Le problème de liquidités que connaît Algérie Poste n’est pas totalement résolu, puisqu’il refait surface chaque fin des mois, correspondant à la période des virements des salaires de la Fonction publique et des pensions de retraite. La semaine dernière, d’interminables files d’attente ont été à nouveau constatées devant les centres de paiement d’Algérie Poste. Les banques de la place ne sont pas en reste, puisque certaines d’entre elles commencent à ressentir un reflux de liquidités, quand bien même celles-ci sont dispensées désormais de la reconstitution des réserves afin de libérer la liquidité. Interpellé, jeudi, au sujet de la résurgence du problème des liquidités, le ministre des Finances, Aymen Benabderrahmane, a assuré que ce problème sera réglé définitivement dès décembre prochain.

Dans une déclaration à la presse à l’issue de l’adoption par les membres de la haute chambre du projet de loi de Finances pour l’exercice 2021, le ministre s’est engagé, à nouveau, à solutionner le casse-tête des liquidités avant la fin de l’année en cours, soit dès «début décembre prochain». Aymen Benabderrahmane n’a pas dévoilé l’ensemble des solutions que le gouvernement entend mettre en pratique pour venir à bout de ce problème, mais il a laissé entendre que les premières démarches ont été d’ores et déjà entreprises à la faveur du rétablissement du plafonnement à 50.000 dinars au profit des citoyens détenteurs des cartes magnétiques CCP. Le ministre s’est contenté de dire que cette démarche sera suivie par d’autres mesures pratiques, dont les détails n’ont pas été dévoilés. Ce n’est pas la première fois que le gouvernement s’engage à résoudre le problème de liquidités avant la fin de l’année. Le ministre des Finances avait déjà promis, en septembre, que le problème de liquidité sera résolu, au plus tard en octobre 2020, «avec la reprise des activités économiques». Le ministre avait alors imputé le problème au ralentissement de l’économie nationale du fait du confinement imposé par la pandémie de Covid-19, notamment de mars à juillet. Sa déclaration de septembre dernier était faite au lendemain d’un été marqué par une forte tension sur les liquidités. Le chef de l’Etat était intervenu en personne pour demander l’ouverture immédiate d’une enquête sur le manque de liquidités dans certaines banques et bureaux de poste. Une réunion a été aussitôt convoquée à la Présidence de la République, consacrée, rappelons-le, à l’examen de la situation sécuritaire et financière dans le pays, suite à la crise de manque de liquidités enregistrée quelques jours avant l’Aïd. Les investigations approfondies avaient révélé des retraits faramineux en un laps de temps très court, ce qui a entrainé la pénurie de liquidités au niveau des bureaux de postes. Depuis, le problème ne semble pas être totalement résolu malgré les résultats auxquels ont abouti les investigations en question. C’est que le problème serait plus profond, lié essentiellement à la baisse de la liquidité globale suite à la suspension des opérations de création monétaire entamées depuis octobre 2017. La banque centrale a indiqué en juin dernier que la liquidité bancaire s’est contractée de plus de 180 milliards de dinars à fin mai 2020 par rapport à la fin 2019, pour passer sous le seuil de 1.000 milliards de dinars. Les banques sont repassées aussitôt dans l’état de sous-liquidité après la mise en veilleuse de la planche à billets ; laquelle politique a permis aux banques de respirer après un premier épisode de baisse de liquidités, constaté dès 2016. Ce nouvel épisode serait plus contraignant pour le gouvernement, pris au piège d’une planche à billets qui aura aggravé les déséquilibres budgétaires et macroéconomiques, alors que le besoin de renflouer les banques et d’autres établissements financiers et non-financiers n’a jamais été pressant. Pour tenter de libérer la liquidité, la banque centrale a baissé à trois reprises le taux des réserves obligatoires des banques depuis mars, le ramenant désormais à 3%, mais cette opération semble être sans grands succès. D’où, probablement, l’idée d’ouvrir le capital des banques publiques suggérée par le ministre des Finances lors de son récent passage au Parlement. n