C’est un véritable casse-tête qui se pose avant la rentrée scolaire avec une vaccination des personnels bien en-deçà de ce qui était prévu. Etant d’abord prévue à la première semaine de septembre, cette rentrée dans les trois paliers de l’Education nationale a ensuite été repoussée au 21 septembre, afin de permettre au maximum des effectifs de se faire vacciner.

PAR INES DALI
Celle-ci aura lieu dans une semaine et rien n’indique que la vaccination ait connu une évolution favorable, dans le sens voulu, pour entamer la rentrée scolaire en toute sécurité sur le plan sanitaire en raison de la pandémie de Covid-19, alors que, justement, le report était motivé par un faible taux de vaccination des enseignants et personnel administratif. L’insistance du président de la République, en réunion du Conseil des ministres dimanche, sur l’«impératif» de vacciner tout le personnel illustre bien que le secteur de l’Education nationale n’a pas atteint son objectif en la matière. C’est la vaccination des adultes travaillant dans les établissements scolaires qui avait dicté le report de la date de la reprise et, selon les spécialités, «il faudrait, sans doute, rappeler aux enseignants et à toutes les autres personnes de l’éducation nationale que les enfants, lorsqu’ils sont porteurs du virus, contaminent les adultes. Donc ces personnels risquent eux-mêmes d’être contaminés et de tomber malades, sans compter que nous ne sommes pas à l’abri d’une quatrième vague de la pandémie qui serait plus virulente que les trois précédentes, comme cela s’est passé dans les autres pays».
Pour le Dr Mohamed Yousfi, président de la Société algérienne d’immunologie, il faut savoir qu’il y a «de plus en plus de jeunes et d’enfants qui sont des porteurs asymptomatiques du virus, et ce sont eux qui contribuent largement à la diffusion de l’épidémie». Ce qui fait que tous les pays qui ont «avancé dans la vaccination des adultes» ont déjà commencé la vaccination des enfants dans la tranche d’âge des 12-18 ans. «C’est le cas aux Etats-Unis, en Europe, dans tous les pays où la vaccination a touché un grand nombre d’adultes», a-t-il affirmé.

Appel à une prise de conscience
Ce qui est important, c’est que ces personnels prennent «conscience des dangers de la contamination» qui les guettent, et c’est ainsi qu’ils iront par eux-mêmes se faire vacciner, ce sera un acte volontaire et non sous la contrainte. Il faut aussi, qu’ils soient conscients qu’ils risquent de compromettre «une rentrée sûre» et de retarder aussi la vaccination des enfants de moins de 18 ans, car celle-ci ne pourrait avoir lieu sans la vaccination des adultes.
Ainsi, il apparait, selon ces déclarations, que la vaccination des enfants dont on dit qu’elle pourrait débuter en octobre, selon l’un des membres du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de Covid-19, Lyès Akhamokh, ne peut commencer qu’après avoir vacciné le personnel de l’Education nationale qui, lui, reste réticent dans sa majorité. Le dernier bilan fait état d’un taux de seulement 8,5% à la date du 8 septembre, soit 62.000 vaccinés sur un total de 740.000 employés.
Ainsi, au-delà de la vaccination des adultes de ce secteur qui pose problème, se posera donc conséquemment la question de la vaccination des enfants dans la tranche d’âge des 12-18 ans dont la décision ne saurait tarder et il semble que tout va dans le sens d’un accord favorable du Comité scientifique, selon un autre membre du Comité scientifique.

La vaccination des enfants conditionnée par celle des adultes
«Ce n’est pas seulement en Algérie qu’on en parle, mais c’est ce qui est admis à l’échelle mondiale», a déclaré le Pr Riyad Mahyaoui, révélant que beaucoup de pays ont commencé la vaccination des jeunes dans la tranche d’âge susmentionnée en juin dernier. Il a, toutefois, souligné qu’ils ont d’abord vacciné les adultes et que c’est après avoir atteint leur objectif de vaccination de plus de 70 à 80% de cette tranche de la population de plus de 18 ans que ces pays sont passés à la vaccination des enfants. «Donc la vaccination des enfants de plus de douze ans est une question dont la réflexion et le débat sont engagés chez nous», a-t-il confirmé.
A ce propos, une réunion s’est tenue jeudi dernier au cours de laquelle ont été associés au membre du Comité scientifique d’autres spécialistes, soit «un autre comité d’experts en vaccinologie dont la plupart sont des pédiatres de renom, des immunologues, des gynéco-obstétriciens…», a-t-il fait savoir. «On a discuté en long et en large, on attend de prendre des décisions et on est conscient qu’on va y arriver (à la vaccination des enfants, ndlr) à condition d’avoir atteint, éventuellement, l’objectif chez les adultes. C’est à ce moment-là qu’on va, probablement, réfléchir à mettre en place un programme de vaccination pour les moins de 18 ans», a-t-il ajouté.
Pour sa part, le Dr Lyès Merabet, président du Syndicat national des praticiens de la santé publique (SNPSP), soutient qu’«on ne vaccine pas pour le plaisir de vacciner». Il estime que la réticence constatée à la vaccination est due à «la décrue de la pandémie où la situation épidémiologique est en train de se stabiliser». Ce qui a « malheureusement conduit au recul dans la vaccination d’une façon générale. Il y a moins de monde au niveau des différents centres dédiés pour recevoir la première dose». Pour lui, la sensibilisation, l’éducation sanitaire et l’intéressement des personnels des différents secteurs (et pas seulement de l’Education nationale) pour aller se faire vacciner est une voie sur laquelle il faut persévérer en allant dans la proximité et en élargissant au maximum l’offre de soins, y compris dans le secteur privé, cliniques et officines où ça se fait gratuitement.
Face à la réticence qui se poursuit, il argumente que «tout cela s’est fait dans les pays qui nous ont devancés et tous ces pays sont arrivés, en fin de compte, à une conclusion : à savoir mettre en place des mesures coercitives, c’est-à-dire indirectement le pass sanitaire, et je pense qu’on est obligé d’aller dans ce sens. J’estime qu’on est en retard et qu’on devrait sérieusement réfléchir dans ce sens et mettre en place ce pass sanitaire».
Il poursuit en insistant qu’«il faut penser à cette histoire d’aller vers l’obligation de la vaccination, car si on continue d’attendre et de laisser encore le temps à la majorité des gens de s’organiser, on n’ira jamais dans le bon sens malheureusement, alors que, collectivement, nous sommes tous concernés. On est tous responsable au niveau individuel et au niveau collectif aussi». Et au Dr Merabet de conclure : «Il ne s’agit pas de vacciner pour le plaisir de le faire, mais pour garantir une immunité collective, et les résultats sont là, palpables dans les autres sociétés qui ont beaucoup vacciné».
Plus incisif dans ses déclarations, le Dr Mohamed Bekkat Berkani, a estimé que des «mesures administratives» doivent être prises, à savoir qu’au niveau des établissements scolaires, c’est le personnel administratif qui doit prendre ses responsabilités et faire des notes pour expliquer «l’obligation de vaccination pour raison sanitaire». Ce sera, peut-être, un moyen de vaincre les réticences…
Plus qu’une semaine nous sépare de la rentrée scolaire repoussée déjà une fois. D’ici là, le taux de vaccination des effectifs de l’Education nationale va-t-il augmenter d’ici-là à un niveau acceptable ?