Au lendemain des déclarations de responsables et partenaires européens de l’Algérie sur le bienfondé des restrictions à l’importation décidées par les autorités, l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA) et le Forum des chefs d’entreprise (FCE) montent au créneau pour défendre la politique du gouvernement.

Dans un communiqué conjointement signé, en plus d’exprimer leur soutien aux dispositions prises par l’Algérie en la matière, ils expriment leur « préoccupation » à la suite de déclarations « récurrentes de hauts responsables d’institutions de l’Union européenne sur les mesures engagées par l’Algérie pour faire face au déséquilibre important de la balance des paiements et au déficit budgétaire qui menaçaient sa souveraineté financière et économique». Une levée de boucliers qui intervient notamment après les déclarations faites par  certains responsables européens à propos des mesures de restriction à l’importation, à l’omage notamment de la commissaire européenne au commerce, Cecilia Malmström, et du représentant de la délégation de l’UE en Algérie, John O’rourke.
Au contraire, selon les deux organisations, syndicale et du patronat, « ces mesures de protection ne remettent nullement en cause la volonté de l’Algérie de consolider sa coopération économique avec ses partenaires stratégiques dont l’Union européenne fait partie », écrivent l’UGTA et le FCE ; rappelant que  « les actions entreprises par l’Algérie pour protéger son économie ne relèvent nullement d’une volonté de restreindre les échanges commerciaux, mais de mieux maîtriser les importations, précisément dans le cadre de son redéploiement économique ».
« Eu égard à la conjoncture qui peut provoquer des conséquences graves sur l’économie nationale, il nous paraît que nos partenaires devraient plutôt appuyer les efforts de l’Algérie tant les réformes introduites sont de nature à renforcer ses performances économiques, et, de façon corollaire, à intensifier le volume de sa coopération internationale », soutiennent-ils encore.
Et de pointer du doigt que  « la montée des protectionnismes dans de nombreux pays dits développés et industrialisés  n’a pas provoqué de réactions de cette nature », en allusion aux restrictions concernant l’importation de l’acier vers le marché américain décidées par le président américain M. Trump, une mesure qui vise à protéger le marché local des Etats-Unis qui n’a pas pour autant suscité autant d’émoi général. Dans ce sens, ils soutiennent que « les actions entreprises par l’Algérie pour protéger son économie ne relèvent nullement d’une volonté de restreindre les échanges commerciaux, mais de mieux maîtriser les importations, précisément dans le cadre de son redéploiement économique ». Enfin, l’UGTA et le FCE n’ont pas manqué de rappeler que « l’Algérie a toujours été un partenaire fiable dans ses relations économiques bilatérales et multilatérales pour lesquelles elle a constamment plaidé pour l’application du principe gagnant/gagnant ».
De l’avis de l’ancien ministre des Finances, Abderrahmane Benkhalfa, joint hier au téléphone, les accords d’association qui existent entre l’Algérie et l’Union européenne contiennent pourtant une « motion de sauvegarde de la balance de paiement ». Explication. « Cette motion est consacrée et peut être exprimée par plusieurs outils à l’instar de l’outil fiscal ou douanier. Elle permet de rétablir la balance commerciale », dit-il, avant d’ajouter que les restrictions à l’importation décidées par notre pays peuvent être considérées comme « une mesure complémentaire » afin de préserver la balance commerciale de l’Algérie.
En fait, M. Benkhalfa abonde dans le sens de l’actuel ministre du Commerce, M. Djellab, qui, il y a quelque temps, alors qu’il était directeur général du commerce extérieur au sein du même ministère, évoquait cette même «mesure de sauvegarde» de «la balance des paiements», qui plus est « provisoire ». Il expliquait que l’Algérie a usé de mesures prévues dans les textes des accords commerciaux internationaux auxquels elle a adhérés, y compris l’accord d’association avec l’Union européenne, en parlant de l’article 40 de l’accord d’association qui énonce que «si un ou plusieurs Etats membres de la Communauté ou l’Algérie rencontrent ou risquent de rencontrer de graves difficultés en matière de balance des paiements, la Communauté ou l’Algérie, selon le cas, peut […] adopter, pour une durée limitée, des mesures restrictives sur des transactions courantes, qui ne peuvent excéder la portée strictement indispensable pour remédier à la situation de la balance des paiements».
Pour en revenir à M. Benkhalfa, il met en avant, outre ce point juridique en faveur de l’Algérie, un élément commercial qui démontre « le poids de l’Algérie dans les relations économiques internationales d’autant plus qu’elle représente un marché profond et un pays qui paie cash ». Ce dernier pense enfin que les Européens appréhendent surtout un « effet d’entraînement » de ces restrictions et leurs conséquences sur les emplois vu que l’Algérie importe de moins en moins d’Europe.