Certains barrages enregistrent des seuils critiques de remplissage. L’inquiétude s’installe sur les risques de perturbation de l’approvisionnement en eau potable.

Inquiétante est la situation actuelle des réserves hydriques du pays par l’effet d’un déficit criant de pluviométrie qui est loin d’être au rendez-vous durant la période où elle est censée être tout au moins moyenne. Certes, on n’est qu’au début de la cote d’alerte, mais n’empêche que le risque demeure élevé à partir du moment où dans l’ensemble le taux de remplissage des barrages en exploitations n’est guère reluisant.
Il suffit pour s’en convaincre de savoir que le taux de remplissage des barrages au niveau national s’est maintenu à 44,63 %, «soit le même taux enregistré fin janvier 2021 à la faveur des précipitations enregistrées depuis fin novembre», atteste le ministère des Ressources en eau dans un communiqué rendu public hier dimanche. Ce qui veut dire, en d’autres termes, que depuis janvier, il n’y a eu guère d’apport nouveau dans les barrages du pays faute de pluviométrie à ce jour.
Toujours est-il que si la faible pluviométrie venait à perdurer jusqu’à fin avril, période durant laquelle des pluies sont enregistrées chaque année plus ou moins régulièrement, alors les volumes emmagasinés seront appelés à diminuer. Du coup, assurer l’alimentation en eau potable (AEP) des populations urbaines deviendra un sérieux problème pour les sociétés d’exploitation des réserves d’eau et de gestion de l’AEP. Autrement dit, et sachant que le manque d’eau est un catalyseur de tension sociale, les pouvoirs publics devront trouver des solutions les plus appropriées à ce genre de situation. Mais avant d’en arriver à ce cas de figure, le ministère de tutelle, qui a beaucoup tardé à communiquer sur ce sujet comme sur les conséquences de l’aléa climatique, cette année, sur les réserves des ressources en eau, «insiste sur la nécessité d’économiser l’eau et sur son utilisation de manière rationnelle pour éviter les perturbations d’approvisionnement». Sur ce dernier point, on ne voit pas comment les pouvoirs publics vont s’y prendre au moment où les barrages accusent actuellement des niveaux de remplissage frôlant des seuils critiques de remplissage si la pluie fait encore défaut, comme c’est le cas dans les grands ouvrages hydriques de l’ouest du pays, où la moyenne, selon l’Agence nationale des barrages et des transferts (ANBT), ne dépasse pas les 27% de leur capacité de remplissage. Un taux qui est aggravé de certaines stations de dessalement inopérantes dans la région et qui va d’ailleurs encore plus baisser si la pluie n’est pas au rendez-vous d’ici la fin avril. A moins d’un miracle, il sera très difficile aux collectivités locales, dont l’AEP est assurée par les barrages, de faire face aux besoins de leur population en particulier durant l’été où la situation de baisse sera plus problématique. Devant ce scénario pessimiste, le ministère des Ressources en eau, qui a été pourtant prévenu par Météo Algérie et ses prévisions pessimistes dès la période novembre-décembre 2020, sera appelé à mettre en place des solutions adéquates en urgence.
Selon des sources concordantes, un programme de compensation des barrages serait en voie d’être rendu public. En attendant les détails, il est entre autres question de «diminuer le prélèvement dans les barrages dits critiques et de compenser par un autre plus ou moins rempli», rapporte nos sources. «Le consommateur est appelé à être plus conscient de la situation pour changer ses comportements de consommation», nous a-t-on affirmé, d’autant que le Ramadhan qui pointe à l’horizon n’est pas réputé pour être un mois de sobriété en ce qui concerne la consommation d’eau.
C‘est d’autant plus indiqué, qu’outre la surconsommation et la mauvaise gestion de la ressource, «la région méditerranéenne est la plus touchée», confirme le dernier rapport d’évaluation méditerranéen (MAR1), préparé par le réseau indépendant d’experts méditerranéens sur le changement climatique et environnemental (MedECC). Une donnée qu’il va falloir prendre très au sérieux maintenant et demain si l’on veut que le pays ne soit pas trop affecté et qu’il ne subisse pas l’effet désordre que provoque le manque d’eau.