Alors que la publication des cahiers des charges, portant industrie automobile et importation de véhicules neufs, permet désormais aux opérateurs de souscrire officiellement à l’une des deux activités, les plans sociaux mis en place par les responsables des usines automobiles sont en train de franchir de nouvelles étapes et font des victimes supplémentaires parmi les effectifs du secteur, toutes spécialités confondues.

Depuis la mi-2019, ce sont, en effet, des milliers de travailleurs, entre CCD et CDI, à avoir payé les frais de l’arrêt des cinq usines qui les employaient, où des structures dépendantes dont notamment les filiales commerciales. Depuis plusieurs mois, aucun véhicule ne sort de l’un de ces cinq sites, installés à travers le territoire national, et les licenciements s’y poursuivent toujours, gagnant même en cadence, en l’absence d’une quelconque visibilité sur l’avenir des entreprises concernées. Pis encore, c’est le flou total qui s’est installé, surtout que, hormis RAP, tous les responsables de ces usines se trouvent incarcérés depuis près d’une année et demie.
Une nouvelle opération de licenciement est d’ailleurs prévue dans une semaine. Elle sera mise en branle au niveau de l’usine oranaise de Renault, comme il a été rapporté sur ces mêmes colonnes la semaine dernière, lorsque la direction générale de RAP avait adressé une note à ses employés sous contrat à durée indéterminé (CDI) pour leur confirmer qu’elle allait se séparer d’une partie d’entre eux, à partir du 1er septembre.
Cette séparation est devenue inévitable face à « l’absence de visibilité de reprise » ont justifié les mêmes responsables, laissant toutefois aux salariés concernés le choix entre un départ volontaire ou un licenciement économique.
Les employés du secteur automobile ayant perdu leur emploi se renforcent donc de plus en plus. Ce qui n’est pas sans rappeler le scénario identique qui s’était produit dans le même secteur, quand les pouvoirs publics avaient décidé d’interdire les importations des véhicules neufs, poussant l’ensemble des concessionnaires à fermer leur showrooms et à se séparer de contingents entiers d’employés qui se comptaient alors à plus de 100 000. Mais l’installation d’usine automobile allait servir à réduire de cet effondrement du marché de l’emploi dans un secteur qui avait grandement participé à la création de postes de travail, avant de se transformer en celui de licenciements par excellence. En plus de recruter pour leurs chaînes d’assemblage pour des métiers nouveaux en Algérie, les propriétaires des usines automobiles sont tous allés puiser dans les différents personnels mis au chômage par la crise des concessionnaires et à différents niveaux de responsabilités, pour la gestion des structures administratives, commerciales, de marketing ou encore de communication, pour ne citer que ces spécialités.
Aujourd’hui, c’est le phénomène inverse qui est en train de se produire, avons-nous constaté chez les acteurs de l’automobile, notamment ceux qu’on a vu évoluer dans l’automobile ces vingt dernières années, à travers une carrière gérée en fonction de l’évolution du marché et, surtout, des aléas.
Ces derniers, qui se comptent en plusieurs centaines, n’ont pas manqué, eux non plus, de saluer le retour à la réhabilitation du métier de concessionnaire qui « leur permettra de, non seulement retrouver un poste de travail, mais aussi de renouer avec leur métier d’origine », nous dit un cadre dans la filiale commerciale d’une usine à l’arrêt. Ajoutant que dans leur redéploiement, certains concessionnaires ont déjà mis en marche la machine des recrutements en battant le rappel de leurs troupes qu’ils employaient avant d’être amenés à réduire leurs activités au seul SAV (service après-vente), alors que leur réseau commercial et l’ensemble des personnels qu’il employait ont cessé d’exister.
Certes, le retour des importations de véhicules neufs ne va pas remettre le marché de l’automobile algérien à l’heure où il battait tous les records, comptant au moins 42 concessionnaires et une longue liste d’importateurs multimarques chez qui des milliers de personnes avaient trouvé emploi. Le nouveau cahier des charges en la matière trace déjà les confins de cette activité à travers des mesures qui augurent d’un marché nettement plus petit que celui qu’on avait connu durant la première moitié de la décennie 2010. Cependant, ce retour « permettra à coup sûr d’absorber au moins une petite partie du chômage créé par la fermeture des usines », prévoit un ex-directeur de succursale chez une marque européenne.
Et si une industrie automobile est rapidement mise en place dans le respect du nouveau cahier des charges qui la régira, ce sont aussi tous ces employés formés au métier de la mécanique pour les besoins des usines d’assemblage qui y retrouveront certainement emploi. <