Le développement de l’aquaculture est en plein essor, actuellement, dans beaucoup de pays qui ont très vite compris que la mer marque le pas au regard d’une consommation effrénée de ses produits.

La Chine, les deux Corées, le Japon, pour ne citer que ces pays, ont décidé de faire de l’aquaculture non pas un appoint aux ressources de la mer, mais un concurrent. Ils ont ainsi opté pour ce créneau pour faciliter la reconstitution des produits de la mer et assurer ainsi la durabilité de la ressource halieutique. L’Algérie, ne voulant pas demeurer en reste, a décidé dans sa nouvelle stratégie de faire de l’aquaculture une des composantes essentielles pouvant combler le déficit et épargner un tant soit peu la pêche maritime, surtout lorsque l’on sait que la Méditerranée est une mer fermée.

Ainsi, parmi les espèces d’eau douce sur lesquelles le secteur a commencé par concentrer ses efforts, on note la carpe chinoise, le tilapia, la carpe royale, la carpe argentée et la carpe dite grande bouche. Ces espèces ont été fortement introduites au sein des grands barrages, à Aïn Zada, dans la wilaya de Bordj Bou-Arréridj, notamment. Il reste que l’expérience aquacole menée durant cette dernière décennie a été confrontée à un certain nombre de contraintes de plusieurs ordres : environnemental, réglementaire et, assez souvent, liées à l’accès au foncier, au crédit, à l’indisponibilité des intrants et au manque de savoir-faire.

Ces contraintes ont freiné le développement de l’aquaculture et leur persistance dans le futur risque même de remettre en cause la pérennité et la durabilité des filières aquacoles, car elles s’avèrent particulièrement importantes, notamment quand il s’agit des questions fondamentales telles que l’utilisation du territoire, l’accès au crédit, etc.

Pour pallier de tels problèmes, nombre de recommandations ont été adoptées, définissant les contours d’un nouveau programme de développement de l’aquaculture, en général, à l’effet de réussir cette politique de développement. On notera : l’actualisation du cadre réglementaire quant au statut du métier de l’aquaculture et l’identification et la délimitation des zones d’activités réservées exclusivement à l’aquaculture (ZAA) par le lancement d’une étude d’envergure nationale ; le renforcement de l’appareil de formation et de vulgarisation de manière à répondre aux besoins de l’activité par la professionnalisation de la filière et l’implication des chercheurs et des universités; la mise à niveau du dispositif financier pour une meilleure prise en charge des besoins de financement des projets; la bonification des taux d’intérêts; les facilitations douanières en matière d’acquisition des intrants pour les producteurs, et la mise en place d’un réseau structuré de production, de distribution et de commercialisation des produits de l’aquaculture. Ce sont là autant de points qui doivent impérativement retenir l’attention des pouvoirs publics afin que l’on parvienne à mettre en place une véritable aquaculture intensive.

Dans cet ordre d’idées, un certain nombre de réajustements quant à la stratégie de développement doivent être opérés. On citera, la simplification des procédures administratives pour l’octroi des concessions aquacoles et l’accompagnement des investisseurs par la recherche appliquée et la formation de ces derniers aux spécificités de chaque filière aquacole. Comme il faut surtout veiller à atténuer les contraintes que rencontrent ou que peuvent rencontrer les professionnels vis-à-vis des administrations quand bien même elles sont instruites pour leur faciliter la tâche.

L’aquaculture, garante de l’environnement

Il est de notoriété que la réussite et le développement de la pêche aquacole ne peut être féconde que si trois conditions essentielles sont réunies : le respect de l’environnement, la viabilité économique des projets et l’offre d’un produit de qualité au consommateur. De même qu’il faudrait adopter une approche intégrée qui inclut tous les éléments constituants le cadre réglementaire. Il s’agit de favoriser les synergies au niveau local sur la base de consultations impliquant tous les acteurs du développement (pêche, agriculture, tourisme, transports, environnement, ressources en eau…). Ceci aura pour corollaire la consolidation de la profession aquacole qui pourra ainsi réussir son intégration économique. Les assurances et autres régimes sociaux doivent s’y impliquer au même titre que l’Angem et l’Ansej qui doivent se prêter volontiers aux doléances des jeunes diplômés dans cette filière. Et cela, outre les investisseurs nationaux qui souhaiteraient s’impliquer dans de plus grands projets.

Il y a lieu de concevoir en milieu continental une aquaculture intégrée et respectueuse des ressources hydriques en combinant la pisciculture et l’irrigation des terres afin de protéger, économiser et gérer intelligemment l’eau. En outre, la filière piscicole d’eau douce en cages flottantes, appelée à s’exercer au niveau des barrages et des retenues collinaires, contribuera à asseoir une nouvelle mentalité chez les riverains dont les habitudes culinaires sont axées sur les viandes blanches et rouges.

L’on répondra sans nul doute aux attentes des habitants des régions hors littoral pour peu que l’on entoure les investisseurs de tout le soutien nécessaire en leur fournissant les intrants aquacoles pour rentabiliser les écloseries et les fabriques d’aliments. Encourager la réalisation des projets de production de petite et moyenne dimensions en orientant les investissements vers des activités de production à haute valeur marchande. Témoins, les résultats obtenus lors des phases précédentes, même timides mais qui prêtent à l’optimisme. De même qu’il faut mettre en place un dispositif cohérent pour une aquaculture répondant aux normes de qualité et de durabilité économique. Des efforts louables ont été enregistrés à l’adresse des filières de la pisciculture marine et la conchyliculture par l’intensification de la pisciculture marine en Offshore. Un tel choix est justifié par l’avantage qu’offre cette option aux investisseurs, leur permettant d’entrer en production dans des délais relativement cours par la mise en place de mesures d’encadrement et de soutien tant dans le domaine financier, technique qu’organisationnel.

Il est prévu, à l’horizon 2020, d’intensifier la pisciculture marine en Offshore et la réalisation de projets piscicoles d’eau douce, ainsi que le développement d’une aquaculture intégrée au niveau des régions rurales et du sud algérien. L’approvisionnement des opérateurs privés en intrants issus des stations expérimentales qui ont été initiées pour la vulgarisation et la promotion de cette filière d’activité doit se poursuivre.

Le recrutement par les investisseurs de diplômés issus des instituts et écoles de formation est incontournable pour la réussite des projets. Par ailleurs, l’accompagnement des opérateurs à tous les niveaux lors du montage des dossiers d’investissements et la mise en place des mesures d’encadrement et de soutien tant dans le domaine financier, technique qu’organisationnel s’avèrent impératifs. La stratégie adoptée pour le développement de ces filières devra aboutir, à l’horizon 2020, à la création de 10 000 postes de travail pour 168 projets au niveau national et la production annuelle de 80 000 tonnes en pisciculture marine et en conchyliculture. A cela s’ajoute l’entrée en production des filières aquacoles d’eau douce en cages flottantes. La production attendue est de près de 18 000 tonnes/an pour près de 400 projets. S’agissant de la pêche continentale, il est attendu une production annuelle de près de 10 000 tonnes.

Quatre wilayas en ligne de mire

L’aquaculture se présente de nos jours comme une activité désormais bien introduite dans les wilayas de l’intérieur du pays. Elle se positionne comme un agent économique nouveau, porteur de richesse et d’emploi. Des efforts sont fournis pour développer cette filière à travers la création de zones d’activités aquacoles. Il s’agit là également d’une stratégie de fixation des populations juvéniles en zones rurales et d’offre d’un métier attractif et durable. Les wilayas de Bordj Bou-Arréridj, Sétif, Batna et M’sila, regroupées au niveau d’une seule direction, recèlent de grandes potentialités aquacoles, avec les barrages de Aïn Zada, dans la wilaya de Bordj Bou-Arréridj, le Ksob à M’sila et le Timgad à Batna. Vingt-cinq retenues collinaires s’y ajouteront ainsi que des exploitations piscicoles à travers ces wilayas. Il reste à faciliter l’octroi de concessions et drainer les jeunes diplômés dans la filière qui auront à s’impliquer dans le développement de l’aquaculture. Les barrages, ensemencés il y a peu d’années, regorgent de carpes argentées, de carpes royales et de carpes dites «grande-bouche». Ces dernières sont de véritables nettoyants des barrages puisqu’elles se nourrissent de la boue. Elles constituent un véritable agent de désenvasement et de protection de l’environnement. Cette espèce étant cependant impropre à la consommation.