Par Bouzid Chalabi
C’est toujours la même décision du côté des grossistes en denrées alimentaires. « Avec de si faibles marges de bénéfice sur l’huile de table, notamment celle conditionnée dans des bidons de quatre ou cinq litres, nous continuons à ne pas commercialiser ce produit », soutiennent des grossistes de Oued Smar, haut-lieu du négoce où viennent s’approvisionner les détaillants de la capitale. Certains de ces derniers, interpellés par Reporters lors de son passage hier en ces lieux, arguent que « les 10 DA de bénéfice que nous tirons sur les bidons d’huile sont insuffisants, car il faut savoir que l’approvisionnement à partir des usines de production a un coût logistique. C’est-à-dire qu’il nous faut payer le transport et la main-d’œuvre nécessaire pour décharger les palettes ». L’un d’eux dira que « vendre de l’huile de table avec une aussi basse marge de bénéfice, c’est vraiment travailler à perte ». En plus de ce facteur de « marge bénéficiaire insignifiante », certains sont contre, avouent-ils, l’exigence que tous les achats auprès des unités de production soient facturés. « Nous sommes réduits à ne plus faire dans la revente de l’huile de table », nous confie Ali, grossiste de père en fils.
Et d‘expliquer pourquoi : « De grosses quantités facturées vont avoir comme répercussion une revue à la hausse de notre taux d’imposition, car l’administration fait son calcul d’imposition à partir de notre chiffre d’affaires réalisé et prouvé par les factures d’achat ». Et de nous avouer enfin : « Je préfère m’abstenir de vendre de l’huile qu’on m’a facturée pour ne pas me retrouver à payer des impôts supplémentaires. » Du côté des détaillants, on est dans la même position. En effet, plusieurs d’entre eux nous ont confié que «depuis qu’ils nous ont imposé une facturation sur tout achat d’huile de table, nous nous approvisionnons par de très faibles quantités ». Ali, patron de supérette sur la place d’Alger, rapporte : « Les faibles volumes que je ramène c’est par souci de satisfaire ma clientèle, sinon l’huile de table ne ferait plus partie de mon commerce au détail. »
Ce faisant, autant dire que cette façon de procéder par les détaillants ne fait qu’entretenir la tension sur l’huile de table. Et pourtant, une accalmie avait vu le jour, il y a peu de temps, mais voilà que la tension est repartie de plus belle. Faut-il donc déduire que les détaillants sont de plus en plus nombreux à adopter la stratégie citée ci-dessus laissant croire que la tension sur l’huile de table risque de s’installer dans la durée. Ce que redoutent les ménages aux petits revenus. Ces derniers ne sont pas également au bout de leur peine car depuis le début du mois de Ramadan, les légumes, comme la pomme de terre et la tomate (80 et 180 DA/kg), tant prisés par les familles en cette période, ont connu une envolée des prix à la consommation. La viande blanche n’est pas en reste, puisqu’elle aussi a grimpé. C’est pour dire que les budgets consacrés aux besoins de consommation pendant le Ramadan vont vite fondre. Et pourtant, nous ne sommes qu’à un tiers du mois. Ce qui augure des jours difficiles pour les gens aux petits revenus, voire même pour la classe moyenne.