Ahmed Kettab, expert consultant en eau, est revenu hier sur la question stratégique de la gestion de l’eau, et plus encore sur la définition modèle que doit adopter le pays à l’horizon 2050. Il a estimé, sur les ondes la Radio nationale Chaîne III, que l’Algérie devrait créer un Conseil national de la sécurité hydrique directement rattaché à la présidence. L’intervenant, souvent très loin des discours alarmistes au sujet du climat ou de l’alimentation en eau, estime que l’Algérie a largement les moyens de s’adapter à la nouvelle situation.
L’expert estime que la définition des stratégies de diversification des sources d’alimentation en eau a, aujourd’hui, besoin de réflexions et d’études plus fournies : «Nous avons des structures qui réfléchissent à ces questions mais cela est insuffisant par rapport à d’autres pays (…) Nous avons aussi un conseil national de l’eau qui se réunit tous les cinq ans sous la présidence du ministre des Ressources en eau.» Ahmed Kettab a en ce sens appelé, hier, à ce que la réflexion sur le sujet soit «externe» au secteur ministériel par manque de diversité des visions : «C’est pour cela que j’avais proposé, et propose toujours, la création d’un Conseil national de la sécurité hydrique qui soit dépendant du président de la République».
En ce sens, donnant plusieurs pistes de réflexion, notamment sur le travail à fournir en ce qui concerne la réduction des déperditions «officiellement à 30% en Algérie, alors que la moyenne mondiale est de 10 à 15%», ou encore sur la sensibilisation à l’économie de l’eau à travers la presse ou même les instances religieuses, Ahmed Kettab a estimé qu’une redéfinition de la tarification est également envisageable à l’avenir pour certains utilisateurs : «Cela veut dire imaginer une tarification en fonction de l’utilisation (…) A titre d’exemple, il y a à Alger 864 stations de lavage, avec
1 mètre cube, dont le prix est de 6 dinars, il est possible de laver 5 véhicules et gagner jusqu’à 5 000 à 6 000 dinars. Il n’est pas concevable de leur vendre le mètre cube au prix de 6 dinars».
Quant à la nécessité de multiplier les sources d’eau, en parallèle, notamment, de l’augmentation démographique, Ahmed Kettab rappelle qu’«en 1962, nous avions 13 barrages (…), actuellement, l’Algérie en compte 80 dont 75 en fonctionnement avec un volume maximum théorique de 9 milliards de mètres cubes», il précise toutefois que seuls «3 milliards de mètres cubes sont actuellement stockés dans les barrages». En ce sens, la position de Ahmed Kettab rejoint en partie la politique suivie par l’Etat, du moins au Nord du pays. «Aujourd’hui, nous voyons que le recours au dessalement est devenu incontournable (…) Quatre Conseils de ministres ont abordé cette question, le Président de la République a pris des décisions courageuses en ce sens. Trois stations de dessalement doivent être finalisées en décembre 2022, cinq autres de 300 000 mètres cubes chacune doivent être finalisées en 2025, et 6 autres de même capacité en 2030 (…) Cela veut dire que les 11 stations que nous avons actuellement seront renforcées de 14 autres en 2030, donnant une capacité énorme de production d’environ 5,6 millions de mètres cubes par jour. Soit encore près de 2 milliards de mètres cubes par an, presque l’équivalent de ce que nous avons dans les barrages». Cependant, l’alimentation en eau de manière durable dans les régions Sud apparaît plus problématique, Ahmed Kettab appelle en substance à l’option déjà ancienne, mais critiquée, d’un recours large aux forages profonds : «En principe, nous avons dans les régions Sud une quantité d’eau suffisante de 50 000 milliards de mètres cubes, en exploitant que 10 milliards, nous pourrions transférer de l’eau jusqu’aux Hauts-Plateaux, développer l’industrie et l’agriculture du Sud». Quant aux critiques et craintes exprimées concernant la préservation de la nappe phréatique, elles seraient largement injustifiées, selon Ahmed Kettab. «Certaines personnes qui ne connaissent pas le sujet disent qu’il s’agit de réserves d’eau souterraines non renouvelables, ce qui est totalement faux. Les études ont prouvé que ces eaux se renouvellent à près de 1 ou 2 milliards de mètres cubes par an. Nous pouvons donc puiser au moins cette quantité. Par ailleurs, si l’on considère la réserve actuelle elle suffirait pour 4 000 ou 5 000 ans d’autonomie», a-t-il indiqué.