Le manque de pluie constaté depuis le début du mois de décembre fait à nouveau planer le spectre d’une sévère sécheresse dans le pays et des conséquences dramatiques sur la disponibilité de la ressource en eau. Indicateur inquiétant : le niveau des barrages est en forte baisse par rapport à la demande. Gros stress en perspective pour le gouvernement.

Par Bouzid Chalabi
Une grande majorité de barrages du pays accusent un niveau de remplissage des plus critiques, a-t-on appris de sources proches de l’Agence nationale des barrages et des transferts (ANBT). «Pis encore, à l’Ouest, certains ouvrages ont atteint la cote d’alerte, voire même sont à sec», nous a-t-on indiqué. Et quand on sait que 70% des eaux mobilisées dans ces ouvrages sont destinés aux besoins du secteur de l’agriculture, il y a tout lieu de craindre que la campagne de cette année risque grandement d’être compromise si d’ici le mois d’avril aucune amélioration n’est enregistrée. Autre désagréable éventualité, l’alimentation en eau potable des populations pourrait connaître de fortes perturbations dans le régime de distribution.
Du côté des gens de la terre on est de plus en plus inquiet par l’absence d’épisodes pluviaux tout au long du mois de janvier. C’est surtout le cas chez les agriculteurs qui pratiquent des cultures pluviales et encore davantage pour ceux versés dans le maraîchage. En effet, ces derniers sont entièrement tributaires, pour leurs besoins indispensables d’irrigation, des eaux issues des barrages avoisinants. Ce qui pour l’heure est devenu impossible par l’effet des très faibles quantités emmagasinées. D’autant plus que le volume disponible actuellement est réservé en grande partie aux besoins en eau potable des villes de l’intérieur du pays. Ce qui veut dire que les autorités du pays vont devoir résoudre un sérieux dilemme, satisfaire l’AEP des villes et les besoins en irrigation des périmètres agricoles produisant les légumes de large consommation. Dans ce contexte, les pouvoirs publics sont appelés à prendre des décisions pour tout au moins permettre aux agriculteurs de s’adonner à leurs activités et par voie de conséquence approvisionner les marchés de gros en produits maraîchers. Un pas vient d’être franchi dans ce sens.
Sérieux dilemme à résoudre
En effet, le ministre des Ressources en eau et de la Sécurité hydrique, Karim Hasni, repris par l’APS, a adressé, mardi 1 février, une instruction au Directeur général de l’Agence nationale des ressources en eau, ainsi qu’aux directeurs des ressources en eau portant nécessité de prendre toutes les mesures pour accélérer «au maximum» la cadence de traitement et d’octroi d’autorisations de forage au profit des agriculteurs, au niveau du guichet unique, qui vient d’être créé. Toujours selon cette même source, cette instruction est intervenue au regard de la demande croissante d’autorisations de forage de puits dans le cadre des investissements agricoles à travers différentes wilayas du pays, notamment Tlemcen, Beni Abbès, Béchar et Naâma.
Une louable initiative compte tenu du déficit hydrique que traverse le pays actuellement, d’autant qu’elle aura un double impact, les agricultures devenant autonomes dans leur besoins en irrigation vont sûrement mettre à profit cette suffisance pour produire plus et, par ricochet, répondre à la demande du marché local en produits végétaux frais. C’est d’ailleurs l’objectif escompté par le gouvernement de «relever le niveau de production agricole».
Cependant, du côté des experts en ressources hydriques, la multiplication des opérations n’est pas très bien accueillie car, pour eux, «ce recours aux forages tous azimuts risque de tarir les nappes souterraines dans le cas où elles ne sont pas alimentées par des épisodes pluvieux.
Un sérieux risque à prendre alors que pour les experts «il y a urgence à prendre les devants et penser à une nouvelle stratégie». Dans cette perspective, ils se rejoignent à dire «pourquoi ne pas s’inspirer des expériences tentées et réussies par des pays qui sont dans les mêmes conditions de déficit hydrique ?» En somme, dès lors où des solutions existent pour pallier le déficit hydrique ne serait-il pas urgent de penser à mettre en œuvre quelques-unes des solutions du moins celles prioritaires, à savoir concilier l’AEP et l’irrigation. Un enjeu majeur si l’on met en ligne de mire la sécurité alimentaire du pays. <