L’étude montre qu’environ 200 000 travailleurs se sont retrouvés sans ressources pendant une partie ou la totalité de la période de confinement. Et qu’environ 50 000 travailleurs ont perdu leur emploi de manière provisoire ou définitive.
Une enquête réalisée sous la supervision du ministère du Travail, cité jeudi dernier par le Premier ministre Abdelaziz Djerad, lors de son intervention au cours de la réunion Gouvernement-walis, qui fait état d’un ralentissement de l’activité économique et d’une situation de précarité inquiétante dans laquelle se trouvent des centaines de milliers de travailleurs, conséquence de la pandémie Covid-19.
Qu’on en juge. Les résultats de cette enquête, qui porte sur un échantillon de 3 600 entreprises employant 440 171 travailleurs, montrent que 72% des travailleurs ont bénéficié de congés payés, 75,6% ont vu une baisse de leur activité. Ce qui veut dire qu’un quart seulement des travailleurs sont allés au travail et que la grande majorité de ces entreprises ont connu une baisse de d’activité. Cette situation n’a pas été sans conséquences sur les revenus de ces salariés. L’enquête révèle que 44 % de ces travailleurs, soit environ 180 000 salariés, ont subi un retard dans le versement des salaires, 1,6% se sont retrouvés en chômage technique. Les résultats de cette étude font état également de 0,8% de travailleurs en congé sans solde, 7,5% en régime de travail partiel. Plus grave, l’enquête montre que 12% de ces travailleurs sont concernés par une fermeture provisoire de leur entreprise et 1% par une fermeture définitive. Si on additionne ces portions de travailleurs qui ont subi cette situation de précarité, on peut déduire que ce sont 200 000 travailleurs environ qui se sont retrouvés sans ressources pendant une partie ou la totalité de la période de confinement. Et qu’environ 50 000 travailleurs ont perdu leur emploi de manière provisoire ou définitive, sans qu’aucun dispositif d’assurance-chômage ou d’aide aux chômeurs victimes de la pandémie ne soit mis en place. Ce qui veut dire qu’en fin de compte, environ 250 000 travailleurs se sont trouvés sans ressources financières pendant une partie ou la totalité de la période de confinement. Ce sont donc 1 million de personnes (1 travailleur nourrit en moyenne une famille de 5 personnes) qui s’est retrouvé sans ressource pendant la pandémie. Le Premier ministre ne cite pas le nombre d’entreprises qui ont mis la clef sous le paillasson et les filières les plus touchées. On sait néanmoins que le BTPH, le tourisme et le transport sont les branches d’activité les plus impactées.
Les conclusions de l’enquête ne reflètent, au demeurant, qu’une partie de cette triste réalité, puisque l’échantillon ne couvre que 3 600 entreprises. Rapporté à l’ensemble des entreprises que compte le pays, la situation est donc beaucoup plus grave. Ce sont donc des millions de personnes qui ont souffert en silence d’un manque de revenus, en l’absence d’aides de l’Etat en direction notamment des chômeurs, en application d’un plan de sauvegarde des entreprises et du pouvoir d’achat des travailleurs, pas encore finalisé après cinq mois de confinement. Des experts avaient pourtant, dès avril dernier, préconisé l’institution d’un filet social qui protège les chômeurs contre une situation d’extrême précarité. Des organisations patronales ont même suggéré que l’Etat paie une bonne partie le personnel mis en congé à cause de la pandémie Covid-19, à l’instar de ce qui a été appliqué dans les pays européens.
Il est vrai que la véritable difficulté pour le gouvernement est de financer ce plan de sauvegarde, dans un contexte d’aggravation de la situation financière du pays à cause de la pandémie Covid-19 et la chute brutale des prix du pétrole. Mais le gouvernement Djerad semble avoir des marges de manoeuvre, ne serait-ce que le recours à des solutions monétaires de la Banque d’Algérie. Cependant, l’enjeu pour l’économie nationale est que cet argent soit rationnellement injecté pour faire redémarrer les entreprises touchées par les effets de la pandémie et protéger les travailleurs et les sans-emplois contre la précarité. Espérons que la tripartite de dimanche prochain validera ce plan de sauvegarde des entreprises et du pouvoir d’achat des travailleurs. Ce qui permettra au gouvernement d’adopter ce programme et de l’appliquer au cours des prochaines semaines. A défaut, on peut s’attendre à un climat social plus tendu à l’automne prochain. <