Lancée le 28 février 2017 à Ath Yenni (Tizi Ouzou), la célébration du «Centenaire de la naissance de l’écrivain et chercheur Mouloud Mammeri» a pris fin à Timimoun, le 31 décembre. Le HCA a organisé un workshop et une journée d’étude, qui a permis de prendre la mesure de l’impact de Mouloud Mammeri sur la recherche et de son rôle dans l’exploration et la préservation de la poésie de l’Ahellil.

Le Haut commissariat à l’amazighité (HCA) a organisé, du 29 au 31 décembre 2017 à Timimoun (wilaya d’Adrar), la dernière escale s’inscrivant dans le cadre de la célébration du «Centenaire de la naissance de l’écrivain et chercheur Mouloud Mammeri», qui s’étale sur l’année 2017 et qui a été marquée par la tenue de plusieurs événements (Colloques, journées d’étude, rencontres poétiques, hommages, festival, concours…). Le HCA a donc choisi Timimoun, ville que Mammeri a bien connue et où il s’était rendu à plusieurs reprises pour travailler sur l’Ahellil, recueillir ses textes, interviewer ses maîtres (Abchniw) et fixer la langue zénète dans un ouvrage de référence, «L’Ahellil du Gourara», paru une première fois en France, dans les années 1980, et réédité il y a quelques années, par le CNRPAH (Centre national de recherches préhistorique, anthropologique et historique). Les travaux de Mouloud Mammeri, et de ceux –rares mais importants– qui ont poursuivi son travail d’exploration et de mise en valeur de ce genre musical et poétique, largement ritualisé, a certainement contribué au classement de l’Ahellil, en 2008, sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’Unesco. Cette dernière halte, la dix-neuvième, a été marquée par l’organisation d’un workshop intitulé «L’usage de tamazight dans le service public», qui a réuni des universitaires et enseignants de tamazight, pour amorcer un travail de «production et de validation de textes en tamazight à insérer dans les documents officiels». Ce workshop a été initié à la suite de «quatre propositions» formulées à quatre ministères (Ressources en eau, Transports, Energie, Intérieur), qui intégreront tamazight, notamment sur les factures ou dans les messages ou consignes de sécurité. Un autre grand projet attend le HCA : procéder «à l’inventaire toponymique de toutes les communes de la république». Un travail long et minutieux qui devra être fait, en partenariat avec le ministère de l’Intérieur. A l’issue de ce workshop, des recommandations ont été formulées et présentées. Il s’agit, pour les intervenants, de puiser non seulement dans le legs linguistique amazigh pour déterminer et définir une nouvelle terminologie «qui répond aux exigences de la modernité». En fait, il s’agit de procéder à un travail approfondi sur la langue amazighe et ses variantes, de puiser dans la langue elle-même, pour définir les nouveaux mots, les néologismes. A Timimoun, le HCA a également organisé une journée d’étude, qui avait pour thème «L’apport de Mouloud Mammeri dans la préservation du patrimoine immatériel du Gourara». Des chercheurs et universitaires ont abordé Mammeri le chercheur et anthropologue, qui a commencé, dès le début des années 1970, à se consacrer à l’Ahellil, mettant en place une équipe pluridisciplinaire de chercheurs, qui se sont rendus, à plusieurs reprises, dans la région.

L’Ahellil et le rôle de Mammeri dans sa mise en valeur
Les interventions, d’ordre plutôt général, ont mis l’accent sur l’apport et le rôle de Mouloud Mammeri, et de son expérience dans le Gourara. Mouloud Makhlouf de l’université Salah-Boubnider de Constantine a proposé de revisiter ce parcours, avec quelques réflexions sur l’expérience Mammerienne dans le Gourara, à la lumière des notes et travaux de Fanny Colonna. De son côté, Abdelkrim Benkhaled de l’université Ahmed-Draya d’Adrar a abordé le rôle de Mammeri dans la transcription et dans l’écriture de la langue zénète, aspect mis en exergue également dans un petit documentaire projeté avant le début des travaux de cette journée d’étude. Pour sa part Tahar Abou (université d’Adrar) a évoqué un sondage qu’il a réalisé sur la langue zénète, et sur le rôle de Mammeri dans la (re)valorisation de cette langue. Il a également présenté quelques témoignages de personnalités des domaines de la littérature et de la recherche, qui ont mis en avant à la fois ses efforts et son cheminement de chercheur. Préparant un master en ethnomusicologie sur l’Ahellil à l’université Paris-Sorbonne, Mohand Tahar Bedjguel a donné un aperçu de l’avancement de ses recherches. Et il a été le seul à cette table ronde à aborder l’Ahellil comme une «musique vivante», qui existe au présent, et non pas seulement comme un patrimoine. Un patrimoine se conserve alors qu’une musique évolue et change. Le grand défi, qui semble attendre l’Ahellil et ceux qui le pratiquent, puisque un festival lui est consacré, est sa transformation scénique. De ce qui nous avons pu voir au Festival national de l’Ahellil, qui a coïncidé avec la dernière activité de l’année Mammeri, et qui avait pour slogan «Fidélité à la mémoire de Mouloud Mammeri», est que l’Ahellil a changé d’espace (la scène, un théâtre de plein air) et de forme (en demi-cercle sur scène), mais il ne répond pas aux impératifs de la scène. Peut-être faudrait-il (re)penser ce «patrimoine» comme une musique, ou peut-être faudrait-il que le festival s’adapte à la spécificité du genre. Le festival devrait servir le genre en lui-même et pas l’inverse. Et les travaux de Mammeri et son livre nous le rappellent justement. Par ailleurs, le secrétaire général du HCA, Si El Hachemi Assad, a annoncé le projet d’un film sur Mouloud Mammeri, qui sera réalisé par Belkacem Hadjadj, ainsi qu’un partenariat avec le Festival national de l’Ahellil, de la création d’une classe de formation dans l’Ahellil pour junior (âgé de moins de 16 ans). Il a évoqué également les projets qui restent à concrétiser dans le cadre du «Centenaire de la naissance de l’écrivain et chercheur Mouloud Mammeri» : il s’agit du doublage vers tamazight du long-métrage «L’Opium et le bâton» d’Ahmed Rachedi, et la traduction vers l’arabe de ses romans. Enfin, bien que l’année Mammeri se termine, beaucoup de choses restent à dire et à écrire sur ce grand écrivain et ce chercheur qui incarne une discipline et une rigueur, et qui a laissé une œuvre dense et pionnière à la fois en littérature et en anthropologie. C’est peut-être maintenant que le vrai travail sur l’œuvre mammérienne, sous toutes ses dimensions, commence vraiment.