Algériens lorsqu’il a qualifié la langue nationale et officielle de «chose».