La rentrée des classes de cette année ne ressemble à aucune autre. Elle a lieu sous le signe de la crise sanitaire et du respect des gestes barrières pour éviter au maximum tout risque de contamination au nouveau coronavirus en milieu scolaire considéré comme vulnérable. A titre de précaution, elle ne concerne aujourd’hui que les élèves du primaire pour être élargie ensuite à ceux du collège et du lycée au début du mois de novembre prochain. Face à la menace de la Covid-19, l’école au banc d’essai !

C’est aujourd’hui que débute la rentrée scolaire 2020-2021 pour le cycle primaire dans un contexte exceptionnel dominé par la pandémie de coronavirus. Pour la première fois, ce ne sera pas une rentrée nationale pour les trois paliers du secteur de l’Education comme cela est de coutume, mais elle se fera de façon graduelle. Les élèves des cycles moyen et secondaire ne feront leur rentrée que deux semaines plus tard, le 4 novembre prochain.
Ce sont donc plus de 5 millions d’écoliers répartis sur plus de 19.000 établissements qui rejoindront les bancs de l’école aujourd’hui, avec toutes les précautions et les mesures de prévention qui devront être prises dans la conjoncture actuelle de crise sanitaire, où le coronavirus continue de circuler et de se transmettre à travers le pays. C’est d’ailleurs dans ce sens que le premier cours qui devra être dispensé aux élèves se penchera justement sur la thématique de la pandémie de coronavirus afin de les sensibiliser et de les informer sur les moyens de s’en prémunir. Le coup d’envoi officiel de cette année scolaire sera donné à partir de la wilaya de Batna par le Premier ministre, Abdelaziz Djerad, qui y effectue une visite de travail.
Après huit mois de fermeture des écoles suite à l’apparition du coronavirus en Algérie, il s’agit maintenant de réussir cette rentrée tout en préservant la santé de ces millions d’enfants et des enseignants dont le nombre est d’environ un million. Ce sera un test crucial pour l’Education nationale – qui n’a jamais connu pareille conjoncture – ou pour son premier responsable après l’organisation des examens du BEM et du baccalauréat à propos desquels tout le monde (élèves, parents d’élèves, syndicats et autres) s’accorde à dire qu’ils se sont déroulés dans de bonnes conditions. Le défi qui se présente pour le ministre Mohamed Ouadjaout est de veiller à ce que les conditions adéquates pour une rentrée sans ou, du moins, avec les moindres risques possibles de contamination soient garanties au sein des établissements scolaires. Car selon les échos qui nous sont parvenus de syndicalistes, il subsiste encore des disparités entre les écoles et celles-ci ne sont pas toutes logées à la même enseigne. En effet, au moment où les projecteurs sont braqués sur celles qui sont prêtes à accueillir les écoliers, d’autres qu’on ne voit pas ne le sont pas encore. Ce n’est pas faute de volonté, mais faute de moyens. C’est du côté des «zones enclavées, déshéritées, du fin fond des montagnes qu’elles se trouvent», nous a déclaré Meziane Meriane, coordinateur du Syndicat national autonome des professeurs de l’enseignement secondaire et technique (Snapest). Si l’organisation au sein des établissements en matière de respect de la distanciation physique est assurée par les directeurs d’établissements, la désinfection et la mise à disposition d’autres moyens relèvent des prérogatives des communes dont certaines n’ont pas joué leur rôle pour différentes raisons.
Le plus dramatique, surtout en cette période de pandémie, c’est que certaines écoles ne disposent pas d’eau courante et celle-ci ne coule dans les robinets que deux ou trois fois par semaine. Là encore, ce sont les communes qui sont appelées à mettre à leur disposition des citernes d’eau car la gestion des écoles relève de leurs prérogatives. «Il est impératif que l’eau ne vienne pas à manquer dans les écoles ni le savon car aussi bien élèves qu’enseignants doivent se laver régulièrement les mains pour éviter dans le cas où l’un d’entre eux soit porteur du coronavirus ne le transmette», selon Dr Mohamed Bekkat Berkani, membre du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de coronavirus. Il explique que «les enfants ont tendance à être des porteurs sains. Ils ont un rôle de vecteur de la maladie. Partant de là, il faut protéger les adultes au sein des établissements scolaires, à savoir les enseignants, et par voie de conséquence les parents d’élèves aussi». La disponibilité de «l’eau dans les écoles est aussi importante que la distanciation physique», a-t-il ajouté.
Dans ce cadre, on rappelle que ministre de l’Education nationale, lors de sa réunion avec les directeurs de l’Education et ceux des établissements publics et privés, avait pourtant souligné l’importance de veiller au «nettoyage des établissements éducatifs» et de les aménager de manière à appliquer les règles de distanciation physique et d’éviter le regroupement des élèves, de même que l’organisation des salles de cours, en assurant tous les moyens nécessaires pour l’application du protocole sanitaire.
Pour pouvoir appliquer la distanciation physique au sein des établissements scolaires, le protocole sanitaire a prévu de diviser les classes en groupes. Toutes les classes auront le nombre d’élèves divisé par deux afin de pouvoir laisser un seul élève par table, ce qui a conduit à élaborer un plan comprenant une double vacation pour les écoles primaires. Ce qui a entrainé, selon le plan exceptionnel révélé par la tutelle, une semaine de travail de six jours. A ce propos, les syndicats de l’Education nationale estiment toujours que la parole doit revenir aux enseignants car ce sont eux les premiers concernés. «Je pense que la parole est aux enseignants. A eux de dire s’ils sont d’accord ou non pour sacrifier une journée de leur week-end. Ils doivent bien sûr assurer leur volume horaire, mais les heures qu’ils feront en plus doivent être rémunérées en heures supplémentaires. En tout état de cause, c’est aux enseignants de décider», a estimé Meziane Meriane.
Maintenant que la rentrée scolaire a débuté, c’est dans les prochains jours que nous saurons quelle sera la décision que prendront les enseignants. Mais le plus important reste le défi qui devra être relevé en réussissant l’application du protocole sanitaire afin de préserver la santé des élèves et du corps enseignant et de pouvoir continuer l’année scolaire sans désagrément sanitaire. <