PAR NAZIM BRAHIMI
Les déclarations, tenues jeudi dernier au niveau du Sénat, par le ministre du Travail dans lesquelles il a notamment écarté, une nouvelle fois, tout retour à la retraite proportionnelle, n’a pas été du goût des organisations syndicales, qui estiment «inadéquat» le traitement que fait le gouvernement de ce dossier considéré comme «important» par le monde du travail.
M. Cherfa a, en effet, réitéré ce qu’il avait déjà soutenu au début du mois, en excluant toute possibilité de retour à ce système de retraite sans conditions d’âge, au regard «de la situation financière de la Caisse nationale de retraites (CNR) et de la non-disponibilité de ressources financières supplémentaires». Pour le ministre du Travail et de la Sécurité sociale, «la retraite proportionnelle sans condition d’âge est une mesure exceptionnelle qui ne peut pas être de mise actuellement». Ce qui n’est pas sans rappeler les propos d’un ancien ministre du secteur, Hachemi Djaaboub, en l’occurrence, qui avait souligné que «la retraite anticipée a été créée en 1997 comme dispositif exceptionnel conjoncturel, en vue de faire face aux répercussions du plan d’ajustement structurel imposé par le FMI».
Le même Djaaboub avait indiqué que la CNR n’a pas été en mesure de corriger le déficit structurel dont elle pâtit, dû essentiellement à la hausse du nombre de bénéficiaires de la retraite, notamment ces dernières années, contre une stabilité ou une contraction du nombre de cotisants, faisant état du recensement de 2,2 cotisants pour un seul retraité, alors que l’équilibre budgétaire requiert 5 cotisants pour un seul retraité.
Or, l’argumentaire développé par M. Cherfa ne convainc pas les organisations syndicales qui tiennent, depuis 2016, date de la suspension de cette mesure, à sa réhabilitation. Une revendication qu’elles expriment en solo ou dans le cadre de la Confédération des syndicats algériens (CSA). Contacté par nos soins, le coordinateur du Syndicat national autonome des professeurs d’enseignement secondaire et technique (Snapest), Meziane Meriane, a mis en avant la responsabilité du gouvernement de trouver une réponse «cohérente» à ce dossier. «Des solutions doivent être trouvées à certaines incohérences dans le traitement de cette revendication. Vous prenez une retraite basée sur 32 ans de cotisations alors que le concerné a cotisé pendant plus de 32 ans», estime-t-il, qualifiant de «contradictoire» l’approche privilégiée dans ce sens. Le même syndicaliste a relevé, en outre, que «la suppression définitive pénalise ceux qui ne peuvent pas continuer pour une raison ou une autre (malade) sans remplir les conditions d’être pris en charge par la Sécurité sociale», ajoutant qu’«au lieu de sa suppression directe, on aurait aimé qu’elle fasse l’objet d’une réforme».
Pour sa part, Messaoud Boudiba, porte-parole du Conseil national autonome du personnel enseignant du secteur ternaire de l’éducation (Cnapeste), a considéré que «l’entêtement» du gouvernement à ne pas revoir cette mesure est à inscrire dans le registre de «la fuite en avant» des autorités. Le syndicaliste reproche dans ce sens au gouvernement de «prendre une décision sur la base de paramètres irrationnels et de fausses données», estimant que la retraite proportionnelle sans condition d’âge «est loin d’être le vrai problème du système de retraite». Avis conforté par Abdelouaheb Lamri Zegar, porte-parole de l’Unpef, également membre de la Confédération des syndicats algériens (CSA), pour qui «la masse salariale n’est pas la cause du déséquilibre de la Caisse nationale des retraités (CNR)». A l’évidence, les propos du ministre du Travail n’ont pas manqué d’alimenter les débats dans le monde du travail où l’attente d’un retour à la retraite sans condition d’âge est forte. A souligner que le secrétaire général de l’UGTA, Salim Labatcha, avait fait part, en octobre dernier, de sa position favorable à un retour au système de retraite après 32 ans de service et sans condition d’âge.