PAR MILINA Kouaci
Si le ministère de l’Education nationale a exprimé, avant-hier, sa satisfaction quant aux résultats obtenus lors des examens scolaires du premier semestre, des syndicats enseignants font un constat plutôt opposé. Selon eux, les résultats «sont plutôt peu satisfaisants, voire faibles», battant en brèche le satisfecit affiché par la tutelle.
Depuis le lancement de l’année scolaire, le partenaire social de Mohamed Ouadjaout alerte quant aux retombées de la propagation de coronavirus sur les élèves, notamment avec le retard accumulé après une rupture de 7 mois avec les bancs de l’école.
Lundi dernier, l’inspecteur général du ministère a indiqué que les résultats obtenus dans les trois paliers de l’Education sont satisfaisants et que le cycle primaire a enregistré des résultats meilleurs que l’année écoulée. Ce n’est pas l’avis du secrétaire général du Conseil des lycées d’Algérie (CLA) Zoubir Rouina, lequel estime que «les résultats scolaires du premier trimestre sont peu satisfaisants, voire faibles», en s’appuyant sur des données collectées auprès des conseils de classe et sections locales de son organisation syndicale. «Les institutions du secteur ont une phobie des chiffres et des statistiques. Elles refusent de communiquer aux syndicats les résultats exhaustifs ou le nombre d’enseignants contractuels», ajoute le secrétaire général du CLA, accusant la tutelle de communiquer des chiffres contestables.
«Le ministère communique des chiffres qui sont loin de la réalité», poursuit M. Rouina, pour qui les résultats obtenus cette année ne diffèrent pas de ceux des années précédentes. «Nous avons l’impression que le coronavirus n’a pas eu d’impact sur le niveau des élèves. Il est resté pratiquement le même», précise-t-il, en rappelant que des syndicats alertent depuis des années de «la baisse du niveau des élèves et des risques de décrochage scolaire». Notre interlocuteur indique, par ailleurs, que des enseignants sont «épuisés» et le rendement de certains d’entre eux a été impacté par le volume horaire harassant avec lequel ils exercent depuis le lancement de l’année scolaire et le découpage pédagogique, sans que la tutelle n’ouvre des postes budgétaires pour le recrutement.
Ce dernier fait savoir que 20 000 enseignants ont pris un congé maladie sans qu’ils ne soient remplacés. Ce qui, à ses yeux, a impacté également l’exécution du programme scolaire, reprochant dès lors à la tutelle un manque de vision à long terme. «Certes, le coronavirus nous a pris au dépourvu l’année passée, mais nous avions le temps de planifier pour un déroulement d’une année pédagogique dans les meilleures conditions, mais la tutelle sort des décisions improvisées et sans concertation avec le partenaire social»”, regrette le secrétaire général du CLA. Pour lui, ce qui importe à la tutelle est que l’enseignant termine le programme scolaire dans les délais fixés, «sans prendre en considération l’assimilation des élèves», regrette M. Rouina.
De son côté, Sadek Dziri, président de l’Union nationale du personnel de l’éducation et de la formation (Unpef) estime que l’essentiel est le niveau atteint et la maîtrise des compétences. «La tutelle doit assumer ses responsabilités dans les chiffres qu’elle avance, dit M. Dziri, indiquant que les résultats scolaires obtenus cette année «sont similaires à ceux des années précédentes».
Nonobstant, Sadek Dziri pense que l’essentiel n’est pas dans les moyennes et les notes obtenues «mais plutôt dans l’évolution et la maîtrise des compétences chez l’élève», jugeant toutefois que «le niveau scolaire n’est pas à la hauteur». Comme le secrétaire général du CLA, M. Dziri indique que les enseignants continuent de «subir» une pression depuis le début de l’année scolaire avec le nouveau rythme d’enseignement adopté. Ce dernier regrette que la tutelle ait relégué au second plan «la formation des enseignants nécessaires pour un meilleur rendement», dit-il. n