Outre l’absence de réformes accompagnant la reprise économique, la compression des importations et l’absence de mesures complémentaires pour sauvegarder les entreprises et l’emploi dans la loi de finances 2021 pourraient contrarier les objectifs du redressement de l’économie nationale l’an prochain.
Le projet de loi de finances 2020, à l’examen actuellement au Sénat, fait l’objet de débats, critiques et observations pertinentes de la part des spécialistes de la scène économique nationale. La commission des finances de l’APN, présidée par Ahmed Zeghdar, n’a pas manqué en ce sens de pointer du doigt des problèmes de gouvernance. Dans ses recommandations au gouvernement, elle a appelé le ministère du Commerce à présenter un bilan annuel de l’application du droit additionnel provisoire (DAIP) et les changements introduits dans ce droit ainsi que la liste des produits concernés à l’examen de la loi des finances comme le stipule l’article 2 de la loi de finances complémentaire de 2018. Cette disposition n’est pas pour l’heure appliquée. D’autres dispositions adoptées par la majorité des députés sont difficilement applicables, tel l’article 117, amendé, qui prévoit 45 jours pour le paiement à vue des marchandises non essentielles importées alors que pour des experts, les délais de transport de ces marchandises prend plus de 45 jours, et l’article 83 amendé, qui prévoit un délai de 18 mois aux producteurs d’huile raffinée à partir du soja et de sucre raffiné à partir du sucre roux pour produire sur place ces matières premières sans quoi ils risquent de perdre les avantages fiscaux, à savoir l’exonération de TVA et de droit de douane à l’importation de ces intrants. On peut se demander si ces transformateurs ou les agriculteurs locaux (liés par des conventions avec ces transformateurs), eu égard à la bureaucratie ambiante, pourront respecter ces délais.
Les recettes hydrocarbures à moins de 23 milliards
de dollars en 2020
Mais ce qui a surtout suscité le scepticisme des économistes et des experts, c’est bel et bien les projections contenues dans la loi de finances. Outre le taux de croissance, le niveau des importations de marchandises et le seuil des réserves en devises anticipées en 2021-2022-2023 ont étonné plus d’un. Le ministre des Finances, Aymène Abderrahmane, dans sa présentation du projet de loi au Sénat, jeudi dernier, a de nouveau rappelé ces projections. La baisse des importations de marchandises sera de 14,4% en 2020 par rapport à la clôture de 2020, soit 28,21 milliards de dollars. Ces importations seront, selon les prévisions du gouvernement, ramenées à 27,39 milliards de dollars en 2022 et 27,01 milliards de dollars en 2023. Les exportations d’hydrocarbures augmenteraient à 23,21 milliards de dollars en 2021, a ajouté le ministre. Elles passeraient 28,68 milliards de dollars en 2022 et à 26,45 milliards de dollars en 2023. Ce qui laisse supposer que les exportations hydrocarbures seront à moins de 23 milliards en 2020. Il avait, lors de sa présentation du projet de loi de finances 2020 à l’APN, indiqué que les réserves de change se stabiliseraient à 46 milliards de dollars en 2021 et atteindraient 50 milliards de dollars en 2023, dû à un léger excédent du compte courant et de la balance commerciale favorisée par une baisse drastique des importations et un prix du baril qui devrait se stabiliser autour de 40 dollars. C’est donc sur une variable aléatoire que se fonde cette trajectoire budgétaire à moyen terme très optimiste. Dans cette équation, le gouvernement occulte, notons-le, l’évolution de la facture des importations de services qui se chiffrent à plus de 10 milliards de dollars annuellement ces dernières années et qui impactent fortement le solde de la balance des paiements et dont la courbe n’est pas facile à infléchir.
Grand brouillard sur l’impact Covid sur les entreprises et le chômage
Dans ce contexte marqué par plusieurs incertitudes, un grand brouillard règne sur l’évolution du chômage et le nombre d’entreprises en faillite ou en grosses difficultés à fin octobre 2020, la dernière situation datant de juin dernier. Comment parler de reprise de l’économie, comme l’affirme le ministre des Finances au Sénat, quand la loi de finances 2021 n’énonce pas de dispositions destinées à atténuer l’impact de la Covid-19 sur les entreprises et le pouvoir d’achat, à l’instar de nombreux pays dans le monde ? Des mesures pourtant promises par le chef de l’Etat. Comment parler de croissance en 2021 quand le gouvernement ne dispose pas d’une situation actualisée sur l’impact de la crise sanitaire sur les entreprises, du moins affichée, lui permettant de réagir au moment opportun pour sauvegarder les entreprises et les emplois et favoriser leur redressement pour espérer en second lieu faire redémarrer l’économie nationale l’an prochain. <