Mohamed Skander est le président des Jeunes entrepreneurs algériens. Il a quitté l’Algérie à l’âge d’un an. Il y est revenu 30 ans plus tard, après de brillantes études en France et en Suède, suivies d’un parcours professionnel chez EY, puis chez BNP Paribas, en Suisse. 

 

Il a fondé à Alger, il y a cinq ans, son cabinet de consulting, Bravehill, récemment rebaptisé BH Advisory. Dans un entretien qu’il a accordé à l’agence africaine d’information, il a longuement parlé d’investissements en Algérie, des contraintes qui y font obstacles, mais également des opportunités qu’offre le marché algérien notamment aux jeunes entrepreneurs. Mohamed Skander présente les choses de manière positive, anecdotique par moments. Il dira ainsi, en réponse à la question, « la diaspora algérienne constitue un réservoir considérable de ressources humaines qualifiées. Voyez-vous se dessiner une tendance en faveur du retour au pays ? » qu’il y a de plus en plus de personnes intéressées par un retour en Algérie et que toutes ces compétences qui ont pu se confronter à d’autres modèles sont une chance pour l’Algérie. Pour un retour réussi, cependant, il faut garder en tête, explique-t-il, que l’on n’aura pas de tapis rouge à l’arrivée.
Pour lui, vous serez traité comme n’importe quel autre Algérien et à chacun de faire ses preuves. Mais, soutient-il, l’Algérie offre beaucoup de possibilités et essaye de convaincre régulièrement des personnes de rentrer. Il rappelle par ailleurs que le Forum des chefs d’entreprises (FCE) réalise des sondages et que celui qui concernait les jeunes, et donc le jil’FCE, a permis de détecter « une grande attirance » envers l’entrepreneuriat (une partie du sondage concernait les jeunes étudiants qui vont entrer dans la vie active) mais également beaucoup de craintes.
Les jeunes ont conscience du potentiel du marché, mais, dit-il, ont peur des difficultés décrites pas leur entourage, parfois exagérées. Selon lui, sur le terrain on retrouve un large entrepreneuriat informel qui laisse penser que le jeune Algérien est entrepreneur de nature. Il faut maintenant, recommande-t-il, trouver les formules pour canaliser ce désir d’entreprendre dans un cadre formel.
Poids de la bureaucratie
Toujours au chapitre des difficultés, le président des jeunes entrepreneurs algériens relève que : sur la bureaucratie, par exemple, 66% des interviewés placent les « lourdeurs administratives » en tête de leurs déceptions.
Mais en parallèle, poursuit-il, lorsqu’on demande s’il a été difficile de créer son entreprise, l’intégralité répond « non ». Il ajoute qu’il faut que l’on continue à travailler pour « mieux qualifier ce que les jeunes entrepreneurs appellent le poids de la bureaucratie ». Mohamed Skander affirme que l’Algérie est un marché « en construction » et que les parts de marché sont à prendre dans tous les secteurs. Par ailleurs, note-t-il, il existe en Algérie, des programmes « uniques » dans la région comme l’ANSEJ qui permet à un jeune chômeur de garantir son financement. Pour ma part, souligne-t-il, j’ai pu entreprendre en Europe et en Algérie et j’ai connu une croissance beaucoup plus importante en Algérie. Et de déclarer : « Je suis très heureux de voir des membres jil’FCE connaître des croissances à deux chiffres, et nous tentons d’en faire des modèles pour ceux qui peinent à décoller ». Le président des jeunes entrepreneurs algériens évoque également le Partenariat Public Privé, indiquant qu’il y a au sein de la CNED (Caisse nationale d’équipement pour le développement) ou du ministère des Travaux Publics, des spécialistes qui maîtrisent totalement tous les concepts liés aux PPP, rappelant qu’une loi relative à ce type de partenariat est en cours de rédaction.
Dans le secteur agricole, dit-il, le ministère étudie aussi des techniques d’exploitation modernes telles que l’agriculture de précision. Cependant et dans l’idée de tempérer ses propos, il a eu cette phrase : « Reste à trouver les moyens de mettre en œuvre ces expertises. Encore une fois, je ne veux pas qu’on me considère comme un optimiste béat, je veux simplement dire qu’en Algérie, il y a des personnes compétentes qui agissent et que nous devons les soutenir. Nos plus grands ennemis sont le pessimisme et l’autodénigrement ».