Le retour du chef de l’Etat à son bureau d’El Mouradia signe la fin d’une séquence gouvernementale dont il s’agira de faire le juste bilan, notamment en ce qui concerne les batailles remportées sur le front sanitaire, mais qui aura laissé de la part de certains de ses acteurs une impression d’essoufflement avant terme, voire d’inefficacité face aux priorités et chantiers sensibles à gérer dans le pays. Que va-t-il alors se passer ? Si l’hypothèse d’un remaniement n’est toujours pas exclue, l’équipe Djerad est plus que jamais exposée et sous pression…

En effet, le retour au pays, vendredi, du président Tebboune, après un séjour médical en Allemagne, signe sa reprise des choses en main avec l’objectif vraisemblablement de booster l’action de l’Exécutif et d’agir sur les priorités qui se font de plus en plus sentir, notamment dans le volet socio-économique.
Que fera-t-il à présent ? C’est la question qui se pose plus que jamais avec acuité, alors que le sort du gouvernement Djerad se conjugue au conditionnel depuis plusieurs semaines. Notamment depuis que Tebboune ne cache plus son insatisfaction du bilan annuel de l’Exécutif.
Le premier magistrat du pays avait formulé, à deux reprises, des critiques à l’égard du staff d’Abdelaziz Djerad, dont l’action de nombre de ministres s’est avérée en déphasage avec les attentes des populations. La première, en pleine réunion du Conseil des ministres, le dernier avant son second départ en Allemagne, quand il a indiqué que le bilan des performances ministérielles pour le précédent exercice était «plutôt mitigé». La deuxième fois, en s’apprêtant à quitter le pays vers Berlin, pour des «soins complémentaires», il avait déclaré qu’il «y a du positif et du négatif» dans le bilan du gouvernement.
Contexte sanitaire oblige, il est attendu à ce que le président Tebboune apporte une dose de sérénité et d’assurance dans la gestion de l’opération de vaccination contre la Covid-19 qui n’a pas bénéficié, à bien des égards, de la communication nécessaire. D’autant plus que le président de la cellule d’investigation et de suivi des enquêtes épidémiologiques, Mohamed Belhocine, établit un diagnostic des plus rationnels quant à la gestion de la crise sanitaire, estimant qu’elle «n’était ni exemplaire ni catastrophique», recommandant de «tirer les leçons» nécessaires pour améliorer le système de santé. Il est attendu également qu’il livre des orientations afin de rectifier le tir s’agissant de la situation économique et financière, qui nécessite, selon des experts, de véritables réformes économiques accompagnées par un ajustement budgétaire de façon à réduire les déficits.
Il s’agira surtout de réunir les meilleures conditions de la croissance, qui passera, entre autres, par la redynamisation des entreprises, l’absorption du chômage menaçant et la reprise des opérations d’assainissement des finances publiques.
Déficit de coordination ?
Nul doute que l’opinion a conclu, en constatant des signes de tergiversation et d’indécision, à un déficit de coordination et d’homogénéité dans l’action du gouvernement, particulièrement dans certains dossiers.
C’est le cas dans la gestion du dossier relatif aux agréments d’importation dans le secteur automobile. Le Premier ministre s’est vu obligé, à cet effet, de demander au ministre de l’Industrie d’accélérer le traitement des dossiers introduits par les opérateurs au niveau du Comité technique et relatifs à l’importation et la construction de véhicules et de motocycles en demandant surtout de «veiller à l’exigence de transparence» dans ce domaine.
«Pour ce qui est du traitement des dossiers de concessionnaires et de constructeurs de véhicules et de motocycles, le Premier ministre, Abdelaziz Djerad, a chargé le ministre de l’Industrie d’accélérer le rythme du traitement des dossiers introduits au niveau du Comité technique placé auprès de son secteur et de veiller à l’exigence de transparence dans ce domaine», est-il indiqué dans le communiqué des services du Premier ministre ayant sanctionné la réunion du Gouvernement présidée par le chef de l’exécutif. C’était 48 heures après que le ministère de l’Industrie a annoncé avoir signé les premières autorisations provisoires pour 4 concessionnaires automobiles pour l’importation de véhicules neufs en Algérie.
Par ailleurs, des observateurs ont pu relever des signes d’hésitation dans d’autres secteurs qui semblaient bien fonctionner jusque-là. «On a décidé que le transfert de la technologie russe se fera exclusivement au bénéfice du groupe public Saïdal qui est capable de produire le vaccin, car il dispose de moyens et de personnel et aussi du soutien de l’Etat», a soutenu hier Lotfi Benbahmed, ministre délégué chargé de l’Industrie pharmaceutique.
Pourtant, le Directeur général de l’Agence nationale des produits pharmaceutiques (ANPP), le Professeur Kamel Mansouri, a déclaré, il y a une semaine, qu’outre le Groupe Saidal, un opérateur privé, le laboratoire Frater Razes, est également en cours de négociations pour parvenir à produire le vaccin en Algérie.
Quid des échéances politiques ?
Le retour de Tebboune relance aussi son agenda politico-électoral qui annonce l’organisation des élections législatives et locales anticipées afin de renouveler la composante et la représentation des Assemblées élues. Cet horizon politique dépend cependant de l’étape de validation de la mouture de l’avant-projet de loi organique portant régime électoral, dont le comité Laraba chargé de son élaboration procède actuellement à l’examen des propositions formulées par les formations politiques.
Dans sa toute dernière déclaration sur ce chantier de révision de la loi organique, qui encadrera désormais tous les prochains scrutins, M. Laraba n’a pas exclu la possibilité d’annuler ou de modifier la condition requise de 4% des suffrages exprimés lors des précédentes élections. De nombreuses formations politiques ont formulé des critiques sur cette disposition jugée «très restrictive» et caduque dans la mesure où elle s’appuierait sur des échéances électorales aux résultats fraudés, accusent des partis.
Au-delà des considérations liées à la mouture du texte et ce qui va changer dans son contenu, ainsi que des appréciations des courants politiques, les prochaines semaines nous renseigneront davantage sur les priorités auxquelles le président Tebboune veut s’attaquer… n