Cycle de chaleur plus long, déficit en pluviométrie, faible taux de remplissage des barrages, le tout accentué par le réchauffement climatique… Le manque de ressources hydriques est préoccupant. Signe de cette inquiétude, la question du dessalement de l’eau de mer a été examinée hier en Conseil des ministres. L’accélération des projets devient urgente !

PAR NAZIM BRAHIMI
Le manque de pluie qui perdure encore pendant la première dizaine de jours de janvier accroît plus que jamais l’inquiétude et la hantise des Algériens qui guettent, jour après jour, la moindre prévision météorologique qui annoncerait le retour des précipitations.
L’absence prolongée des pluies est très inquiétante aussi bien pour la disponibilité de l’eau potable dans les prochains mois que pour les différentes cultures pour l’irrigation.
Une telle situation rend plus qu’urgent l’accélération des projets de dessalement de l’eau de mer. D’ailleurs le chantier portant sur le dessalement de l’eau de mer a été à l’ordre de la réunion du Conseil des ministres présidée hier par le chef de l’Etat, le premier pour cette nouvelle année.
L’accélération du rythme de réalisation des stations de dessalement de l’eau est devenue manifestement une priorité pour les pouvoirs publics afin d’atténuer un tant soit peu les méfaits de la raréfaction des pluies sur certaines cultures, dont les céréales, réputées grandes consommatrices d’eau.
D’autant plus que ce manque en pluviométrie prend, à mesure que les semaines passent, la dimension d’une menace pour l’ensemble des cultures, qui angoissent agriculteurs et agronomes.
Ces derniers semblent plus que les autres catégories mesurer les conséquences de cette aridité, relevant que sans eau, même l’engrais, nécessaire pour la qualité des rendements, ne peut pas alimenter les plantes et restera dans le sol, ce qui limitera les rendements de biens de cultures.

Urgence vitale
Il ne fait point de doute que les signes du stress hydrique dans le pays ne datent pas que d’aujourd’hui. Ce qui avait incité le gouvernement à agir en faisant de ce chantier des stations de dessalement de l’eau de mer une priorité.
L’Etat a en effet consacré en 2022 des investissements importants pour la réalisation de nouvelles stations de dessalement de l’eau de mer afin de renforcer les capacités du pays en matière de mobilisation des ressources en eau.
Quatre nouveaux barrages devraient être réceptionnés en 2024, ce qui portera leur nombre à 85 barrages dotés d’une capacité globale de neuf milliards de mètres cubes, contre une capacité de mobilisation estimée actuellement à 6,8 milliards de M3 d’eau.
Les pouvoirs publics misent ainsi sur la réception de 11 nouvelles stations de dessalement d’eau de mer, qui viendront s’ajouter aux 12 stations déjà opérationnelles pour porter le nombre à 23, la stratégie de l’Etat en la matière est de faire passer le taux de couverture des besoins en eau potable des wilayas du littoral du pays et des régions avoisinantes, à partir des eaux dessalées, de 17% actuellement à près de 42% en 2024, avant d’être porté à 60% en 2030. Pour les spécialistes de la question hydrique, l’Algérie n’a de choix que de renforcer ses capacités en dessalement d’eau de mer pour la couverture des besoins en eau potable, sans pour autant perdre de vue la nécessité d’accélérer la mise en place de solutions pérennes au profit du secteur agricole, dont la construction de nouveaux barrages, les forages et le traitement des eaux usées.
L’urgence de l’heure consiste en l’achèvement des projets de stations de dessalement en cours de réalisation dans plusieurs wilayas de la côte algérienne (Alger, Tipaza, El Tarf, Boumerdès, Oran…).

Barrages à 30%
Devant cette situation de stress hydrique, il y a manifestement urgence d’élargir les projets de stations de dessalement d’eau de mer (SDEM), moyen le plus adéquat pour pallier le déficit en pluviométrie.
La gestion des ressources hydriques en Algérie peut compter sur un nouvel organisme dédié puisqu’un projet de décret exécutif portant création, organisation et fonctionnement de l’Agence nationale de dessalement de l’eau, a été présenté au mois de novembre dernier en réunion du Gouvernement.
Ce projet de texte vient en application des orientations du président de la République relatives à la stratégie nationale de développement des ressources en eau non conventionnelle, avait fait savoir un communiqué du Premier ministère, expliquant que la création de cette agence «renforcera et harmonisera les instruments nationaux dédiés au développement de l’activité de dessalement de l’eau».
Sa mission consiste à réaliser des stations de dessalement de l’eau, et d’en assurer la gestion et la maintenance, de superviser les études stratégiques en matière de dessalement de l’eau et de mettre l’eau produite au niveau des stations de dessalement de l’eau, à la disposition des organismes chargés de la distribution de l’eau, a-t-on précisé.
A la fin du mois de juin dernier, le président Tebboune, en visite d’inspection et de travail dans la wilaya d’Oran, a affirmé, que le dessalement de l’eau de mer est «la solution la plus sûre pour approvisionner le citoyen en eau potable». «Le recours au dessalement est un choix sage et nécessaire. C’est une solution alternative et durable pour assurer l’approvisionnement des citoyens en eau potable dans les grandes villes comme Alger, Oran et Constantine», a-t-il affirmé.
Il a rappelé que le programme du gouvernement vise à augmenter, d’ici l’année prochaine, le taux d’approvisionnement des stations de dessalement d’eau de mer de 17% à 60%, et ce, dans la capitale en tant que projet-pilote.
«Un taux qui sera revu à la hausse dans une deuxième phase pour atteindre 100% en 2030 afin d’obtenir la sécurité hydrique du pays et de trouver des alternatives permanentes en réponse à la demande croissante résultant de la forte croissance démographique dans les grandes villes», a-t-il affirmé.
L’accélération des projets de dessalement est d’autant une priorité que les barrages ne sont remplis qu’à hauteur de 30 à 33%.